Niger, le jeu dangereux du pouvoir contre Hama Amadou

« La justice des vainqueurs ! » C’est ainsi que l’avocat de Hama Amadou a qualifié lundi soir, dans un entretien avec Mondafrique, la nouvelle incarcération de l’homme fort de l’opposition le même jour.

Poursuivi pour une dizaine de chefs d’accusation relatifs à ses propos tenus avant et pendant la campagne des présidentielles, Hama Amadou est devenu le bouc émissaire officiel des émeutes post-électorales survenues au Niger la semaine dernière.

Après un interrogatoire de près de quatre heures, la veille, Hama Amadou a refusé de signer le procès-verbal, dont il ne reconnaît aucun des griefs à son encontre, puis il a été présenté au doyen des juges d’instruction du tribunal de grande instance de Niamey et placé sous mandat de dépôt à la même prison de Filingué où il a déjà séjourné à deux reprises, en 2016 et en 2020.
« C’est Ousmane qui conteste et c’est Hama qu’on jette en prison »

« Il n’est pas candidat : il n’en a pas eu le droit. Il n’a pas commenté les résultats provisoires. Il n’est même plus juridiquement responsable de son parti. Et tout ce qui se passe dans le pays, c’est sa faute ! », s’est indigné Me Aboubacar Mossi, avocat et parent de l’homme politique, qui a accompagné à distance le convoi transportant son client à bord d’un blindé léger dans une région écumée par les groupes djihadistes. « C’est Mahamane Ousmane qui revendique la victoire, qui dit qu’il n’est pas d’accord avec les résultats et c’est Hama Amadou qu’on jette en prison ! »

Me Mossi hésite entre inquiétude et colère. L’inquiétude, parce que son client, âgé de 70 ans, « était souffrant, sous perfusion, au moment où on le recherchait. » Il a attendu la fin du traitement pour se présenter de lui-même à la police judiciaire et « démentir le ministre de l’Intérieur qui l’avait accusé d’avoir fui. »

Hama Amadou, dont la santé est fragile, avait été évacué en urgence du Niger en 2016, à quelques jours du deuxième tour de la présidentielle, après que sa santé se fut détériorée à la prison de Filingué. Déjà !
Le juge et le procureur se sont cachés pour sortir du tribunal

Au tribunal de Niamey, lundi après-midi, les sympathisants du fondateur de Lumana étaient venus en nombre, étreints par la tristesse. « Le juge et le procureur ont eu honte de sortir devant tout le monde. Ils ont attendu le départ des gens », a confié l’avocat.

Même punition pour l’ex général Moumouni Boureima, dit Tchanga, envoyé à la prison civile de Ouallam, également en zone rouge et pour Seydou Tahirou Mayaki, le président de la fédération Lumana de Tillabéri, emprisonné à Saye.

Le nouveau Président élu du Niger, Bazoum Mohamed, n’est pas encore investi qu’il écrase à nouveau sous sa botte, comme d’habitude, les leaders du parti Lumana, cible éternelle de la vindicte du parti rose.

« Après avoir isolé mon client politiquement et socialement, l’objectif est de l’isoler physiquement », a estimé Me Mossi. Filingué est à plus de deux heures de route de Niamey, ce qui complique les visites, dont rien ne dit d’ailleurs qu’elles seront autorisées à d’autres personnes que sa famille, les seules permises pendant sa garde-à-vue.
« Dans les Chancelleries, les gens s’en moquent«

« On nous dit de saisir les juridictions compétentes de nos recours sur l’élection mais tout le monde sait que ces juridictions sont caporalisées, qu’elles ne peuvent pas dire le droit ! Avant-hier, la Cour Constitutionnelle a rejeté notre recours sur des cas de multiples candidatures avérées, qui devaient entraîner automatiquement l’annulation des scrutins à Zinder et Tahoua, en vertu de la jurisprudence de la Cour », s’énerve Me Mossi, irrité par les interventions en ce sens de la communauté internationale.

« Dans les Chancelleries, les gens s’en moquent. Les résultats ne sont pas validés qu’ils ont déjà félicité Bazoum. La communauté internationale, qui nous demande de nous adresser à ces institutions, n’a

jamais rien fait lorsque nous avons dénoncé les fraudes, le fichier électoral, les mauvaises conditions d’organisation des élections. Tout le monde sait que ces élections ne sont pas consensuelles ! »

Dans un livre blanc publié l’année dernière, l’opposition avait notamment révélé les liens familiaux et sociaux existant le Président Mahamadou Issoufou et les membres de la Commission Electorale Nationale Indépendante et de la Cour Constitutionnelle.

Un regret, dans la voix de Me Mossi. Que le dauphin désigné du Président sortant, n’ait pas, comme d’autres leaders avant lui, amorcé une détente, décrispé la situation.

« C’est mon client qui est victime d’une stratégie d’isolement, de discrimination, de racisme. Mais cela ne fait que le rendre plus populaire. Car les Nigériens n’aiment pas l’injustice », conclut l’avocat.

La victoire de Mohamed Bazoum, par près de 56% des voix, au deuxième tour de la présidentielle, le 21 février dernier, est toujours officiellement contestée par le candidat de l’opposition, Mahamane Ousmane, retranché dans son fief à Zinder depuis la proclamation des résultats. Mardi 23, à l’imminence de l’annonce des résultats, des émeutes ont éclaté dans les rues de la capitale. Hama Amadou, leader de la première force de l’opposition, le parti Lumana, très populaire à Niamey et dans l’ouest du pays, a soutenu la candidature d’Ousmane dès le premier tour, n’ayant pas pu se présenter lui-même en raison d’une condamnation à un an de prison.

Nathalie Prevost

Mondafrique

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