Togo : quels sont les enjeux des élections locales du 30 juin ?

Avec les élections municipales de ce dimanche, les premières depuis 32 ans, l’opposition espère bien remporter quelques localités. Et réduire l’influence du parti au pouvoir.

C’est une première depuis 32 ans. Dimanche, les Togolais sont appelés aux urnes pour les élections municipales. Au total, ce sont 1 527 conseillers municipaux qui seront élus, dont des représentants de l’opposition. « Le pouvoir a toujours refusé d’organiser les élections locales. Aujourd’hui, avec la pression de la communauté internationale, il se résout à les organiser », explique à l’AFP Éric Dupuy, porte-parole de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), un des principaux partis de l’opposition. Les 45 derniers conseillers municipaux avaient été élus en 1987 pour cinq ans, dans cinq arrondissements.

« Mais les élections n’ont pu se tenir en 1992 en raison des crises politiques successives », explique le politologue Pascal Edoh Agbové. Ils sont donc restés en poste jusqu’en 2001 et la mise en place à cette date de « délégations spéciales » composées de personnalités désignées par le pouvoir. À l’origine chargées d’aider à l’organisation de nouvelles élections, ces structures, affirme le chercheur, n’ont pas organisé de nouveau scrutin, « car les crises se sont multipliées » et la « volonté politique » a manqué. « Ces élections locales n’étaient pas la priorité des leaders du pouvoir et de l’opposition. Ils mettaient plutôt l’accent sur les élections présidentielles et législatives ».

Deux absents de l’opposition

Aujourd’hui, la gestion des communes par ces délégations spéciales est critiquée par de nombreux Togolais. Une situation dont espère profiter l’opposition, qui avait boycotté les élections législatives en 2018. Cette année, en revanche, elle espère remporter plusieurs mairies de la capitale Lomé et rivaliser avec l’Union pour la République (UNIR) dans le centre. Le parti est au pouvoir depuis le coup d’État du père du président en place, Eyadéma Gnassingbé, en 1967.

Deux partis d’opposition refusent toujours, quant à eux, de participer aux élections : le Parti national panafricain (PNP) et le Parti des Togolais. Le PNP – à l’origine de récentes manifestations contre le régime et dont le leader Tikpi Atchadam vit en exil – exige la libération de ses militants. Parmi eux, trois responsables écroués depuis la mi-avril à la suite des manifestations. En 2017 déjà, le PNP avait participé activement aux manifestations de Lomé et d’autres villes du Togo pour demander, notamment, la démission de Faure Gnassingbé au pouvoir depuis 2005.

Mais cette mobilisation exceptionnelle a perdu en intensité au fil des mois. Plusieurs partis ont claqué la porte de la coalition et vont donc en ordre dispersé aux élections locales. Dans un communiqué commun, la France, l’Allemagne, les États-Unis, la délégation de l’Union européenne et la coordination du Système des Nations unies au Togo ont tout de même souligné cette « étape importante dans le renforcement de la démocratie locale » et encouragé « le gouvernement et les partis politiques à tout mettre en œuvre pour favoriser collectivement la tenue d’un scrutin libre, pacifique et transparent ».

Le Point Afrique

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