Ultimatum au Mali : le mauvais timing de la Cédéao.

L’ultimatum de la Cédéao au Mali mal vu en Afrique.

La Cédéao a donné aux militaires maliens jusqu’au 15 septembre pour désigner un président et un Premier ministre civil de transition. Un ultimatum mal vu dans la sous-région.

Si les Maliens en majorité dénoncent depuis quelques semaines, la gestion de la crise par la Cédéao, ailleurs sur le continent, l’organisation sous régionale est également la cible de critiques.

Car l’ultimatum lancé lundi par les chefs d’Etats ouest-africains aux militaires, est aussi mal vu au sein des sociétés civiles. Pour Christophe Kouamé, président de CIVIS-CI, une organisation de la société civile ivoirienne, la Cédéao ferait mieux d’envoyer une délégation à Bamako pour aider les Maliens à trouver un consensus sur la suite à donner au coup d’Etat militaire.  » Le coup d’Etat est l’aboutissement d’un soulèvement populaire qui donne la légitimité aux citoyens maliens qui voient très mal cet ultimatum. La Cédéao doit dépêcher une équipe de haut niveau au Mali pour des discussions avec la junte en lieu et place d’un ultimatum « , estime le président de CIVIS-CI.

Pourtant, il est notoire que l’organisation n’admet plus les coups d’Etat militaires dans sa zone géographique et que sa réaction était ainsi prévisible.

Des chefs d’Etats discrédités

S’il admet que le Mali doit se conformer aux textes de la Cédéao dont il est membre, le politologue béninois Richard Boni Ouorou déplore cependant le discrédit qui pèse sur plusieurs dirigeants ouest-africains, comme ceux de la Côte d’Ivoire et de la Guinée.
« Côté crédibilité, il y a un problème. C’est vrai qu’ils sont à la recherche de la paix et de la stabilité pour le Mali, mais eux-mêmes ne sont pas représentatifs de cette injonction. Ils ne sont pas crédibles. Ce qu’il faut souhaiter, c’est que la junte soit assez responsable pour penser au peuple et à la stabilité du pays et de la sous-région », explique-t-il. 

Mathias Hounpkè, un autre politologue, explique pour sa part comprendre l’ultimatumlancé par la Cédéao. Pour lui, « La Cédéao se rend compte que la junte traîne les pieds dans la mise en œuvre des recommandations qu’elle a faites lors de son premier sommet extraordinaire. Pendant ce temps, la junte pose des actes qui peuvent devenir irréversibles, comme certaines grandes nominations. Malgré les sanctions de la Cédéao, la junte se rend compte que le pays tient toujours et tant que le pays tiendra, la junte continuera à jouer comme elle le veut ». 

La Cédéao continue ainsi à souffrir d’une mauvaise image. L’organisation est perçue par de nombreux citoyens comme un club de chefs d’Etat qui se soutiennent. Elle joue donc une nouvelle fois sa crédibilité dans cet ultimatum lancé à la junte malienne.

Georges Ibrahim Tounkara

DW

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