Tchad : « Pourquoi la démocratie doit être respectée »


TRIBUNE. Dans un moment particulièrement compliqué pour l’Afrique, le Tchad doit donner l’exemple et sauvegarder ce bien commun qu’est la démocratie.
Par des Personnalités expertes sur l’Afrique*
Il importe que la démocratie soit respectée sur un continent qui a besoin d’un consensus sur les modes de transmission du pouvoir pour se construire dans la paix.

Depuis bientôt un an, l’Afrique vit au rythme des élections présidentielles, caractérisées par de multiples tensions. Comment croire à la pratique « démocratique » et au droit des populations à choisir leurs dirigeants lorsque les élections sont devenues des exercices usuels de violation de l’esprit des institutions et une trahison de la promesse de lendemains meilleurs pour la jeunesse ?

Haro sur le recul démocratique observé ici et là
L’habillage démocratique auquel nous assistons à travers les simulacres d’élections a fini par lasser des populations qui ne croient plus aux vertus de la politique et aux bienfaits de l’exercice électoral qui devrait favoriser l’alternance et refléter la volonté populaire. Ce recul démocratique dans de nombreux pays, sur fond d’emprisonnement ou d’envoi en exil forcé des opposants politiques, de violences, de « tripatouillages » de résultats, est le signe, en réalité, d’une fragilité des pouvoirs en place, prétendus « forts », qui s’adonnent à un « coup d’État électoral permanent », avec une certaine complaisance coupable des institutions africaines et des partenaires internationaux.

Haro sur le Conseil militaire de transition
Le dernier coup de force des militaires au Tchad, après la mort du maréchal président, ainsi privé de son 6e mandat, est une nouvelle illustration de la faillite institutionnelle du pays ; un scénario qui en rappelle d’autres sur le continent. La mise en place d’un Conseil militaire de transition, dirigé par le fils du président décédé, en violation totale de la Constitution, le silence assourdissant de certaines institutions et dirigeants africains, le quasi-adoubement de la « junte » par certains pays occidentaux, au mépris de la volonté des populations, pourraient engendrer une nouvelle crise dans ce pays fragile sur plusieurs plans, et notamment sécuritaire. Le discours du président français, lors des funérailles du Maréchal, n’apaisera sans doute pas le sentiment « anti-français » exprimé de plus en plus dans les rues africaines par la jeunesse.

Une provocation de plus
Comment imaginer que les citoyens, les partis politiques, les militaires, les religieux…, l’ensemble des forces vives de la nation, ne puissent dénoncer ce coup d’État ? Cette imposture, à peine relevée par l’Union africaine, pourtant garante théorique des règles démocratiques, est une provocation de plus. Le peuple tchadien sera en droit de revendiquer sa souveraineté, et le respect de la loi fondamentale, à moins que la dernière constitution remaniée, « votée massivement », n’ait été qu’une duperie.

Un piège diplomatique
Les chancelleries étrangères se trouvent dans l’embarras, prises au piège, confondues entre admettre, avec une certaine complaisance, un état de fait ne correspondant à aucune réalité constitutionnelle ou le dénoncer ; ce qui peut apparaître comme une ingérence dans la souveraineté d’un pays, dont le rôle de gardien contre la percée des mouvements rebelles dans la région, permettait toutes les violations des droits humains.

Le renouveau vraiment urgent pour l’Afrique
Les événements du Tchad appellent au « réveil » du peuple, au rapide sursaut des Africains et des institutions africaines pour un renouveau des pratiques politiques et pour la sauvegarde du bien commun, par excellence, que constitue l’exercice démocratique. Le rassemblement des mouvements de jeunesse, des partis politiques, des différents corps sociaux, dans un dialogue honnête, pour reconstruire les bases « d’État-nation », est nécessaire pour éviter le grand « printemps » africain qui pourrait entraîner un embrasement général d’une bonne partie du continent, avec des populations à bout de patience. Toute atteinte à la démocratie risque de n’entraîner que… la révolte !

Le Point

Laisser un commentaire