Franc CFA- « La France va se retirer des structures de gouvernance de la monnaie » (Patrice Talon, Président du Bénin)

Le chef de l’État béninois Patrice Talon a accordé, ce jeudi 7 novembre, un entretien exclusif à RFI et France 24. Lors de cette interview, Patrice Talon a notamment évoqué la réforme du franc CFA ainsi que ses relations avec l’ancien président Boni Yayi.

Depuis plusieurs années, la réforme du franc CFA était un sujet tabou dont aucun chef d’État africain ou français n’osait parler. Aujourd’hui, au micro de RFI et de France 24, le chef de l’État béninois brise l’omerta et annonce que « très rapidement, les pays membres de la BCEAO ne garderont plus de réserves de change auprès du Trésor français ».

Patrice Talon affirme que cette réforme est approuvée par tous les chefs d’État de l’UEMOA et par Emmanuel Macron lui-même. Il ajoute que ces réserves seront gérées dans diverses banques centrales partenaires, en Amérique du Nord, en Europe, en Chine et au Japon. Quand cette réforme fondamentale de la monnaie CFA sera-t-elle mise en oeuvre ? De bonne source, dans l’entourage du président béninois, on dit : « Avant la fin de l’année. » On attend maintenant les réactions de l’Ivoirien Alassane Ouattara et du Français Emmanuel Macron, deux des piliers de la zone CFA.

Autre déclaration forte dans cette interview : Patrice Talon dit qu’il souhaite que son prédécesseur Boni Yayi rentre à Cotonou, car, après la loi d’amnistie promulguée ce jeudi, l’ex-président « n’a plus rien à craindre concernant l’interpellation d’un juge ». En avril-mai, Patrice Talon avait soupçonné Boni Yayi d’être l’instigateur des manifestations contre les législatives où l’opposition n’avait pas pu se présenter. Au moins quatre civils avaient été tués lors de ces événements. D’abord convoqué par un juge, Boni Yayi avait été autorisé en juin à sortir du pays. De bonne source, depuis cette date, il séjourne au Nigeria. Va-t-il rentrer ? On attend sa réaction à ce qui s’apparente, de la part du pouvoir béninois, à une mesure d’apaisement.

En revanche, au cours de l’entretien, Patrice Talon ne fait aucune ouverture à l’égard de ses deux principaux adversaires de 2016. « Ceux qui ont dérapé doivent répondre de leur dérapage », dit-il à propos de Sébastien Ajavon et de Lionel Zinsou, tous deux exilés en France à la suite de condamnations au Bénin.

Patrice Talon sera-t-il candidat en 2021 à un second mandat ? Tout dépendra de trois conditions : sa disposition personnelle, l’environnement politique et le calendrier de la mise en oeuvre de ses réformes… Le suspense continue

Par Christophe BoisbouvierMarc Perelman (France 24)

RFI

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