Pourquoi Ouattara «a ignoré les appels à la justice des victimes» de la crise ivoirienne de 2010-2011

Crise ivoirienne de 2010-2011: 3.000 morts, aucun condamné, HRW réclame justice

Le 7 mai, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies va examiner le bilan de la Côte d’Ivoire en matière de droits humains. L’ONG Human Rights Watch invite les États membres à réclamer justice au gouvernement ivoirien pour les victimes de la crise postélectorale de 2010-2011, qui a officiellement fait plus de 3.000 morts

Human Rights Watch (HRW) appelle les États qui prennent part, ce 7 mai, à l’examen des réalisations de la Côte d’Ivoire en matière de droits humains à demander au Président Alassane Ouattara pourquoi il «a ignoré les appels à la justice des victimes» de la crise postélectorale de 2010-2011.

Cette crise politico-militaire s’est déclenchée après que le Président sortant, Laurent Gbagbo, reconnu vainqueur par le Conseil constitutionnel, et Alassane Ouattara, intronisé par la Commission électorale indépendante et la communauté internationale, ont chacun revendiqué la victoire à l’élection présidentielle de novembre 2010. Selon le rapport de la Commission d’enquête nationale rendu en août 2012, la crise a fait plus de 3.000 morts.

Le 6 août 2018, dans son adresse à la nation à l’occasion de la fête d’indépendance, le président Alassane Ouattara a proclamé l’amnistie pour les crimes commis lors de la crise. Cette amnistie a bénéficié à près de 800 personnes poursuivies ou condamnées pour des infractions en lien avec la crise postélectorale de 2010. Sur les 800 personnes concernées, 300, dont l’ex-première Dame Simone Gbagbo, étaient détenues.

Alassane Ouattara a présenté son geste comme le signe de son «attachement à la paix et à une réconciliation vraie».

Human Rights Watch a de son côté déploré cette amnistie qui «a gelé les poursuites judiciaires qui étaient en cours en Côte d’Ivoire contre des officiers et dirigeants politiques impliqués dans des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et d’autres graves atteintes aux droits humains», dan un communiqué publié le 6 mai.

L’ONG a par ailleurs fait remarquer que si des inculpations avaient eu lieu de part et d’autre de chaque camp, l’unique procès qui s’est tenu devant la justice ivoirienne pour crimes de guerre ou crimes contre l’humanité a été celui de Simone Gbagbo, finalement relaxée en août 2018. Son époux, Laurent Gbagbo fut quant à lui jugé à la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité.

«Le fait de ne pas rendre justice aux milliers de victimes de l’un des pires épisodes de violence politique en Côte d’Ivoire entache le bilan du gouvernement en matière de droits humains et menace la paix et la stabilité à venir dans le pays», a déclaré Corinne Dufka, directrice pour l’Afrique de l’Ouest de l’ONG.

Human Rights Watch n’est d’ailleurs pas la seule ONG à reprocher cette impunité à l’État ivoirien.

«Nous réclamons tous justice pour les victimes de la crise. Il y a eu des bavures, des dérives, des tueries, il est essentiel que les responsabilités soient situées», a ainsi déclaré Delmas Kokou, directeur exécutif d’Amnesty International Côte d’Ivoire à Sputnik.

Il estime que s’il n’y a pas de justice, «les milliers de personnes mortes le sont inutilement».

«Aujourd’hui, pour la crise postélectorale où il y a eu 3.000 morts, officiellement personne n’est condamné. Au niveau de la Côte d’Ivoire, toutes les personnes qui étaient concernées ont été graciées et sont en liberté, excepté les militaires. Au niveau de la CPI, les deux personnes qui étaient jugées sont en liberté provisoire. Pourtant il y a eu des victimes», a déploré l’expert en droit de l’homme interrogé par Sputnik.

Le 15 janvier 2019, après trois ans de procès, la Cour pénale internationale a acquitté Laurent Gbagbo et son ex-bras droit Charles Blé Goudé de toutes les charges de crimes contre l’humanité retenues contre eux après les violences postélectorales avant d’ordonner, le 1er février, leur mise en liberté conditionnelle.

Roland Klohi. – Sputnik-

Laisser un commentaire