Tchad : les 30 ans du mépris national de Deby


Le 11 aout 1960 marqua la date de la libération formelle du colonialisme français au Tchad. Du 11 aout 1960 au 11 aout 2020 fait arithmétiquement 60 ans de libération du peuple, de non-ingérence directe et ouverte de la France dans les affaires internes du Tchad. Ce Tchad, est depuis lors, libéré des démons exogènes mais malheureusement asphyxié des démons endogènes qui agonisent tout épanouissement du peuple qu’il regorge et le freinent volontairement à entrer dans le concert des Etats développés.
Il me parait non nécessaire de me tarder sur toute l’histoire tumultueuse de cette République, libérée mais non totalement libre, indépendante formellement mais soumise matériellement, riche naturellement mais appauvrie artificiellement, diversifiée socialement mais déchirée ontologiquement de manière tactique. Ce faisant, il me parait impérieux de me focaliser, sur ses 30 dernières années de gestion et de gouvernance par Idriss Deby sur ses 60 années ambivalentes « d’indépendance ».
Le 1er décembre 1990, s’avère être la date à laquelle le peuple tchadien a vu une dictature développementaliste défaite, en attente d’aspirations démocratiques, cahin-caha, on le promet « ni or, ni argent mais la démocratie et la liberté ». Seulement, cette promesse donnée par le nouveau Président Deby est violée à la seconde qui suive son annonce.
Comment est-il alors parvenu à survivre et sauver son pouvoir dans la tromperie durant tout ce temps de 30 ans ?
Certes, l’assoiffé du pouvoir s’était d’abord avéré conciliant avec les forces vives d’entre temps. Il s’est dès lors, présenté clément, non dangereux et a initié et fait adopter diverses lois démocratiques après moult consultations dans le cadre de la réalisation de sa promesse démocratique.
Au fil des ans, l’homme commence à délecter du nouveau bonheur dans l’exercice présidentiel avec l’exploitation pétrolière de 2003. Il s’accapare du jour au lendemain de la grande partie des fruits de cette exploitation pétrolière, il taille ses dents, se fait rendre un peu mieux beau qu’avant, se lance dans les dérives du pouvoir et la soumission de tout le peuple à sa guise, à sa volonté.
L’homme corrompt les militaires, qui se vouent vie ou mort qu’à lui, l’homme installe ses pions indéfectibles et les membres proches de sa famille partout, dans tout et sur tout, l’homme constate la docilité de l’opposition après s’être un bon offrant, l’homme réalise qu’il joue seul sur le terrain politique tchadien, l’homme devient intolérable à toute critique, à toute contradiction, l’homme s’impose, l’homme a ce qu’il veut de gré ou de force au mépris avéré du Droit prescrit, l’homme comprend les failles et les mailles du pouvoir, l’homme étudie de fond en comble la sociologie tchadienne pour manier tout le Tchad, l’homme ne s’égale qu’à lui-même au Tchad si ce n’est qu’à Dieu. Il n’a de compte qu’à rendre à son ventre et ses désirs, au plus, aux membres de sa famille, au moins, à son groupe d’oligarchie.
Malgré tout ça, l’homme reste insatiable, tente alors diaboliquement, de mépriser nos dates officielles, de minimiser nos fêtes nationales, de manquer du respect à toute notre histoire et de banaliser toute notre existence ! Je diabolise sa dernière envie illogique relative à la combinaison de la célébration du maréchalat à la fête d’indépendance, parce qu’elles sont de nature différente, d’objets différents et de considération populaire différente. C’est un peu comme si on mélangeait l’eau et l’électricité, le lait et l’huile. Car si la première s’attarde à acter la volonté griotique et soumise d’un parlement illégitime pour satisfaire un insatiable, la seconde, marque le départ de notre histoire en tant que peuple indépendant, en tant que peuple libéré de l’abominable colonisation, aussi, si la première est largement contestée et décriée par le peuple même s’il demeure sans contre action et muet de cet attribut de trop, la seconde, est et a toujours été célébrée sans distinction de bord politique, de race, de religion, par tous les âges, par tous les genres. Il le fait sciemment parce que l’homme est maitre du ridicule, l’homme adore qu’on prête attention à ses propres attributs, par cette combinaison il cherche à retirer toute valeur à notre fête d’indépendance pour valoriser et mettre au devant son titre honteux de maréchal !
Quand les patriotes Présidents se questionnent de leur apport au développement pour leur pays ? Deby se questionne en quoi il n’a pas utilisé le Tchad pour atteindre son dessein personnel ? Quand les patriotes Présidents travaillent jours et nuits pour améliorer les conditions de leur citoyen dans tout et en tout, Deby travaille et manigance jours et nuits comment torturer son peuple ? retarder tout développement de son peuple ? Quand les patriotes Présidents s’adonnent la charge de penser les 100 ans d’avenir meilleur à leur peuple, Deby s’acharne à loisir de rendre à tout prix difficile le présent à son peuple (…)
C’est la raison pour laquelle on a d’un côté, des milliards de la République gâchés pour et dans des futilités, alors qu’on a d’un autre côté un peuple malade sans hôpital digne de ce nom, un peuple affamé du manque de nourriture, un peuple assoiffé des coupures d’eau, un peuple assombri des coupures d’électricité 60 ans après son indépendance (…)
60 ans après notre indépendance, on a alors le devoir de se poser ces questions : où est passé en ces 30 ans le peuple tchadien dans les projets de Deby ? S’est-il consacré un tant soit peu sur le présent et l’avenir collectif de ce peuple ? En quoi est-ce le sort de ce peuple a-t-il changé depuis ces 30 dernières années de son existence libre de 60 ans ? Le Tchad lui-même a-t-il bénéficié de quoi depuis l’exploitation de ses ressources naturelles ? Se fait-il toujours secourir par d’autres pays pour essayer de résoudre ses problèmes ? Si oui comment ? Financièrement ? Techniquement ? matériellement ? Est-ce ces pays qui le viennent en rescousse ne le dominent pas par un moyen ou un par un autre ? Est-ce qu’ils ne s’attendent pas à un retour d’ascenseur ? Est-ce toutes ces aides ne remettent pas en cause son « indépendance » chèrement acquise ?
Même le chantre du régime de Deby ou même Deby lui-même aurait du mal à répondre honnêtement sans se tordre la langue ces questions épineuses. Parce que, le véridique n’allait pas seulement répondre par des négativités mais il allait se fondre en pleurnichant voire en regrettant le malheur du régime de Deby s’abattre ainsi sur le destin de tout un peuple. Pour preuve, tout le monde a vu et écouté l’interview de Deby il y a de cela quelques heures. Il a admet que son régime n’a pas de bilan positif, mais qu’il cherche forcement à accuser d’autres serviteurs de ce régime, tout en s’extirpant lui-même de ses accusations, de son échec.
Peuple tchadien, en ces 60 ans d’indépendance, je dis qu’on a presque eu la décolonisation des blancs français, levons nous ensemble pour achever notre mission et mettre fin au néocolonialisme entretenu par nos dirigeants, libérons notre pays de toute soumission. Ce devoir s’attelle plus impérieux que ce n’est pas seulement notre pays qui est envahi par le mal, mais c’est nous l’envahisseur, c’est nous le mal de ce pays.
Peuple tchadien, nous n’avons pas assez du ridicule ? Nous n’avons pas assez du mépris ? Nous n’avons pas assez de la famine et de la soif ? Nous n’avons pas assez que ceux qui doivent nous servir se servent eux-mêmes ? Nous n’avons pas assez que les uns et les autres s’enrichissent sur notre dos ? Nous n’avons pas assez de la corruption machinée ? Nous n’avons pas assez de l’obscurité ? Nous n’avons pas assez du chômage ? Nous n’avons pas assez de l’impunité et de l’injustice ? Nous n’avons pas assez du retard qu’on accuse sur l’avancée des autres Nations ? Nous n’avons vraiment pas assez un peu de tout ça ?
De toute évidence, ces questions ne peuvent trouver des solutions adéquates dans le silence éternel ou la passivité complice. Elles nécessitent l’action, le courage et la réclamation. Si nos aïeux étaient aussi complaisants avec notre devenir, aussi passifs et silencieux que nous, allons-nous vraiment être libérés du joug du colonialisme occidental à l’heure actuelle ? Je ne crois pas ! L’heure du devoir de l’autodétermination du peuple tchadien a sonné, à nous de respecter et d’honorer ce rendez-vous de l’histoire. Que chacun résiste à tout prix, du peu qu’il peut, au régime du mal pour qu’on change profondément le paradigme de notre pays afin d’espérer des lendemains meilleurs au Tchad.
Les défenseurs de la liberté ne se servent pas solidairement de tous leurs moyens pour libérer le peuple. Pourtant, l’union fortifie. C’est pourquoi, je pense que, si on veut aboutir à quelque chose une planification organisée s’impose. Plus le but de la cause est important, ou les conséquences probables de l’échec graves, plus l’unité contre le mal serait essentielle. Une telle démarche unificatrice augmenterait de toute évidence la probabilité de mobiliser toutes les ressources disponibles pour être utilisées efficacement contre le mal déploré.
Tout combat qui vise un changement radical et s’avère être isolé, est non seulement egocentrique, mais n’offrirait, aucune ligne directrice pour développer la stratégie de la libération, aussi, le résultat serait sans conteste désastreux. Arrêtons alors de dissiper nos forces, de gaspiller notre énergie à résoudre des problèmes mineurs et de faire en sorte que nos sacrifices n’aboutissent à rien.
En renforçant ainsi nos forces pacifiques de frappes une solidarité irrésistible se construirait hors du contrôle du régime, et, à la longue cette combinaison de forces de résistance peut mener à l’acquisition de la liberté, par l’effondrement de la dictature et l’instauration d’un système démocratique incontestable, établi sur un changement fondamental de relations de pouvoir et de la société.
Le schéma actuel est de réagir aux initiatives de la dictature, on se retrouve alors toujours sur la défensive et cherchons à maintenir quelques libertés et non toutes les libertés. C’est ce qui justifie, qu’au mieux nous parvenons à ralentir la progression des injustices contre certaines libertés, au pire, on agit tardivement alors que le forfait est déjà perpétué. Cela doit changer pour qu’on aspire à la libération définitive, l’instauration de la justice sociale, de la bonne gouvernance, l’espoir du développement réel et la consolidation d’une vraie Nation.
Là est mon appel murement réfléchi.
Bonne fête de 60 d’indépendance à vous tous !
Kelle Mahamat (kellomahamat238@yahoo.fr

Afriques en lutte

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