Mauritanie, l’ex président Aziz n’échappera pas à un procès


Sans aller jusqu’à placer l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz en détention provisoire, la justice mauritanienne souhaite que ce dernier s’explique sur son immense fortune

Le feuilleton qui tenu en haleine les mauritaniens depuis plusieurs mois vient de passer à la vitesse supérieure avec l’inculpation de l’ancien chef de l’Etat Mohamed Ould Abdel Aziz et d’une douzaine de ses anciens collaborateurs et hommes d’affaires du sérail.

Dix chefs d’accusation ont été retenus par le Procureur de la République, renvoyant du coup les accusés vers les juges d’instructions du pôle d’enquête pour de nombreux crimes économiques. Un placement sous contrôle judiciaire strict oblige les inculpés à se présenter trois fois par semaines devant la police et de ne pas quitter la ville de Nouakchott sans une autorisation expresse du juge d’instruction. .

Une dizaine d’inculpations ont été décidées contre Ould Abdel Aziz et ses compagnons: « Dissipation de biens publics mobiliers et immobiliers, perception d’avantages matériels indus auprès d’une institution publique; intervention dans des actes commerciaux incompatibles avec la qualité de fonctionnaire en recevant et en acceptant des intérêts de contrats et adjudications. Octroi d’avantages indus dans des marchés publics; trafic d’influence, abus de fonctions, enrichissement illicite, recel de produit du crime, entrave à la justice, et blanchiment d’argent »

L’impunité, c’est fini !

La décision du procureur de ne pas recourir à l’emprisonnement préventif n’a pas particulièrement fait plaisir aux avocats de la défense qui auraient voulu crier à l’acharnement et au ciblage politique tout comme elle a déçu les militants de la bonne gouvernance qui auraient voulu voir un mandat de dépôt surtout au regard de la gravité des accusations portés contre les suspects. Il n’en demeure pas moins que ces inculpations sonnent le glas de l’impunité.

Il appartiendra désormais au pôle économique de mener une instruction à charge et à décharge pour vérifier si les faits reprochés sont fondés ou non, à mener, dans ce cadre, des investigations poussées, de lancer des commissions rogatoires internationales avant de décider s’il y a lieu de traduire devant un tribunal ou non tout ou partie de la bande.

Jusqu’ici l’ex-Président avait choisi de s’enfermer dans un mutisme absolu en invoquant l’article 93 de la Constitution qui selon lui, lui confère une immunité absolue sauf en cas de haute trahison.
L’es président Aziz qui pillait son pays accusait ses principaux opposants, comme l’homme d’affaires Mohamed Bouamatou, des pires turpitudes
L’arroseur arrosé

Arrivé au pouvoir en portant très haut l’étendard de la lutte contre la corruption et la gabegie, Mohamed Ould Abdel Aziz est accusé aujourd’hui par le parquet de prévarication à grande échelle. Le Parquet de Nouakchott a mis la main sur un pactole de 41 milliards d’ouguiya (100 millions d’euros) rien qu’en Mauritanie. Comble du paradoxe, ces fonds gelés ont été confiés à l’Office de gestion des biens gelés, saisis et confisqués, une structure qui avait été créée par Aziz pour s’emparer des biens de l’homme d’affaire Mohamed Ould Bouamatou (actionnaire minoritaire de Mondafrique), qu’il pourchassait de sa vindicte.

Selon le communiqué du Parquet, la justice mauritanienne va demander l’assistance de la justice d’autres pays dans la traque des biens de l’ancien Président.

Selon les avocats du gouvernement mauritanien, l’inculpation et le placement sous contrôle judiciaire de l’ancien président, Mohamed ould Abdel Aziz, et de douze autres personnalités, anciens premiers Ministres, ex-ministres et proches familiaux « ouvre les voies judiciaires permettant à la collectivité nationale de recouvrer ses biens et avoirs, frauduleusement soustraits, et de sanctionner les auteurs d’infractions gravissimes dûment constatés ». L’ancien président devra surtout « expliquer l’origine de cette fortune immense «en application des dispositions de l’article 16 de la loi 2016-014, relative à la lutte contre la corruption, qui impose à toute personne publique de justifier l’augmentation de son patrimoine ». Le collectif appelle à rendre justice «dans la sérénité et le respect des règles de procédure ».

Mohamed Ould Abdel Aziz, a déclaré que «les accusations que le procureur général a énuméré dans sa déclaration» contre l’ancien président sont «des accusations et des poursuites politiques et malveillantes par excellence qui ont été tressés et préparés dans les cuisines et les couloirs de la politique et du renseignement, sur arrière fond de lutte pour le contrôle du parti au pouvoir l’UPR».

L »ancien Président se retournant contre ce qui fut son propre parti, on voit bien à quel point Mohamed Ould Abdel Aziz est désormais isolé. Sans même évoquer la discrétion de la diplomatie française qui l’avait constamment soutenu durant ces dix années où il présidait aux destinées de la Mauritanie

Nicolas Beau

Mondafrique

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