Guinée Bissau: La diplomatie pourra-t-elle faire bouger les lignes ?

MINI TOURNEE DE Umaro Sissoco Embalo

Déclaré vainqueur au deuxième tour de la présidentielle du 29 décembre dernier par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), le candidat de l’opposition bissau-guinéenne, Umaro Sissoco Embalo, piaffe d’impatience d’entrer dans la plénitude de ses fonctions. Et pour cause : la Cour suprême tarde à vider le contentieux électoral qui l’oppose au candidat du PAIGC (Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert), Domingos Simoes Pereira, qui est dans la contestation et a introduit plusieurs recours devant la juridiction suprême. Mais si cela n’a pas empêché le présumé « vainqueur » d’organiser sa propre prestation de serment et de prendre ses quartiers au palais présidentiel, reste qu’Embalo qui s’est déjà mis dans la peau de chef de l’Etat, est gêné aux entournures par la position de la communauté internationale, particulièrement la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), qui a clairement affiché son refus de reconnaître l’installation d’un président en dehors du cadre constitutionnel et légal, à la tête de la Guinée-Bissau.
Au sein de la CEDEAO, tout le monde est loin d’être acquis à la cause de l’ancien général et ex-Premier ministre
C’est dans ce contexte de blocage de la situation, dû au mutisme prolongé de la Cour suprême, que Umaro Sissoco Embalo a entamé, le 10 mars dernier, une mini-tournée ouest-africaine auprès des présidents sénégalais Macky Sall, nigérien Mahamadou Issoufou et nigérian Muhammadu Buhari, qui comptent pour autant d’amis qui lui ont, du reste, déjà adressé leurs félicitations. Une offensive diplomatique dont on se demande si elle permettra de faire bouger les lignes. On attend de voir. D’autant qu’au sein de la CEDEAO qui joue les médiateurs-parrains dans cette crise bissau-guinéenne, tout le monde est loin d’être acquis à la cause de l’ancien général et ex-Premier ministre. Et si ce n’est pratiquement un secret pour personne que le chef de l’Etat guinéen, Alpha Condé, n’est pas en odeur de sainteté avec le leader du Madem G15, ce dernier lui-même accuse Conakry et Abidjan d’avoir un penchant pour le camp adverse. C’est dire si ce que l’on subodorait et craignait depuis un certain temps, est en train de se matérialiser avec cette division de la CEDEAO, qui est en train de prendre forme au grand jour. Une situation qui n’est véritablement pas pour arranger les choses en Guinée-Bissau. Au contraire, elle risque même, si l’on n’y prend garde, de compromettre les chances de succès de la médiation de l’institution régionale dans cette ex-colonie portugaise plongée dans une instabilité politique chronique depuis son accession à l’indépendance en 1974. Comment pourrait-il en être autrement si au sein de l’institution régionale, les chefs d’Etat venaient à ne pas parler ouvertement le même langage ? Déjà qu’il se susurre que Mahamadou Issoufou, qui se veut le chantre et l’exemple de la limitation des mandats présidentiels à deux, n’est pas en phase avec le maître de Conakry à qui l’on prête des intentions de troisième mandat, on peut se demander si ces mésintelligences supposées ou réelles au sommet de l’institution sous-régionale, ne rejailliront pas sur cette crise post-électorale bissau-guinéenne, par protagonistes interposés.
On ne peut pas laisser les protagonistes de la crise bissau-guinéenne s’essayer à jauger leurs forces dans une sorte de rivalité diplomatique
En tout cas, pour certains observateurs, ce n’est pas pour rien que le maître de Conakry a récemment refusé de recevoir, dans le cadre d’une médiation dans la crise sociopolitique que traverse son pays, une délégation de haut niveau de cette même CEDEAO conduite par son président en exercice qui n’est autre que le chef de l’Etat nigérien. Pour eux, Alpha Condé ne veut pas se voir donner de leçon par des pairs dont la position affichée contre la multiplication des mandats, contribue à le faire passer pour l’une des brebis galeuses de la démocratie dans la sous-région ouest-africaine. En tout état de cause, il appartient à la CEDEAO dont on a appris le départ, le 10 mars dernier, du représentant spécial en Guinée-Bissau, de clarifier sa position. Car, entre les accueils chaleureux aux allures de reconnaissance officielle dont a bénéficié Umaro Sissoco Embalo à Dakar et à Niamey, et le communiqué officiel dans lequel l’institution régionale affirme « ne pas pouvoir reconnaître des organes créés et installés en dehors des cadres constitutionnels et légaux », il y a comme un malaise ou un double jeu qui ne dit pas son nom. Une position qui ne l’honore pas. Encore moins dans ce contexte de crispation où la Cour suprême continue de se murer dans un silence qui ne permet pas de sortir de l’impasse. En tout état de cause, on ne peut pas laisser les protagonistes de la crise bissau-guinéenne s’essayer à jauger leurs forces dans une sorte de rivalité diplomatique à qui rassemblerait le plus de soutiens. Il faut plutôt travailler à trouver un compromis dans la mesure où même en cas de confirmation de la victoire de Embalo, ce dernier serait contraint à une cohabitation avec le PAIGC majoritaire à l’Assemblée nationale.
« Le Pays »

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