RDC- Procès du directeur de cabinet du président Tshisekedi : Vital Kamerhe à quitte ou double

Le procès pour malversations financières de Vital Kamerhe, directeur de cabinet du président congolais, Félix Tshisekedi, s’est ouvert le 11 mai 2020, à Kinshasa. Pour un procès inédit, c’en est un puisque c’est la première fois, en République démocratique du Congo, qu’un directeur de cabinet du président de la République, comparaît devant un tribunal. Ceci expliquant certainement cela, c’est devant un important dispositif policier que l’audience s’est ouverte, avant d’être renvoyée au 25 mai prochain, pour permettre aux avocats de la défense de mieux se préparer. En rappel, le Dircab du président de la République est soupçonné de détournement de deniers publics portant sur la somme d’une cinquantaine de millions de dollars américains dans le cadre de l’exécution du programme d’urgence des 100 jours du président Tshisekedi.
Si la retransmission du procès pouvait permettre à chacun de se faire son opinion, il n’en demeure pas moins que ce serait un pari risqué pour Kamerhe et ses partisans
Le 8 avril dernier, au terme d’une longue audition par le procureur général de la Cour d’appel de Kinshasa, il a été mis sous mandat de dépôt et placé en détention à la prison de Makala, en attente de son procès dans lequel comparaissent deux autres personnalités épinglées dans la même affaire. Pour les partisans de l’homme politique congolais, par ailleurs allié de l’actuel chef de l’Etat à la dernière présidentielle, ces accusations ne sont ni plus ni moins qu’une cabale politique et un acharnement contre leur leader. C’est pourquoi ils n’attendent rien d’autre de ce procès qui était initialement prévu, du reste, pour être retransmis à la télé, que ce dernier soit blanchi et son honneur lavé devant la nation tout entière. Le moins que l’on puisse dire, c’est que pour la transparence, c’est un procès pédagogique qui mérite d’être salué à sa juste valeur. Il devrait même pouvoir servir d’exemple sur un continent où les mauvaises pratiques de gestion sont largement partagées et ont la peau dure, notamment la question des fameux 10% de commission sur les marchés publics qui est en passe, si ce n’est déjà fait, d’être érigée en règle de gouvernance dans bien des pays. Mais, l’on apprend qu’au dernier moment, un impressionnant dispositif policier a été déployé pour empêcher les journalistes de pénétrer dans l’enceinte du tribunal et éviter les attroupements devant. Pour quelle raison ? Bien malin qui saurait répondre. Toujours est-il que dans la pratique, force est de reconnaître que dans ce procès fortement médiatisé, le président de l’UNC (Union pour la nation congolaise) joue gros, sinon à quitte ou double. Car, si la retransmission du procès pouvait permettre à chacun de se faire son opinion, il n’en demeure pas moins que ce serait un pari risqué pour Kamerhe et ses partisans s’ils étaient, comme il se dit, demandeurs de cette retransmission. Car, s’il est blanchi, son honneur sera certes lavé et il sortira beaucoup plus renforcé de ce procès pour prétendre en tirer logiquement des dividendes politiques. Mais s’il est condamné, on peut se demander s’il saura se relever d’un tel coup qui risque d’écorner sérieusement et d’entacher durablement son image si cela ne nuit pas fortement à la suite de sa carrière politique, au moment où il ambitionne de prendre la relève de son allié, le président Tshisekedi, dans un éventuel jeu de retour d’ascenseur à l’horizon 2023.


Si ce procès doit nécessairement en appeler d’autres, les autorités congolaises ne doivent pas hésiter à aller jusqu’au bout
Cela dit, l’autre question que l’on peut se poser, est de savoir si Félix Tshisekedi lui-même, ne risque pas de prendre sur sa veste présidentielle, les éventuelles éclaboussures d’une affaire qui est encore loin d’avoir livré tous ses secrets. En tout cas, si certains ne voient pas le chef de l’Etat congolais se faire hara-kiri dans ce dossier judiciaire qui implique l’un de ses plus proches collaborateurs, d’autres croient difficilement que son Dircab ait pu agir de façon aussi cavalière sans qu’il ne soit au parfum de l’affaire. A moins que Vital Kamerhe ne se soit finalement laissé piéger comme un bleu, ou se soit trompé d’époque en se laissant aller à de telles libertés avec l’argent public, en croyant peut-être naïvement que la promesse du président Tshisekedi, de faire de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, n’engage que ceux qui y croient. Si tel est le cas, il l’aura appris à ses dépens, pour autant que le successeur de Joseph Kabila veuille véritablement faire dans la rupture. En tout état de cause, les Congolais attendent de ce procès, que la lumière soit faite sur les fonds dissipés. Et si ce procès doit nécessairement en appeler d’autres, les autorités congolaises ne doivent pas hésiter à aller jusqu’au bout afin de situer toutes les responsabilités dans cette affaire. C’est à ce prix que le président Tshisekedi prouvera aux yeux du monde entier qu’on est à l’aube d’une nouvelle ère en RDC.


« Le Pays »

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