Naissance d’une coalition contre les 3é mandats en Afrique de l’Ouest : Une mauvaise nouvelle pour les tripatouilleurs

Dix-neuf organisations de la société civile de l’espace CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) ont décidé de fédérer leurs énergies pour freiner la propagation de l’épidémie des troisièmes mandats qui a éclaté en Afrique de l’Ouest. Au nombre de ces organisations, figurent des structures emblématiques comme le Réseau Africain de Défense des Droits de l’Homme (RADHO), le mouvement « Y’en a marre » du Sénégal ou le Balai Citoyen du Burkina Faso. Ces OSC, faut-il le rappeler, ne comptent pas pour du beurre parce qu’elles ont été en première ligne dans les combats démocratiques dans leurs pays respectifs. On doit donc s’attendre, dans les jours à venir, à voir les lignes bouger sur le front de la lutte contre les tripatouillages constitutionnels qui visent le maintien ad vitam aeternam de certains chefs d’Etat au pouvoir, comme cela se dessine très nettement en Guinée et en Côte d’Ivoire.

Ce regroupement traduit la prise de conscience collective et le réveil de la société civile africaine

En attendant de voir à l’œuvre ces nouveaux croisés des changements démocratiques en Afrique de l’Ouest, on peut déjà saluer l’initiative de cette coalition qui vient d’être portée sur les fonts baptismaux à Dakar, la capitale du Sénégal. Car, non seulement ce regroupement traduit la prise de conscience collective et le réveil de la société civile africaine face au danger que représente le fléau des troisièmes mandats qui risque, si l’on n’y prend garde, de se propager très rapidement dans tout l’espace de la CEDEAO, touchant même les Etats les plus insoupçonnés pour l’instant, mais aussi, il constitue un important viatique pour la lutte des oppositions africaines, esseulées et quelque peu essoufflées dans le combat contre les modifications constitutionnelles destinées à légaliser le maintien à vie au pouvoir des princes régnants. En outre, cette fédération qui ambitionne d’étaler ses tentacules dans toute l’Afrique de l’Ouest, sonne comme un contrepoids à l’organisation communautaire qu’est la CEDEAO, bien souvent accusée d’être un syndicat des chefs d’Etat et d’être de ce fait, une entrave aux aspirations réelles des peuples. Elle participe ainsi et du même coup, à l’accélération de la cadence de la marche vers la CEDEAO des peuples en fédérant, par la base, les populations autour de valeurs sociopolitiques communes, notamment la démocratie et les droits de l’Homme. C’est en cela donc, que la naissance de cette coalition constitue une bien mauvaise nouvelle pour tous les tripatouilleurs constitutionnels de la sous-région et l’on peut espérer voir la peur changer désormais de camp. Mais la question que l’on peut se poser par rapport à ce nouveau-né est la suivante : de quelles stratégies et de quels moyens dispose-t-il pour venir à bout des vieux dinosaures de la marre politique africaine ? Même si le combat ressemble, à bien des égards, à celui de David contre Goliath, il est loin d’être perdu d’avance. Et pour cause. D’abord ces OSC qui ont pris le pari de défier les dictateurs africains, sont essentiellement des mouvements de jeunes.

On peut se demander si cette coalition d’OSC contre les troisièmes mandats ne vient pas sur le tard

Conscients de jouer leur avenir dans ce combat et portés par la flamme d’un militantisme panafricaniste, ces jeunes n’hésiteront pas à franchir les frontières qu’ils jugent d’ailleurs artificielles et factices, pour aller à la rescousse des peuples en lutte, comme il a été donné de le voir dans un passé pas très lointain, avec les militants du Balai Citoyen et de « Y’en a marre » qui n’avaient pas hésité à se déporter en République Démocratique du Congo (RDC) pour prêter main forte à leurs camarades de la Lucha et de Filimbi. On peut, par ailleurs, compter sur leur grande capacité de mobilisation à travers les réseaux sociaux et les productions artistiques très engagées dont est friande la jeunesse africaine. Faut-il le rappeler, beaucoup de militants de ces OSC sont des artistes et sont conscients, comme le dit la devise du Balai Citoyen au Burkina Faso, que leur force réside dans leur nombre. Ensuite, cette coalition contre les troisièmes mandats peut compter sur le soutien d’une opinion internationale de plus en plus imperméable aux modifications constitutionnelles. Les organisations internationales qui font de la promotion des valeurs démocratiques leur cheval de bataille, devraient donc leur prêter une oreille attentive. A titre d’exemple, l’Union Européenne, pour ne citer que celle-ci, qui vient de se prononcer contre le troisième mandat d’Alassane Dramane Ouattara (ADO) en Côte d’Ivoire, ne devrait pas hésiter, dans le principe, à apporter une caution politique et financière à des mouvements qui travaillent dans la même visée. Cela dit, on peut se demander si cette coalition d’OSC contre les troisièmes mandats ne vient pas sur le tard. Dans certains pays comme le Togo, le mal est déjà fait et dans d’autres encore, comme en Côte d’Ivoire et en Guinée, le processus de tripatouillage constitutionnel semble avoir franchi le seuil du non-retour. Pour ces cas précis, on a l’impression que la coalition arrive comme le médecin après la mort. Par ailleurs, l’on imagine aisément que toutes les dictatures, qu’elles couvent encore dans le silence ou qu’elles aient éclos, vont se donner tous les moyens, notamment à travers les intimidations et la répression, pour arrêter l’élan amorcé par cette fédération d’OSC qui jurent de transformer leur rêve d’éternité au pouvoir en chimère. On a déjà vu, à titre illustratif, comment les activistes burkinabè et sénégalais ont été arrêtés et expulsés manu militari de la RDC. Mais cela ne devrait pas suffire à dissuader ces militants pro-démocratiques qui savent bien, comme le dit l’adage, qu’« on ne peut pas aller au paradis sans mourir ».

« Le Pays »

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