Sénégal : Le président aurait-il cédé ?

 Depuis le discours à la nation du 03 Avril, le président de la République était resté dans un mutisme inquiétant. Faisant signe de vie qu’à travers des décrets et ses moments de détente en famille. Il faut dire qu’il est « restez chez vous »! (comme dit l’autre) Des voix n’ont pas manqué de signaler son silence, d’autres ont déploré sa partie de « Leknaako-diapnaako ». Prési sort de sa « torpeur » et promet de s’adresser à la nation, le 12 Mai!  Enfin!
Alors, le discours tant attendu prévu pour le 12, a finalement été rapproché d’un jour. Des publications sur les réseaux sociaux ont sans doute motivé la présidence à faire son message à la nation ce Lundi 11 Mai 2020. Prési aurait donc cédé aux moqueries de ceux qui le traitent de « gouverneur de la France » au Sénégal. Enfin, une riposte! 
 Tout de même, il fallait montrer sa poigne et prouver que c’est absurde de penser que le président n’était pas souverain. Était-il lui même convaincu? …
Faire un message, après celui du président de la France et répéter sa « ligne éditoriale », n’est pas chose nouvelle chez les dirigeants des anciennes colonies françaises d’Afrique subsaharienne. D’ailleurs cette allégeance à la France est la chose la mieux préservée par les gouvernements d’Afrique francophone. Bref
Conformément au programme Corona-world  qui définit une mode de vie mais encore, une mode de pensée et d’expression, le nouveau mot de la semaine est, devinez : ASSOUPLISSEMENT! 
Ainsi, le chef de l’Etat a décidé d’assouplir les mesures liées à la lutte contre le covid-19. Dans son assouplissement, plusieurs vœux des citoyens ont été plus ou moins pris en compte. Chose inédite!!!Des citoyens se sont levés, légitimement, pour protester contre la trahison de la présidence.  « En voulant satisfaire les prétentions d’une partie de la population, elle risquait désormais de sacrifier les autres. » La presse écrite, les internautes, les penseurs libres etc, contestent et protestent. Etant parmi eux, j’oppose mon désaccord.
Mon option, qui n’engage que moi est celle-ci : Le président à pris une décision qui répond d’une certaine manière à une vague de demandes mais qui ressemble plus à un prolongement de sa « stratégie » qu’un désengagement. Quoi qu’on dise, il a une stratégie, efficace ou pas, s’en est une. Au bout de deux mois, quoi de plus logique que de chercher une autre stratégie?  
Si tenté qu’il ait écouté les revendications, le Sénégal appartient à tous ses enfants, sans exception quelconque. Ayons bonne foi sur l’optimisme des « autres enfants » de la nation et observons les résultats, avec assurance. Pourquoi pas? Pourquoi être  si pessimiste? Impossible n’est-il pas sénégalais?
Cela dit, je ne pense pas que ce gouvernement nous ait, auparavant, habitué à céder à nos exigences. Il faut plutôt dire que c’est peut-être nous qui sommes parfois inconstants dans notre démarche. Moi en premier (pour ne pas jouer au gars modèle). J’en viens aux détails. 
Nous étions très nombreux à fustiger le gouvernement quand il a déclaré l’impossibilité de rapatrier nos compatriotes qui étudiaient en Chine. Quelques temps plus tard c’est nous qui invitions les émigrés de : « Restez chez vous ». Quand les cas communautaires se sont multipliés, très peu d’entre-nous ont été cléments envers ces valides filles et fils du Sénégal. Bon nombre d’entre-nous ont crié au laxisme du gouvernement qui « non seulement a tardé à fermer les aéroports mais avait du mal à contrôler les frontières. » Du jour au lendemain, ces bras qui s’ouvraient grands pour accueillir ses « quelques » expatriés, étaient près à étrangler tous ses émigrés. Oui, les mêmes bras, avec des gants certainement. « Mesures barrières » vont-ils dire. Quel retournement de situation! 
Si ce qui ne te tue pas, te rend têtu, ce qui te tue te rend amnésique. Je ne reconnais plus mon peuple. Ce peuple qui se dit mature et responsable. Ce peuple qui a son avis sur tout, pour une fois qu’on semble le mettre au premier plan, se dérobe et crie au sacrifice. Jambaar, aanh?
C’est qu’à même malheureux qu’on soit réduit à penser que les politiques nous donneraient l’opportunité de leur voler la vedette. Pensez vous que le gouvernement nous montrerait, explicitement, ses limites? Qu’il nous dirait : « Je n’en peux plus » « Débrouillez vous ». Et nous donner l’occasion d’en finir avec lui facilement, lui l’Etat providentiel. Alors comme quoi l’Etat nous permet d’être édifiés sur le mythe légendaire qui nous impose de croire que les politiciens sont plus aptes à changer le sort d’un peuple plus que ce dernier. Nooon, quand même?  C’est possible qu’une politique d’un dirigeant puisse changer le sort d’un peuple mais c’est toujours le peuple lui même qui est l’artisan de son changement. Nous ne cesserons d’avoir des exigences envers l’Etat, mais n’oublions pas nos devoirs de citoyens. Le citoyen sénégalais est trop souvent rattaché à l’indiscipline. C’est abusé, avouons le.
 L’indiscipline sénégalaise encore au menu? 
Et pourtant très peu de peuples sont aussi polis que nous, pour ne pas dire plus polis. On n’a l’impression que les seuls sénégalais disciplinés sont ceux qui sont à la télé, à la radio ou dans les réseaux sociaux. Il suffit de le dire ou de le publier pour paraître plus intelligent alors que la première des impolitesses est de traiter l’autre d’indiscipliné. 
La majorité silencieuse de ce pays est d’une politesse extraordinaire, elle ne mérite pas d’être jugée pour les fautes d’une minorité. J’avoue que c’est tendance dans nos sociétés, de juger tout le monde pour les faits d’une infime partie. Sommes-nous donc,  à ce point, sévères envers nous-mêmes?Même le chinois réputé très polie, s’est mis à bastoner, mais poliment hein, des africains. Au calme, eh ouiii. L’autre brave le confinement pour faire du sport. « C’est bon pour la santé. » Elle sort promener son chien. « Que c’est mignon ! » 
Pendant ce temps, nous le pays de la teranga, sommes le peuple indiscipliné. Sérieux? Le Corona a vaincu les États-Unis, l’Espagne, La France…Oui oui…oui. C’est à cause de leur indiscipline j’imagine. Bon courage, continuons de noyer le poisson. À ce rythme on finira par anéantir toute solution de sortie de cette crise. 
À l’Etat il appartient de définir la politique de la nation, mais à nous il revient d’en assurer l’application efficace. Cela ne dépend pas toujours de ce que dit ou veut l’Etat mais de ce que nous sommes prêts à supporter et sacrifier pour bâtir mieux encore que la politique d’un gouvernement. 
Disons-le, à part les corps à rapatrier, la présidence n’a fait que rendre officiel ce que nous faisions déjà. 
Certains lieux de cultes sont toujours restés ouvertes, le couvre-feu n’était plus stricte dans plusieurs secteurs de la banlieue, des rassemblements un peu partout, au marché notamment. Rien de nouveau…
Loin de défendre qui que ce soit, la fermeture des lieux de cultes, l’arrêt des cours et autres activités répondaient à une « stratégie ». Au bout de deux mois, les contaminations ont augmenté malgré toutes ces dispositions, il est très logique que d’autres moyens soient essayés et pour moi, il est nécessaire d’apprendre à vivre avec le virus. 
Nous avons déjà entamé cette phase, elle vient juste d’être officialisée. Ce qu’on a vécu ces deux mois n’est ni confinement ni semi-confinement. C’est tout bonnement une cohabitation avec le virus. 
C’est l’Etat qui n’était pas ferme dans sa décision ou c’est nous qui agissions selon nos « intérêts?Si les cas communautaires ont persisté, c’est parce que certains d’entre-nous circulaient aisément de région en région. Au nom de quoi? Au nom de la cohabitation avec le virus peut-être. – A qui la responsabilité? – L’Etat, bien-sûr! -Et nous aussi hein. Il faut toujours un responsable alors? 
Ceux qui ont demandé l’ouverture des lieux de cultes devraient assumer un probable chaos à venir. Si les choses s’améliorent leur en donnerons-nous les mérites? Que penser de la responsabilité?
Responsabilité?
Le président aurait cédé? Ah bon?Arrêtons de trouver des bouc émissaires et montrons pour une fois, que nos sorts ne sont pas vraiment liés à des décisions politiques mais plutôt à notre propre responsabilité « individuelle ». Ne dit-on pas; SOIT LE CHANGEMENT QUE TU VOUDRAIS CHEZ LES AUTRES? 
Alors tout est à relativiser, l’absolu n’est ni dans la décision de nos politiques, ni dans nos prétentions.   Quoiqu’il en soit, la gestion de cette crise nous aura mis dans toutes les situations possibles. Tantôt nous sommes dans une même voie tantôt nous sommes en désaccord. La panique due à la pchycose est toujours là, les cas évoluent, les morts se multiplient, plus de temps pour penser à autre chose qu’à sauver sa vie. 
Le fatalisme plus que l’optimisme dans un pays qui se réclame croyant. Ne dit-on pas que la foi peut briser des montagnes? Ce minuscule virus resiste encore, où est donc cette foi libératrice? Enfoui tout on fond de cette peur, la peur de vivre. Car oui, vivre c’est lutter. Pour gagner, il faut d’abord lutter. Pour ça, il faut faire face. Faisons-nous face? Si oui, comment, objectivement?
Alors plus que jamais disons- nous qu’on est assez outillé pour nous en sortir, individuellement, pour le sort de tous. Oui il est bon de lorgner ailleurs, mais tout ce qui se passe là-bas ne se passera pas forcément ici. Ce n’est pas que les autres meurent par millier que nous aussi, ce n’est pas que les autres ont assoupli et sont retournés au confinement, que nous aussi. La mondialisation nous impose à adapter nos situations à celles de nos voisins du fait qu’il ya une « certaine similitude » entre nous. Certes. Mais comparaison n’est pas raison.Quand il pleut chez eux, il pleut ici mais quand il neige chez eux, c’est seulement le froid chez nous. C’est banale comme illustration non? Eh bien, j’essaye d’être persuasif.Je pense avoir épuisé les exemples les plus terre-à-terres possibles. 
Toutefois, être dans les médias ou publier sur les réseaux sociaux ne signifie pas que nous sommes plus intelligents ou pertinents que nos lecteurs, mais face à la situation, se taire c’est être complice. La vie est une contribution, pour moi. Toutes mes actions sont inscrites dans ce sens, c’est pourquoi je partage mon opinion. Elle est loin d’être irréprochable, mais de grâce, si vous avez eu la patience de me lire, ayez les motivations de partager aussi largement que possible, votre contribution dans cette lutte, peut-être la solution la plus efficace viendra de vous.
Nous nous disons croyants. Nous y croyons? Nous disons remettre nos espoirs en Dieu. Que craignons nous alors?
Nous attendons encore que l’Etat fasse des miracles. Il a assoupli dit-il, que l’on accomplisse et que ça finisse. Dara nak!Nous ne sommes pas un tribunal où il faut toujours qu’on cherche le coupable. Sortons de ce spirale infernal où l’enfer est toujours l’autre. Pour une fois que chacun de nous se regarde face à un miroir et se dise : C’est moi qui vais changer, positivement, les choses.  
Apo, Libre penseur 

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