La cyberguerre: une guerre illégale, mais pratiquée sans vergogne par les grandes puissances

Le général prussien Carl von Clausewitz a déclaré que la guerre est une continuation de la politique par d’autres moyens. Nous assistons aujourd’hui à de nouvelles formes de conflit, dans lesquelles de grandes superpuissances utilisent certaines formes de guerre hybride (économique, sociale, énergétique, cybernétique, etc.). La différence entre la guerre classique et la guerre hybride est que cette dernière est réalisée par des intermédiaires non officiellement reconnus, avec des méthodes de l’insurrection et du terrorisme. Leurs actions sont dirigées exclusivement contre les civils d’autres États.

Par le biais de techniques de pression, de désinformation et de propagande, les médias internationaux sont également utilisés dans la guerre hybride en inventant un conflit moral au sein de la société de l’état cible. Le résultat est la création d’une réalité alternative, qui installe la méfiance dans l’ordre constitutionnel, et oriente la perception de la population du pays ciblé vers un modèle imposé par la superpuissance mondiale commanditaire de l’opération.

La construction de la centrale hydroélectrique Guri au Venezuela a commencé dans les années 60. Elle fournit 80% de l’électricité du pays. La mise à niveau du système de contrôle des générateurs a eu lieu en 2007 et 2009 avec l’introduction d’un logiciel de Siemens. Coïncidence ? Au milieu de la campagne visant à changer illégalement le régime de Caracas par les États-Unis, le système de contrôle de Guri a fait l’objet de cyberattaques à plusieurs reprises au cours de la semaine écoulée. Cette attaque ne pourrait être que l’œuvre d’un État, d’une grande superpuissance.

L’une des formes de guerre hybrides les plus récentes est l’utilisation de cyberattaques pour mettre hors service les infrastructures d’un État, en particulier les services publics (eau, électricité, chauffage, médicaments, nourriture, etc.). Cette violation du droit international, sans limites ni restrictions, est due en l’espèce à la position dominante occupée par les grandes superpuissances et à l’intégration technologique du monde leur permettant d’obtenir ou de maintenir la suprématie dans une zone géographique.

En janvier 2011, le New York Times a rapporté l’existence d’un programme cybernétique (Jeux olympiques) lancé en 2004, autorisé par le président George W. Bush et accéléré par son successeur, Barack Obama. Initialement, le programme visait à créer un antidote contre l’armement nucléaire de l’Iran. Plus tard, il a été amplifié et diversifié, donnant lieu à un nouveau programme (Nitro Zeus) par lequel les États-Unis ont laissé l’ensemble du territoire iranien sans électricité grâce à une cyberattaque. La NSA est le plus grand employeur de mathématiciens dans le monde. Ce sont probablement ceux-ci qui ont recommandé les algorithmes de ces virus, et les géants américains de l’informatique ont coopéré avec les agences d’espionnage américaines dans cette direction.

Stuxnet était un virus utilisé en 2010 pour infecter l’équipement de contrôle (fabriqué par Siemens) des centrifugeuses iraniennes à Natanz. Le virus a agi sur la vitesse de rotation des centrifugeuses et les a détruites. Parmi les révélations de Snowden sur Der Spiegel, il y a aussi la confirmation que Stuxnet était le résultat d’une collaboration américano-israélienne. Kaspersky Lab a découvert plus tard des virus plus puissants, Flame et Duku, qui semblent être des produits du programme Nitro Zeus. Ils ont été utilisés pour le vol massif de données stratégiques militaires, la manipulation des échanges de produits de base et à d’autres fins.

Ainsi, les technologies de pointe et l’intégration économique donnent aux grandes puissances mondiales la capacité de mener des opérations mondiales sans recourir à la force militaire. En 2017, Nikolai Patrushev, secrétaire du Conseil de sécurité de la Russie, a déclaré que la Russie appelait à la mise en œuvre de règles de cybersécurité. Si les autres États refusent de répondre à cet appel, la Russie commencera à créer sa propre législation. Récemment, la Douma d’Etat de Russie a voté pour le « Programme national d’économie numérique », qui prévoit une protection en cas d’attaque informatique massive lancée de l’extérieur du pays.

 Valentin Vasilescu

Traduction Avic – Réseau InternationalLa source originale de cet article est Réseau InternationalCopyright © Valentin VasilescuRéseau International, 2019

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