ONU. L’homme de la Décolonisation. Portrait du Dr. Carlyle G. Corbin (par JF Munoz).

Artisan de la Relation internationale non aliénée, du Nord au Sud du Pacifique, Éminence grise des symposiums internationaux sur le Droit des Peuples à l’Autodétermination et aux Réparations dans les Caraïbes et l’Amérique « Latine », cheville ouvrière de la Réinscription de la Polynésie Française sur la liste des pays à décoloniser*, le Dr Corbin fait un point pédagogique mondial de la question.Partage

 « Dr. Carlyle Corbin : Making Strides in Decolonization »

Par Julia Faye Munoz (juillet 2018) in The Medium App , 

traduction de Pierre Carpentier ici : 

« Autodétermination et Réparations dans la Caraïbe. IVème symposium international » (31.10.2019)

Dr. Carlyle Corbin. (Ancien Ministre des Affaires Étrangères des Îles Vierges Étasuniennes)

Dr. Carlyle Corbin. (Ancien Ministre des Affaires Étrangères des Îles Vierges Étasuniennes)

Dr. Carlyle Corbin : Faire Progresser la Décolonisation

Expert des Nations Unies, ancien Ministre des Îles Vierges Étasuniennes, M. Carlyle Corbin consacre sa carrière au plaidoyer et à l’Éducation mondiale en faveur de l’Autodétermination – en particulier dans les Caraïbes et l’Océanie – depuis plus de deux décennies.

Originaire des îles Vierges Étasuniennes (USVI), M. Carlyle Corbin a consacré sa carrière à l’actualisation de la décolonisation (University College of the Cayman Islands). Pour M. Corbin, la décolonisation n’est pas seulement ce mouvement qui définit un peuple sur le plan politique, c’est surtout l’immense potentiel qu’il représente pour le développement d’une nation [nouvelle].«L’autodétermination est vraiment une évolution. C’est une modernisation progressive de ce que nous possédons », a déclaré le Dr Corbin lors d’une visite à Guam en 2012.

« Je pense que ce que j’ai toujours eu à l’esprit dans ma carrière, c’est que ces « arrangements » qui existent, ne sont jamais censés être permanents. Ils sont toujours censés être une transition vers quelque chose de permanent qui nous donnera un statut permanent. Et ce que cela peut devenir, c’est le peuple qui le détermine » (Pacific News Center).

En substance, la décolonisation (l’autodétermination) est le processus politique par lequel les nations colonisées acquièrent un certain degré de souveraineté. La souveraineté ne signifie pas nécessairement une séparation complète des pouvoirs (indépendance) ; l’intégration (un statut d’État, Fédération) dans la nation colonisatrice est aussi une forme de souveraineté (Klose).

La création des Nations Unies en 1945 a joué un rôle influent dans le mouvement de décolonisation. La Charte des Nations Unies, en particulier le chapitre XI (articles 73 et 74), jette les bases des efforts de décolonisation de l’ONU, notamment la reconnaissance du droit à l’autodétermination de tous les peuples.

Plus de 80 colonies, représentant environ 750 millions d’habitants, ont acquis une forme de souveraineté depuis la création de l’Organisation des Nations Unies. Au lieu de ce succès, quelque 17 colonies doivent encore réaliser leur autodétermination. Les Nations Unies ont adopté diverses résolutions pour aider ces colonies, et ont déclaré chaque décennie : « Décennie internationale de l’Élimination du colonialisme » depuis 1990. Alors que la troisième Décennie internationale de l’élimination du colonialisme s’achève, la décolonisation de ces territoires demeure ambiguë.

Pour beaucoup de ces colonies, des centaines d’années se sont écoulées depuis leur dernière souveraineté. Des générations de militants de la décolonisation ont traversé les décennies dans l’espoir de réaliser des progrès dans leur pays dominés. Pour le Dr Corbin, les années lui ont permis de mettre la décolonisation au premier plan, pas seulement pour son pays d’origine les Îles Vierges Étasuniennes (USVI), mais aussi pour les autres colonies.

Au fil des décennies, M. C Corbin a réussi à faire progresser la décolonisation des Îles Vierges Étasuniennes et internationale au moyen de professions (compétences) diverses. De manière générale, M. Corbin a toujours agi comme conseiller international en matière de gouvernance et de diplomatie multilatérale (Collège universitaire des îles Caïmans). Ses différents rôles politiques le qualifient d’expert en relations internationales.

Il est ancien Ministre des affaires étrangères du gouvernement des îles Vierges Étasuniennes, et Représentant du territoire auprès de divers organismes des Nations Unies. Parallèlement à son rôle de représentant des Nations Unies aux îles Vierges Étasuniennes, M. Corbin est reconnu comme un expert du programme de Développement des Nations Unies pour la Gouvernance aux Bermudes et aux îles Turques et Caïques. Il a été conseiller politique des présidents successifs du Comité Spécial de la Décolonisation des Nations Unies et secrétaire général du Forum des gouverneurs d’Outre-mer (OGF), composé des gouvernements des Samoa américaines, de Guam, des Îles Mariannes du Nord, de Porto Rico et du Îles Vierges étasuniennes. Il a également été conseiller constitutionnel auprès du Comité de Réforme Constitutionnelle et Électorale d’Anguilla, conseiller international en matière de gouvernance pour la cinquième Convention Constitutionnelle des Îles Vierges étasuniennes et membre de la Commission du Statut politique des Îles Vierges Étasuniennes.

M. Corbin a également apporté une contribution scientifique considérable sous forme de littérature et/ou de conférences. Il est l’auteur de deux études des Nations Unies sur la participation des territoires au système des Nations Unies, et de quatre autres études des Nations Unies sur divers aspects de la gouvernance mondiale (Collège universitaire des îles Caïmans). Il a été membre du comité de rédaction de Caribbean Perspectives, revue de l’Université des Îles Vierges (UVI), et est membre du corps professoral de l’Institut de formation des futurs leaders des Caraïbes UVI.

Étant donné que la colonisation ne concerne actuellement que 17 pays, les obstacles à la décolonisation sont plutôt inconnus de la plupart des pays-membres de la communauté internationale. Ainsi, les études de M. Corbin et autres fournissent une plate-forme pour que les territoires soient mieux compris dans un cadre politique – ceci est particulièrement important car les colonies ne sont pas directement représentées aux Nations Unies.

La co-étude de 2017 du Dr Corbin, intitulée Évaluation des opportunités d’intégration renforcée des membres associés de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes, fournit une évaluation approfondie à la Commission économique des Nations Unies pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) sur la manière de : mieux intégrer les membres non souverains (colonies). (The Caribbean Development Portal).

Neuf des dix-sept colonies reconnues se trouvent dans la région des Caraïbes ; cela seul en dit long sur l’importance des études de M. Corbin. En plus d’informer l’organe général de l’ONU, les études de M. Corbin pourraient également inciter certains responsables de l’institution internationale. Les délégués ou les ambassadeurs qui sont sensibles aux souffrances de ces peuples colonisés peuvent leur offrir un soutien financier, consultatif ou autre. Ce type d’assistances externes bénéficie grandement aux efforts de décolonisation de ces territoires, car elles manquent souvent des ressources nécessaires et de l’appui de leurs propres puissances administrantes (colonisatrices). Souventefois, ce soutien n’est pas nécessairement formalisé dans des articles savants – ni même peut-être dans les nouvelles de l’actualité – mais sous la forme d’un dérivé d’études conduites par des responsables tels que M. Corbin.

Il a donné des conférences à travers le monde sur les relations internationales, en ce qui concerne la gouvernance, le développement politique et la diplomatie multilatérale. Guam est un pays où le Dr Corbin a beaucoup enseigné. Guam, territoire étasunien non incorporé du Pacifique occidental, est la plus ancienne colonie du Pacifique à ce jour (Herman). Le statut de l’île en tant que territoire étasunien justifie légalement la présence militaire continue des États-Unis. Guam étant sous l’autorité plénière du Congrès des États-Unis, l’île fait souvent l’objet de décisions controversées concernant la présence renforcée de l’armée et le financement gouvernemental (Lawson).

Ces décisions comprennent le transfert d’environ 5 000 marines de la marine US et des personnes à leur charge, d’Okinawa à Guam d’ici 2022 (Letman). M. Corbin a conseillé diverses organisations – non gouvernementales ou autres – sur la manière de réagir à cette question de militarisation croissante, en particulier dans un contexte de décolonisation. Le processus de décolonisation de Guam étant en grande partie freiné par son statut de lieu militaire stratégique, M. Corbin a souligné que la militarisation continue de l’île par les États-Unis était un obstacle à la libération.

«Une militarisation accrue ne devrait pas empêcher le territoire de poursuivre son droit à l’autodétermination, qui demeure un droit inaliénable en vertu du droit international et reconnu par tous les États membres des Nations Unies», a-t-il déclaré lors d’une conférence à l’Université de Guam. Dans son conseil, M. Corbin a souligné que l’autonomie [à saisir] offerte par la décolonisation, donne un rôle déterminant à Guam aussi bien pour sa démilitarisation que dans la réaction à ses conséquences. « Le pouvoir de négociation nécessaire pour influencer [atténuer] sa nature et son étendue, ainsi que pour déterminer une juste indemnisation de l’utilisation des terres, le nettoyage des sites toxiques, etc.,  est ce qui manque à ce statut territorial non autonome politiquement déficient, où l’autorité du pouvoir administrant [central] s’exerce de manière unilatérale, même si des degrés divers de consultation  sont possibles ».

Actuellement, M. Corbin travaille toujours avec les Nations Unies et d’autres colonies résiduelles pour réaliser l’Autodétermination. En juin dernier, il a témoigné à la 73e session du Comité Spécial de la Décolonisation  Comité des 24) pour souligner la nécessité d’une action positive en faveur de la décolonisation de la part de la communauté internationale.

Qu’il agisse en tant que représentant des îles Vierges Étasuniennes ou en réponse à l’appel d’autres colonies, il insiste constamment sur le manque général d’action, y compris sur le manque d’études, d’analyses et de programmes d’Éducation politique, qui ont entraîné des progrès limités en matière de décolonisation au cours des trois dernières décennies. [Décolonisation] qu’il qualifie de « Talon d’Achille des Nations Unies ».  Le Dr Corbin a déclaré : « Le manque d’action et d’études relègue souvent le débat à un échange d’opinions divergentes entre ceux qui reconnaissent la vraie nature du colonialisme contemporain, et ceux qui s’en sont accommodés, quelles que soient ses carences démocratiques. »

Chaque année qui passe, la décolonisation devient moins pertinente. L’ère de la décolonisation qui a défini les années 1940 -1980 est aujourd’hui marginalisée. Bien qu’il reste encore 17 colonies, la décolonisation a été difficile à réaliser en raison des priorités globales divergentes et de l’ingérence des puissances administrantes . « La décolonisation n’est pas sur le radar », a noté le Dr Corbin. «L’idée, est que c’est fini.»

Les pouvoirs administratifs qui perpétuent continuellement la colonisation soutiennent cette perception erronée, car ils préfèrent que la décolonisation ne devienne pas une préoccupation populaire. De plus, la sensibilité de la question constitue un obstacle pour les populations colonisées, car elles ont du mal à saisir la gravité de leur état politique, par rapport à ce qui pourrait être défini comme une norme universelle en matière de droits politiques et de droits de l’homme.

Le Dr Corbin a conscience des obstacles liés à la décolonisation, et sa carrière se consacre à la réduction de ces obstacles par le biais de la sensibilisation et de l’éducation. Sa croyance fondamentale, selon laquelle « Chaque territoire a le droit de prendre sa propre décision dans l’exercice de son droit à l’autodétermination sur la base de son ensemble de conditions unique », s’est avérée pertinente dans les colonies et les organisations politiques auxquelles il apporte son aide.

Les travaux de M. Corbin apportent des solutions interdisciplinaires au problème de longue date de la décolonisation. Il appelle un examen indépendant des progrès réalisés dans chacun des territoires non autonomes du Pacifique et des Caraïbes.  L’ONU n’ayant pas rempli son mandat pour mener de telles analyses, M Corbin recommande que les universités territoriales s’impliquent de façon transversale et complexe. Pour la majorité de la communauté mondiale, la décolonisation est un enjeu du passé. M. Corbin conteste cette notion et la place au premier plan des débats internationaux.

 « Mais quelle que soit la détermination prise par le peuple, le processus de modernisation politique devrait aller de l’avant. Nous le devons à ces combattants de la liberté qui ont lutté pour notre émancipation physique contre de lourdes difficultés… Leurs efforts ont amené notre émancipation physique et un pas de plus vers l’émancipation mentale. Le résultat naturel de ceci sera notre autodétermination.

C’est notre responsabilité – et nous avons une dette vis-à-vis de nos générations futures – de prendre ces mesures. Robert Nesta Marley nous a laissé le message clair de « nous émanciper de l’esclavage mental – personne d’autre que nous-mêmes ne peut libérer les esprits malins. »

Sources : 

Bevacqua, Michael Lujan. “A Report on Carlyle Corbin’s Visit to Guam.” NO REST FOR THE AWAKE — MINAGAHET CHAMORRO, 22 Nov. 2009, minagahet.blogspot.com/2009/11/report-on-carlyle-corbins-visit-to-guam.html.

Corbin, Carlyle et Dale Alexander. « Évaluer les possibilités d’intégration renforcée des membres associés de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes – Série Études et perspectives – Les Caraïbes, n ° 56 ». Portail pour le développement des Caraïbes, Commission économique des Nations Unies pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL ), 2017, caribbean.cepal.org/content/assessing-opportunities-enhanced-integration-associate-members-economic-commission-latin.

“Dr. Carlyle Corbin.” The University College of the Cayman Islands, www.ucciconference.ky/bios/carlyle_corbin.php.

Klose, Fabian. “Decolonization and Revolution.” Europäische Geschichte Online, 25 July 2014, ieg-ego.eu/en/threads/europe-and-the-world/european-overseas-rule/fabian-klose-decolonization-and-revolution.

Pacific News Center. «VIDEO: le Dr Carlyle Corbin, conseiller des Nations Unies, revient à Guam pour discuter de l’autodétermination.» PNC News First, Sorensen Media Group, 25 Oct. 2012, pacificnewscenter.com/united-nations-advisor-dr-carlyle-corbin-returns-to-guam-to-discuss-self-determination/.

“The United Nations and Decolonization.” United Nations, United Nations, www.un.org/en/decolonization/.

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Billets de l’Édition Mémoires du Colonialisme :

« L’autonomie de la Polynésie Française n’est pas aux normes internationales », (juin 2016)  par Carlyle Corbin, ici :

« L’Épique Réinscrition de la Polynésie Française sur la liste des pays à décoloniser de l’ONU », (octobre 2017) ici :

Intitut des Politique Publiques de Guam. Dr Carlyle Corbin & Students.

Intitut des Politique Publiques de Guam. Dr Carlyle Corbin & Students.

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L’AUTEUR

PIERRE CARPENTIER

MÉMOIRES DE L’EAU. « Les songes de nos vivants prennent à l’eau, la source et le sel ! À la terre, le sang et la force ! Au vent, nos sacrifices livrés en confiance. Assez de ces supplices ! Les poèmes ne sont pas fait pour les chiens ! Ils portent nos libertés souveraines ! lls sont le parfum de nos royaumes ! Sois vaillant à la tâche attaquante que nous te confions ! Les dominations nous mitraillent encore mais tu répondras à ce juste tourment du devoir ou détourne toi à jamais de notre appel ! En toutes directions que tu choisisses tu nous reviendras et nos comptes te seront remis ! Pour notre générosité, tiens en partage le calme des eaux ! ». (Extrait « d’IRACOUBO. L’Épicentre des Eaux », 2014).  » MAIS ALORS, LA GUYANE ? Une infinité que nous imaginons gorgée d’eaux et de bois. Les Guyanais demandent que les Martiniquais et les Guadeloupéens les laissent en paix. Nous avons pas mal colonisé de ce côté. C’est pourtant comme une attache secrète que nous avons avec le Continent. Une attache poétique, d’autant plus chère que nous y renonçons. D’autant plus forte que fort sera le poids des Guyanais dans leur pays. Des chants comme des rapides à remonter, des poèmes comme autant de bois sans fond. » ÉDOUARD GLISSANT in LE DISCOURS ANTILLAIS (P 775). 
Cayenne / Vanves – Guyane / France

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