Sénégal: Le commissaire Boubacar Sadio dénonce « l’infantilisation des autorités par la France »

« Il est temps de dire et de faire comprendre à Macky Sall qu’il doit impérativement arrêter de bafouer notre honneur, de blesser notre fierté et de brader notre dignité ; il doit cesser de faire montre d’obséquiosité, de docilité et de pusillanimité devant son petit maitre Macron ».
–Lettre ouverte à Macky Sall : « Sous votre magistère, le mensonge, dans toute sa laideur et sa vilenie, s’est installé au cœur de la république »

Monsieur le Président de la République, dans une de mes lettres ouvertes, je vous avais dit que le palais de la république, cette imposante bâtisse toute blanche de l’ère coloniale que vous occupez en qualité de simple locataire, s’écroulera ; que tous les immeubles que vous avez construits ou rénovés (le building, le centre Abdou Diouf, le siège de l’APR etc…)s’affaleront ; que les moquées, les résidences modernisées des foyers religieux s’affaisseront ; que les inscriptions gravées sur les plaques en marbre lors de vos inaugurations s’effriteront ; que vos limousines blindées, vos trains, rails, autoroutes seront réduits en poussière ; que tout tombera en ruine et disparaitra quand retentira le Fracas divin.

Monsieur le Président de la République, je vous avais demandé de vous investir pleinement et exclusivement sur les Sénégalais qui sont des hommes et des femmes, des êtres humains, des créatures divines dont les âmes sont immortelles ; et que vous vous fassiez le devoir moral de leur inculquer de bons principes, les valeurs saines de justice, d’égalité, d’équité, d’amour du prochain et la juste peur d’Allah. C’est seulement en le faisant et en le réussissant que votre œuvre, à dimension humaine, illuminera leur cœur et leur esprit jusqu’à la fin des temps. N’aviez-vous pas affirmé que « la gouvernance ne se réduit pas à construire des infrastructures ; une gouvernance c’est aussi des valeurs morales, des principes et de l’éthique » ?

Monsieur le Président de la République, malheureusement et c’est vraiment dommage, vous avez pris le sens contraire et le contrepied de l’ orientation originelle de vos convictions primaires, en vous engageant à fond dans la construction d’infrastructures de toutes sortes et, en jetant aux oubliettes tous vos beaux et charmants discours sur la morale et l’éthique. Vous avez clignoté à droite pour ensuite tourner à gauche. Aujourd’hui, votre magistère est caractérisé par vos promesses non tenues, vos engagements non respectés, vos reniements spectaculaires et vos abjurations publiques ; mais le plus grave dans ce capharnaüm de contre valeurs, c’est le fait d’avoir érigé le mensonge en élément paradigmatique de gouvernance.

Monsieur le Président de la République, le mensonge, dans toute son exécrable laideur et son abjecte vilenie, a envahi toutes les sphères de la vie publique ; les autorités politiques et publiques, à tous les niveaux de responsabilité en sont les auteurs. Je me garderai d’évoquer la récusation d’Ousmane Ngom, très illustratif de votre cas personnel. Lors d’une audience avec le khalife général des mourides, le Président Abdoulaye Wade, vous a accusé, devant le saint homme et publiquement, d’avoir menti sur les sept milliards que vous avez prétendu avoir reçus de ses mains. Il a expliqué que s’il s’était tu à l’époque, c’était par décence pour ne pas vous indisposer ; jusqu’à présent aucun démenti ni réaction de votre part. Votre silence laisse perplexe et ne se justifie pas dans la mesure où c’est votre honneur et votre réputation qui sont maculés et mis en cause.

Monsieur le Président de la République, nous vivons une crise de l’électricité due à l’augmentation de son cout ; une crise insupportable et aggravée parce que consécutive d’un flagrant mensonge d’Etat. L’ancien directeur général de la Senelec n’avait-il pas déclaré que celle-ci produisait suffisamment d’électricité au point de pouvoir en fournir aux pays voisins ? N’avait-il pas annoncé un bénéfice de l’ordre de 25 milliards ? N’avait-il pas dit qu’il y aura une  diminution prochaine du prix du courant qui se reflétera sur nos factures ? Balivernes et purs mensonges ; comment peut-on se jouer d’un peuple avec autant de légèreté, autant de désinvolture ? N’auriez- vous pas été une véritable source d’inspiration à tous ces responsables qui ont, peut-être, cru devoir suivre votre exemple sur bon nombre de vos reniements et abjurations ? S’invite, ici, l’exemplarité dont un chef doit faire montre dans la conduite de ses charges publiques, dans l’exercice de ses fonctions régaliennes et de ses responsabilités nationales.

Monsieur le Président de la République, le mensonge d’état se manifeste dans tous les domaines de l’activité publique ; notamment dans le domaine des statistiques ou Il a été établi et démonté à plusieurs reprises que le gouvernement excelle dans la manipulation des chiffres. Les chiffres et autres pourcentages donnés par les autorités sont très loin de refléter la réalité, l’Etat se livrant à des falsifications pour présenter une fausse situation pour induire en erreur les partenaires techniques et financiers. Aussi des différences des contradictions et des écarts inexplicables sont-ils souvent enregistrés entre les chiffres présentés par les mêmes services. Tout récemment le député Moustapha Cissé Lo a dénoncé l’inexactitude des statistiques se rapportant à l’agriculture.

Monsieur le Président de la République, on pourrait même penser que le mensonge s’est internationalisé avec cette histoire de restitution d’un sabre qui aurait appartenu au grand homme, à l’érudit que fut El Hadj Omar Foutiyou TALL et qui a vu une parfaite entente, une grande complicité et une connivence, entre les autorités sénégalaises et française dans un jeu de dupes admirablement mis en scène. Ce sabre ne serait pas l’outil authentique du saint homme qui se trouverait à Bandiagara, selon une déclaration d’un important membre de la famille. Le professeur Abdoulaye Diop, éminent historien, a affirmé de manière solennelle qu’EL Hadj Omar n’a jamais détenu un sabre ; le sabre dont il est question appartiendrait à son fils Ahmadou  Cheikhou Tall. Tout ceci s’apparente à un véritable mensonge de deux Etats en parfaite collusion pour des desseins cachés et des objectifs inavoués. Quelle est cette farce de mauvais gout consistant à «  prêter » un objet volé à son légitime propriétaire ? Nos autorités nous prennent-elles pour des dindons ?  Le plus désolant dans cette affaire, c’est l’infantilisation de nos autorités par la France ; il faut voir comment les médias de l’ancienne puissance coloniale s’en sont donnés à cœur joie en nous daubant cruellement. Il est temps de dire et de faire comprendre à Macky Sall qu’il doit impérativement arrêter de bafouer notre honneur, de blesser notre fierté et de brader notre dignité ; il doit cesser de faire montre d’obséquiosité, de docilité et de pusillanimité devant son petit maitre Macron.

Monsieur le Président de la République, le mensonge a atteint le comble et le summum de l’immoralité lors de la visite du Président Emmanuel Macron au Sénégal, avec l’utilisation d’une enfant, une mineure, dans une sordide entreprise de falsification de la réalité. Pour se donner une bonne image et faire croire au Président français que notre pays a le même niveau de développement éducatif que le système de l’hexagone, avec des classes de 25 élèves, nos autorités ont réduit le nombre de tables-bancs et donné congé au reste des élèves d’une classe. Quelle indignité, quelle honte, quel manque notoire de scrupule et quelle vile lâcheté que d’avoir voulu mettre au-devant de la scène, jeter en pâture et servir d’appât une jeune enfant dont l’esprit n’était habité que par le rêve d’une vie réussie après de brillantes études. Mais comme un crime n’est jamais parfait, la supercherie fut découverte et étalée au grand jour et au grand dam des comploteurs. L’enfant dont le subconscient n’a pas encore été corrompu ni souillé, n’a pas voulu trahir son innocence infantile, détruire sa candeur puérile et déflorer sa sincérité virginale. Dans cette ignoble affaire, les autorités sénégalaises ont fait étalage de leur incompétence et de leur ignorance totale ; ne savaient-elles pas qu’avant de fouler  notre sol, le Président Macron, par le biais des rapports transmis par la représentation diplomatique française, disposait de toutes les informations sur notre système éducatif, notamment sur le déficit en enseignants, les abris provisoires, la pléthore d »élèves dans des classes à double flux etc… ?

Monsieur le Président de la République, la trivialité du comportement mesquin des autorités étatiques et académiques renseigne à suffisance sur la capacité de nos dirigeants, vous en premier, à user de méthodes les plus indignes et les plus sournoises pour se valoriser aux yeux de leurs maitres blancs. Cette affaire nous renseigne sur la prégnance et la vilenie de beaucoup d’autres pratiques dans l’espace public ainsi que dans nos différentes sphères institutionnelles et administratives. Dans ce qui s’est passé avec cette tentative de duperie, vous ne pouvez ni ne devez être absout dans la mesure où il s’agissait de la visite de votre homologue français ; et nous savons tous, qu’en pareilles circonstances vous êtes informé de tous déplacements et de tous les discours qui sont tenus, ce qui veut dire qu’en principe, vous avez dû être mis au courant de l’épisode de l’élève. Je me refuse à croire, un seul instant, que vous ayez cautionné cette grave entreprise de tromperie et de supercherie qui, à n’en point douter, participe d’une violation des droits des enfants, notamment le droit à une éducation de qualité dans un environnement moral sain. C’était vraiment abominable que d’avoir abusé de la naïveté angélique d’une enfant en situation d’immaturité psychique et psychologique. Quelle jouissance psychologique ou quel plaisir mental nos autorités éprouvent-elles dans cette propension morbide à toujours mentir ?

Monsieur le Président de la République,  une autre tare, tout aussi nocive et nuisible, est l’ingratitude qui sévit et se répand dans le monde  politique, notamment chez les autorités exerçant quelque responsabilité. Loin de moi l’idée de vous considérer comme un ingrat, encore que certains de vos comportements et attitudes pourraient m’autoriser à penser que vous pourriez en être un.
Vous n’êtes certainement pas un ingrat, mais vous avez la désagréable réputation de manquer de reconnaissance envers vos anciens amis, vos relations de longue date et vos premiers compagnons de galère. Aujourd’hui tous les militants de la première se plaignent de votre dédain, à la limite du mépris, à leur égard et ce, au profit de transhumants opportunistes fraichement arrivés, des gens qui ont farouchement livré bataille pour que vous n’accédiez pas au pouvoir. N’étiez-vous pas un contempteur virulent de la transhumance que vous considériez comme un cancer de la vie politique ? Vous souciez-vous de ces milliers de Sénégalais qui ont consenti tous les sacrifices pour votre accession à la magistrature suprême ? N’eussent été la témérité et l’audace d’un Moustapha Cissé Lo dont je n’apprécie guère, les excentricités et les propos excessifs, la densité intellectuelle et la finesse d’esprit d’un Alioune Badara Cissé aujourd’hui marginalisé dans une médiature peu valorisante, la clairvoyance et la sagesse d’un Mbaye Ndiaye réduit en simple animateur de meetings  ainsi que le courage et la franchise d’un Moustapha Diakhaté en disgrâce et en voie de bannissement, vous ne seriez pas devenu Président de la République. Il nous est facile de fournir moult détails et anecdotes pour étayer nos propos.

Monsieur le Président de la République, je ne saurais terminer la présente sans coller à l’actualité marquée par l’extraordinaire désordre qui prévaut présentement dans votre parti qui n’en est un que de nom et qui, en réalité, n’est rien de moins que la traduction manifeste et éloquente de votre faiblesse, de votre manque notoire d’autorité comme je n’ai eu de cesse de le dénoncer et comme l’avait dit votre ami Souleymane Jules Diop qui vous a décrit en ces termes « Macky Sall est un homme faible, sans caractère.. ». Le pays est actuellement pollué par le débat de très bas étage instauré par vos partisans qui se distinguent par leurs ignobles bassesses, leur manque désespéré et total de culture étatique, leurs querelles de caniveaux, leurs comportements crapuleux et par un déluge incroyable de délations éhontées, de déballages dégoutants et de dénonciations réciproques très illustratives de la mafia qui gouverne ce pays.

Monsieur le Président de la République, Les effluves nauséabonds et pestilentiels de votre gouvernance souillée et pourrie par ces innommables et innombrables scandales empestent notre pays, nous installant dans une ambiance de morbidité permanente et dans une atmosphère de mal vivre stressant. Les débordements, les dérives et les dérapages de votre régime sont devenus réellement anxiogènes pour les Sénégalais qui regrettent de vous avoir porté à la tête de leur charmant pays que vous avez littéralement transformé en un infernal foutoir. Il vous faudra interpréter tous ces agissements déshonorants comme les prémices du chant du cygne. Aussi vous appartient-il de bien et mieux considérer mon avertissement par rapport à toute tentative de votre part de briguer un troisième mandat ; abstenez- vous de vous présenter pour éviter de vivre la pire humiliation jamais subie par un Président sortant. A bon entendeur salut.

Monsieur le Président de la République, tenez-vous le pour dit, la rançon de la trahison, c’est la déchéance, vous le saurez une fois arrivé au TERMINUS 2024.

Dakar le 14 Décembre 2019.

Boubacar  SADIO

Commissaire divisionnaire dse police de classe exceptionnelle à la retraite.

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