Le Mali marche pour sa destitution : IBK fait l’autruche

Marches et contre-marches annoncées


Après la démonstration de force réussie par la troïka partis politiques-associations de la société civile-comité de soutien à l’iman Mahmoud Dicko, le 5 juin dernier, les soutiens au président Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) s’organisent pour leur apporter la réponse du berger à la bergère. En effet, réunis au sein d’une plateforme dénommée « Nous le peuple », des partis politiques et associations membres ou proches du pouvoir malien projettent, pour le 12 juin 2020, un grand rassemblement à Bamako. L’objectif affiché de ce meeting est, selon les organisateurs, de défendre la paix et sauvegarder les institutions de la République qui seraient menacées par les appels à la démission du président IBK. En attendant de voir si la manif annoncée tiendra la dragée haute aux militants et sympathisants de la coalition de l’opposition malienne désormais fédérée au sein du « Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques du Mali », l’on constate que le pouvoir qui se dit prêt au dialogue, avance avec un poignard dans le dos. Il s’est inscrit dans la logique de la ruse pour avoir à l’usure ses adversaires.
La stratégie de la division et de la diversion est-elle la bonne ?
En effet, en optant pour la solution de dresser les Maliens les uns contre les autres à travers marches et contre-marches interposées, IBK cherche à gagner du temps et à détourner l’attention du peuple des problèmes posés en introduisant dans le débat, des faux-fuyants comme la défense de la paix et la sauvegarde des institutions républicaines. Mais la question que l’on peut se poser est la suivante : cette stratégie de la division et de la diversion est-elle la bonne ? Pour l’instant, tout laisse croire que la réponse à cette interrogation est « non ». Et pour cause. Cette stratégie se révèlera inopérante parce qu’elle ne s’attaque pas à la racine du mal. Les problèmes posés par l’opposition malienne sont réels et appellent, de ce fait, à des solutions concrètes. Il s’agit, entre autres, de la mauvaise gouvernance et de la corruption que le régime a développées sous le couvert de la lutte contre l’insécurité et qui sont devenues une marque de sa gouvernance. Il s’agit aussi de l’insécurité qui, du septentrion malien, s’est métastasée comme un cancer pour gangrener tout le territoire national et cela, malgré les immenses ressources financières englouties dans le domaine. Les Maliens vivent ces difficultés dans leur chair et ne démordront pas par un tour de passe-passe. Pour l’écrasante majorité d’entre eux, le coupable tout désigné de cette situation qui a évolué de Charybde en Scylla, est le chef de l’Etat lui-même. La stratégie de la division et de diversion décidée par le pouvoir malien, est d’autant plus dangereuse qu’elle va mettre à mal le tissu social du pays déjà durement éprouvé par les attaques terroristes et les conflits intercommunautaires. Les ennemis du pays n’attendent d’ailleurs que ces lézardes pour s’y engouffrer et parachever leur maléfique œuvre de destruction. C’est dire si IBK a choisi la mauvaise formule pour tenter de desserrer l’étau autour de lui. En réalité, la seule solution pour sortir de la crise, c’est la prise de décisions fortes suivies d’effets immédiats allant dans le sens de la lutte contre la corruption et la traque des délinquants à cols blancs qui confondent le Trésor public malien avec les poches de leurs vestes.
Les institutions communautaires sous- régionales devraient se saisir de la question
Il faut aussi plus de résultats sur le front de la lutte contre l’insécurité et sur le terrain de la satisfaction des besoins sociaux des populations. Reste à savoir maintenant si le temps qui reste à IBK, lui permet encore de réaliser ces travaux d’Hercule et si le peuple malien aura encore la patience d’attendre ces hypothétiques résultats. En tout cas, à défaut de se plier à la volonté populaire, IBK court le risque de ne pas échapper au syndrome des présidents maliens qui, pour la plupart, ont quitté le palais de Koulouba sur la pointe des pieds et ce, après de traumatisantes scènes de violences. Cela dit, cette crise ne doit pas être seulement une affaire malo-malienne. La communauté internationale doit s’impliquer dans la recherche de solutions pour désamorcer cette crise qui menace l’Etat malien. D’abord, parce qu’elle a une part de responsabilité dans cette tragédie qui se joue sur les rives du Djoliba pour avoir arrosé le pays d’une pluie d’argent au nom de la lutte contre l’insécurité sans se préoccuper des garanties de la bonne gestion. Ensuite, parce qu’une éventuelle crise des institutions publiques maliennes, aura nécessairement des répercussions sur toute la sous-région, tant il est établi que les problèmes sécuritaires que rencontrent les pays limitrophes, en l’occurrence le Burkina Faso et le Niger, sont liés à la situation politique au pays d’IBK. Et c’est maintenant qu’il faut agir avant qu’il ne soit tard. Les institutions communautaires sous- régionales comme la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) qui ont, de par le passé, pesé de tous leur poids pour dénouer des crises politiques, devraient, sans délai, se saisir de la question et contraindre le pouvoir malien à revenir à de meilleurs sentiments. En attendant donc de connaître les prochains épisodes de cette crise au Mali, les pays voisins comme le Burkina Faso et le Niger où la situation est quasi identique, devraient tirer leçon de la situation comme le recommande cette sagesse populaire : « Quand la barbe du voisin brûle, il faut se hâter de mouiller la sienne ».
« Le Pays »

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