La CEDEAO et le PAIGC vont-ils déstabiliser la Guinée Bissau ?

Pourquoi la victoire d’Umaro Sissoco Embalola dérange certains chefs d’État de la CEDEAO ?

Parfum de coup d’État électoral en Guinée Bissau : Des chefs d’État de la CEDEAO tireraient les ficelles pour Domingos Simoes Pereira…

La Guinée Bissau ne semble pas en avoir terminé avec les démons de l’instabilité politique qui a pris le pays à la gorge depuis plusieurs années. Malgré une présidentielle dont le déroulé a été jugé transparent et satisfaisant par les institutions internationales, l’issue n’est toujours pas acceptée par l’une des parties, notamment le Parti africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap Vert.  

Pourtant, à quelques heures de la proclamation provisoire des résultats, Domingos Simoes Pereira a appelé son rival, Umaro Sissoco Embalo pour lui demander d’accepter la volonté du peuple. Un coup de fil qui a fait beaucoup jaser. Mais paradoxe, l’ancien Premier ministre et candidat du parti au pouvoir ne s’est pas plié à sa propre requête. Quand la Commission nationale électorale a proclamé les résultats favorables au candidat du mouvement pour l’Alternance démocratique (MADEM G15), DSP et ses partisans ont rué dans les brancards. Des pratiques frauduleuses sont avancées comme prétexte et un recours déposé devant la Cour suprême pour un « recomptage » des voix. Cinq des huit juges de cette instance de décision ont exigé un apurement du vote.  

Entre-temps, la mission d’observation de la Cedeao conduite par l’ancien Premier ministre malien, Soumeylou Boubeye Maiga a félicité le président élu, Umaro Sissoco Embalo, arrivé devant avec 53,55% des voix contre 45,45% pour son adversaire, Domingos Simoes Pereira. Mais c’est à croire qu’à la CEDEAO, ce qui apparaît comme l’expression du peuple bissau-guinéen n’est pas conforme aux attentes des uns et des autres. La preuve, quelques jours après le communiqué de la mission d’observation, un comité de suivi constitué de la même institution régionale a pris son contre-pied en se mettant dans une position plutôt favorable au candidat de la majorité. La CNE a été ainsi sommée de vider le contentieux sous la supervision de la CEDEAO, représentée par le président de la Mission d’Observation. L’organisation chargée d’organiser les élections s’est soumise à cette « exigence » en « apurant » les résultats comme l’ont souhaité et la Cour suprême et le Comité de suivi de la CEDEAO. Pour autant, le PAIGC ne s’est pas avoué vaincu. Une nouvelle requête aux fins d’obtenir un nouveau comptage des voix a été introduit au niveau de la Cour suprême.  

Les informations de Dakaractu font état de manœuvres en cours pour renverser la tendance. Que disons-nous ? Faire pencher la balance en faveur de Domingos Simoes Pereira qui dispose d’un réseau très solide au sein des présidents de la région ouest-africaine. Soutenu par au moins trois présidents, l’ancien Premier ministre de José Mario Vaz semble dans une dynamique de faire durer la confusion. Preuve de cet appui d’un club de chefs d’Etat, une réunion a été tenue en marge du dernier sommet de l’Uemoa à Dakar et il a été demandé aux présidents et chefs de gouvernement de soutenir ouvertement Domingos Simoes Pereira. D’ailleurs, la Guinée Bissau a été représentée par son Premier ministre Aristides Gomes qui est aussi membre du PAIGC. Mais les présidents sénégalais et burkinabé ont opposé leur véto.  

En outre, le PAIGC qui ne s’imagine pas un seul instant perdre le pouvoir est en train d’instrumentaliser la Cour suprême qui, selon nos sources, n’a jamais été aussi divisée sur une question électorale. Les débats ont été houleux ces derniers jours entre les juges et il nous revient de sources bien informées qu’ils en seraient venus aux mains à cause de la volonté de certains d’entre eux d’aller dans le sens voulu par le PAIGC et son candidat.  

Or, de ce qu’on sait de la loi électorale Bissau-guinéenne, il appartient à la Commission électorale nationale de donner les résultats définitifs. Ce qui a été fait à deux reprises. Un énième délai a été donné à la CNE pour vider le contentieux électoral. Mais tant que les mains extérieures qui s’arc-boutent à l’élection d’un candidat ou d’un autre à la présidence de la Guinée Bissau n’auront pas arrêté de tirer les ficelles, le bout du tunnel ne risque pas d’être à portée de sitôt.  

La Guinée Bissau a trop souffert des troubles politico-militaires et devrait retrouver pour de bon la paix sociale et s’engager définitivement dans la voie du développement. Un processus dans lequel ce pays au potentiel énorme doit être accompagné par les Etats de la sous-région, mais aussi par l’Union africaine et l’Organisation des Nations-Unies. Ce n’est pas trop demander…

Dakaractu

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