Autoroute à péage/Eiffage : « Pousser notre gouvernement à renégocier le vol organisé de nos ressources fiscales » (Cheikh Oumar Sy)

Dans l’ombre, « la renégociation de la concession de l’Autoroute à péage » se poursuit, a indiqué le SG de la présidence en conseil des ministres du 10 juin dernier. Dans l’entretien qui suit et qui a précédé ledit conseil des ministres, le président du Collectif des usagers de l’Autoroute à péage (CCUAP) explique les objectifs visés dans le bras de fer avec Eiffage/Senac. Eiffage n’a pas répondu à nos questions.

Autoroute à péage/Eiffage : « Pousser notre gouvernement à renégocier le vol organisé de nos ressources fiscales » (Cheikh Oumar Sy)

BAISSE DES TARIFS

En effet le Collectif Citoyen des Usagers de l’Autoroute à Péage (CCUAP) a depuis plus d’un an mener un combat citoyen pour la réduction des tarifs de l’autoroute, la sécurisation du tronçon, et l’éclairage qui fait défaut et qui est à l’origine de nombreux accidents. Au-delà de ces exigences relayées par le CCUAP pour le compte des usagers, il se pose la question même de la légalité du contrat qui dans la forme ressemble à un PPP mais en réalité n’en est pas un. L’Etat du Sénégal, sous le régime de l’ancien Président Abdoulaye Wade, avait investi plus de 85% des ressources pour les démarrages des travaux.

« CONTRAT INEQUITABLE » MAIS…

Nos exigences portent principalement sur le contrat qui est pour nous inéquitable et désavantageux, d’une part pour l’Etat du Sénégal, et d’autre part pour les usagers qui paient un coût excessivement cher pour son utilisation.

En ce qui concerne le montant de l’infrastructure, l’autoroute à péage Patte D’Oie-Pikine-Diamniadio est un financement public de 140 milliards dont 61 milliards de francs Cfa d’Eiffage. Les 20 kms ont coûté 7 milliards par km alors qu’en Tunisie, sur 230 km, le prix revient à 1,9 milliard Km. Au Maroc, les 20 Km d’autoroute, c’est 2 milliards par km. Les 87 milliards Fcfa injectés par l’Etat du Sénégal auraient suffi à construire une bonne partie de l’ouvrage sur toute l’autoroute Dakar-Diamniadio.

…CONTRAT DEJA SIGNE

L’entreprise EIFFAGE-SENAC se réfugie derrière des clauses de contrat de stabilité pour refuser toute renégociation du contrat faisant fi de certaines dispositions qui permettent à l’Etat du Sénégal de tirer profits par exemple du surplus de trafic qui n’était pas prévu dans le schéma d’exploitation initiale. L’objectif de 50.000 trafics jours a été largement dépassé par l’entreprise Eiffage-Senac à cet effet l’Etat du Sénégal devrait voir son sharing revenu augmenter.

LES DIRECTIVES DU PRESIDENT SALL ET LES BLOCAGES D’EIFFAGE

Un Etat doit pouvoir défendre l’intérêt de ses citoyens surtout dans un contexte où le contrat du prestataire est complètement biaisé. Le Président de la République a en effet donné des directives fermes pour la renégociation du contrat mais il y a un malaise quant au leadership qui doit initier les pourparlers avec l’entreprise Eiffage-Senac et cette dernière en est consciente.

Les négociations de la concession de l’autoroute à péage n’ont pas été menées par le Ministère des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement mais par l’APIX. Ainsi il y a un problème de hiérarchie institutionnelle et le Ministère en question n’a pas les coudées franches pour engager la révision du contrat. D’un autre côté, l’APIX ne peut ouvertement dénoncer le contrat au risque d’admettre que le PPP qu’ils ont initialement proposé n’est qu’une grosse arnaque qui fait perdre des milliards de FCFA aux pauvres contribuables. Il ne faut pas aussi oublier qu’EIFFAGE est une société qui préserve les intérêts français et tous les leviers sont utilisés afin de décourager le Président Macky Sall à défendre les intérêts de son pays.

PRIS ENTRE DEUX FEUX

Effectivement nous sommes pris entre deux feux mais cela ne nous empêche pas de mener notre combat et de soutenir les intérêts des usagers de l’autoroute à péage. Notre objectif est de pousser notre gouvernement vers la renégociation de ce que nous considérons un vol organisé et légalisé de nos ressources fiscales. L’autoroute Ila est la preuve que nous pouvons aujourd’hui nous-mêmes commanditer et exploiter nos concessions, où tout au plus faire appel à des entreprises expérimentées dans le cadre d’un contrat équitable et profitable aux différentes parties prenantes.  

PERSPECTIVES

Nous avons enregistré un certain nombre de succès dont la baisse de 1.000 FCFA sur le tronçon Dakar – AIBD mais si en réalité nous demandions cette baisse pour les tronçons Pikine- Thiaroye- Keur Massar – Bargny Rufisque qui concentrent l’essentiel du trafic.
Nos actions ont mené la société EiffageSenac à augmenter les mesures de sécurité sur l’autoroute mais l’éclairage fait toujours d’défaut malgré les nombreuses assurances de l’ETAT

Actuellement le CCUAP grâce à l’appui technique et financier de la Fondation Henrich Boll et en partenariat avec Legs Africa et OSDEA mènent une étude sur l’impact socio-économique de l’autoroute à péage qui a pour but de démontrer les nombreux manquements constatés dans le cadre de l’exploitation de la concession et exiger la renégociation par l’Etat du Sénégal.

Momar Dieng
Impact.sn

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