La leçon afghane devrait pousser la France à sortir tous ses soldats du Sahel

À l’ombre du chaos afghan, l’armée française commence son retrait du Sahel


Explication Depuis une dizaine de jours, les militaires français déroulent le plan de retrait d’une partie des effectifs de l’opération Barkhane au Sahel. Tirant les leçons du départ des Américains d’Afghanistan, la France assure soigner la coopération avec ses partenaires sahéliens et européens.
Corinne Laurent, le 13/09/2021 à 19:34 Modifié le 13/09/2021 à 20:00
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À l’ombre du chaos afghan, l’armée française commence son retrait du Sahel
Deux soldats Français au Mali, en mars 2019.
DAPHNE BENOIT/AFP

Avec la fin de la saison des pluies au Sahel, les militaires français ont démarré, il y a une dizaine de jours, début septembre, les opérations pour adapter le dispositif de la force Barkhane. « C’est le grand sujet de l’automne pour l’armée française » et « l’objectif est d’avoir fini d’ici à janvier 2022 », a affirmé le ministère des armées lundi 13 septembre.

« Cela a commencé dans le nord » du Mali, à Kidal, Tessalit et Tombouctou : « C’est un truc dingue, ce sont des convois de plusieurs dizaines de kilomètres, c’est une opération logistique absolument incroyable », souligne un proche du dossier. Pour des raisons évidentes de sécurité opérationnelle, le retrait d’une partie des effectifs de Barkhane – appelés à passer de 5 100 à 2 500 hommes – se déroule sans indication de dates et de lieux.

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Concrètement, les bases françaises installées à Kidal, Tessalit et Tombouctou vont être « évacuées et restituées, soit à la Minusma (opération de maintien de la paix des Nations unies au Mali, NDLR), soit aux forces armées maliennes », explique le ministère des armées. Sur place, les militaires français ne laisseront ni armes ni véhicules, mais « des équipements, possiblement, comme des tentes, des containers et de la bureautique ».

Les leçons de Kaboul
Ce retrait partiel se déroule quelques jours après le départ, dans le chaos, des dernières troupes américaines d’Afghanistan le 30 août, mais Florence Parly, ministre des armées, rejette toute comparaison. « Nous ne partons pas, nous nous adaptons à la réalité du terrain, en allant vers davantage de coopération, avec les Sahéliens, et avec les partenaires internationaux, notamment européens », a-t-elle affirmé lundi, lors d’un discours de rentrée. « C’est d’ailleurs ce qui nous différencie de ce que les Américains ont fait en Afghanistan au cours de ces derniers mois : nous parlons avec nos partenaires, nous nous coordonnons avec eux. Et cela, nous continuerons inlassablement à le faire. »

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Dans un contexte d’extension de la menace terroriste vers les pays côtiers du golfe de Guinée et de tension politique au Mali, la France cherche le juste équilibre. «On est des leaders de la coalition au Sahel, souligne le ministère des armées, tirant les leçons de Kaboul. Il faut qu’on prenne un soin particulier à consulter nos partenaires sur toutes ces affaires. »

« La grande différence, c’est qu’on ne se retire pas du Sahel. On va rester sur des modalités différentes. La Minusma va rester. Il n’y a pas un départ des forces étrangères subitement », insiste le ministère, avant de reconnaître : « Oui, on est obligé de tenir compte de l’image rétinienne de ce qui s’est passé en Afghanistan, ce départ précipité. »

Inquiet d’un « risque de débat » en Europe sur les engagements militaires, le ministère des armées affirme ne pas se projeter dans le scénario d’une « guerre éternelle ».

La Croix

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