La question que pose l’affaire Sonko est celle de l’indépendance des institutions


Le leader de l’opposition est accusé de viol mais il affirme que le pouvoir cherche à le disqualifier. Pour Gilles Yabi, fondateur du think tank citoyen WATHI basé à Dakar, cette crise est un test pour les institutions sénégalaises.

Entretien


Entretien. Deux jours après l’arrestation d’Ousmane Sonko, ses partisans étaient appelés à manifester à nouveau ce vendredi au Sénégal. Jeudi, des violences ont fait au moins un mort. Le leader de l’opposition est accusé de viol mais il affirme que le pouvoir cherche à le disqualifier. Pour Gilles Yabi, fondateur du think tank citoyen WATHI basé à Dakar, cette crise est un test pour les institutions sénégalaises.

TV5MONDE : Êtes-vous surpris de la colère provoquée par l’arrestation d’Ousmane Sonko ?

Gilles Yabi, fondateur et directeur exécutif du think tank citoyen WATHI : Nous sommes depuis quelques jours dans un moment inhabituel de violences, et en particulier depuis jeudi. Il y a une tension très forte. Mais je ne suis pas vraiment surpris. Connaissant le poids politique d’Ousmane Sonko auprès d’un électorat très jeune et connaissant la situation économique et sociale du pays à laquelle est venue s’ajouter la crise du Covid, il suffisait d’une goutte d’eau pour faire déborder le vase, créer un sentiment d’exaspération et provoquer des manifestations. Je ne dis pas que le Sénégal connaît une situation plus critique qu’ailleurs en Afrique ou dans le reste du monde, mais il est vrai qu’après une année de mesures anti-Covid comme le couvre-feu toujours en vigueur, il y a une frustration à laquelle s’ajoute un ingrédient politique.

A ce titre, cette affaire autour d’Ousmane Sonko pouvait clairement provoquer la tension que l’on observe aujourd’hui.

Que représente Ousmane Sonko aujourd’hui sur l’échiquier politique sénégalais ?

C’est une personnalité politique importante et aujourd’hui c‘est la seule qui incarne réellement l’opposition au pouvoir en place parce que celui qui était arrivé en 2e position à la présidentielle de 2019, Idrissa Seck, a rejoint le camp présidentiel en étant nommé à la tête du Conseil économique, social et environnemental, une institution importante au Sénégal.

Dès lors, Ousmane Sonko était le seul opposant avec un discours constant et dur à l’égard du système politique et de son fonctionnement. Aujourd’hui, il est quelqu’un qui parle aux jeunes, et pas seulement : il s’adresse à tous ceux qui sont critiques à l’égard des pratiques politiques du pays.

Ousmane Sonko rejette les accusations de viol portées contre lui et affirme qu’on cherche à le disqualifier…

Il est difficile de parler d’un dossier judiciaire en cours et dont on ne connaît pas encore tous les tenants et les aboutissants, mais je pense que la mobilisation aujourd’hui ne porte pas sur la crédibilité des accusations portées contre Ousmane Sonko ou la crédibilité de sa ligne de défense, mais je crois que la question posée – et elle n’est pas nouvelle – est celle de l’indépendance de la justice, des institutions. Ce n’est pas lié à Ousmane Sonko mais bel et bien rattaché à ce qu’on a pu observer lors de l’élection présidentielle de 2019 avec l’impossible candidature de Karim Wade et Khalifa Sall.
Cette affaire s’inscrit donc dans une série d’affaires politico-judiciaires qui ont donné à beaucoup le sentiment de l’absence d’indépendance de la justice, en particulier.

Le pouvoir, de son côté, semble avoir choisi la manière forte, notamment en faisant suspendre pour trois jours deux chaînes de télévision à qui il reproche de diffuser en boucle les images de manifestations…

On est au cœur des événements et il est difficile d’avoir une idée claire de sa réaction. Mais il me semble que la situation est suffisamment grave pour qu’il y ait sans tarder des appels à la modération. La société civile doit

Matthieu Vendrely – TV5 monde

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