Transition politique au Soudan: enfin le bout du tunnel ?

Au Soudan, un mois après l’éviction du président Omar El Béchir du pouvoir, ça coince toujours entre militaires et civils, par rapport à la conduite de la transition. Mais les choses semblent évoluer positivement puisqu’à en croire les protagonistes, les pourparlers ont débouché sur un premier accord le 13 mai dernier, après une suspension de deux semaines. Un accord qui définit les contours et les prérogatives du « Conseil souverain », structure composite censée inclure des militaires et des civils, prévue pour remplacer le conseil militaire actuellement aux affaires. Restait cependant encore à s’entendre sur sa composition précise, ainsi que sur la durée de la transition que les débats d’hier devaient permettre de définir.

La signature du premier accord permet d’ouvrir de bonnes perspectives pour le Soudan

C’est dire s’il y a eu un progrès dans ces négociations qui piétinent et en marge desquelles cinq manifestants et un militaire ont trouvé la mort, dans la soirée du 13 mai dernier, après que, selon le Conseil militaire, des « éléments non identifiés qui voulaient saboter les négociations entre les deux parties », ont ouvert le feu devant le quartier général de l’armée où les contestataires sont en sit-in depuis plus d’un mois. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la signature de ce premier accord permet d’ouvrir de bonnes perspectives pour le Soudan englué dans une crise sociopolitique qui n’était pas loin de l’enlisement, tant les protagonistes peinaient à accorder leurs violons. En effet, entre des protestataires décidés à obtenir le transfert du pouvoir à une autorité civile, et des militaires qui rechignent à lâcher prise et qui entendent garder la mainmise et imprimer leur marque à la marche de la transition, le Soudan était sur la pente raide. Mais maintenant que les lignes ont manifestement commencé à bouger, va-t-on vers le bout du tunnel ? Rien n’est moins sûr. En tout cas, tout porte à croire qu’il est encore trop tôt pour se prononcer. Car, tout comme leurs homologues algériens, les militaires soudanais ont manifestement l’intention de rester au centre du cercle de décision au plus haut sommet de l’Etat, après plusieurs décennies d’un régime dictatorial qu’ils ont contribué à asseoir et même à renforcer. Et tout porte à croire que ce n’est pas l’envie de demeurer au pouvoir et de mettre le peuple au pas qui leur manque, mais ils savent pertinemment qu’ils ne peuvent, dans les circonstances actuelles, le faire sans se mettre à dos le peuple soudanais ni s’attirer les foudres de la communauté internationale. D’où ce jeu du chat et de la souris avec les contestataires en espérant pouvoir tirer les marrons du feu, mais qui trahit tout de leur volonté de ne pas se mettre à l’écart du jeu politique. En tout cas, les arrestations de personnalités et la récente inculpation du président déchu, constituent autant d’actes que l’on peut mettre au compte de mesures de divertissement visant à endormir le peuple qui est resté jusque-là intransigeant sur ses revendications. Autrement, pour autant que les militaires n’aient pas un agenda caché, qu’est-ce qui les empêchaient de céder le pouvoir à une autorité civile, comme le réclament les manifestants qui sont, du reste, à l’origine de la chute du président Béchir ?

La situation de ni paix ni guerre peut être fortement préjudiciable au Soudan

Mais cela n’est pas une particularité de la Grande muette soudanaise. Car, bien souvent sur le continent, les hommes en kaki, quand ils goûtent au pouvoir, ont de la peine à s’en départir, préférant, pour certains, se défaire du treillis lorsque les critères d’éligibilité l’exigent. Dans le cas d’espèce, il est difficile de ne pas voir dans les tueries de manifestants du 13 mai, un « dérapage » de la soldatesque, même si elle s’en défend, dans le but d’intimider les manifestants qui font plus que de la résistance. C’est pourquoi l’on peut saluer la vigilance du peuple soudanais qui continue de maintenir la pression sur l’armée en refusant de lever le sit-in devant le QG de celle-ci. Toutefois, il est impératif de s’entendre rapidement sur un accord de sortie de crise pour ne pas exacerber les tensions, surtout que le mystère continue de planer sur les tueries du lundi dernier, attribuées à des inconnus, mais qui restent visiblement en travers de la gorge des manifestants. Et il faut craindre que cela ne ravive les tensions et les suspicions, si les négociations devaient traîner en longueur. En tout état de cause, il appartient aux Soudanais, qui sont à un tournant décisif de l’histoire de leur pays, de savoir raison garder, pour ne pas pousser leur pays dans le précipice. Car, comme le dit l’adage, « à trop tirer sur la corde, on finit par la casser ». Et Dieu seul sait combien cette situation de ni paix ni guerre qui dure maintenant depuis plusieurs semaines, peut être fortement préjudiciable au Soudan dont l’économie tourne déjà au ralenti.

« Le Pays »

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