Intelligence artificielle: un système de navigation autonome 100% algérien

Un jeune ingénieur algérien a développé un système de navigation qui permet au véhicule d’être totalement autonome. Diplômé de l’université de Batna, Ramzi Mosbah a utilisé des moyens basiques pour mettre en œuvre son projet. Il a reçu des propositions de firmes étrangères, mais affirme vouloir rester en Algérie afin de poursuivre ses recherches.
Des dizaines de constructeurs automobiles et de centres de recherche à travers le monde travaillent depuis des années sur le projet de voiture intelligente totalement autonome (sans intervention humaine).
Ils ne sont pas les seuls, puisqu’à l’université Mustapha Ben Boulaïd de Batna (430 km au sud d’Alger), un jeune ingénieur et ses professeurs s’intéressent à aussi cette problématique. Ramzi Mosbah, un étudiant des Aurès, semble avoir fait de grandes avancées sur le sujet, comme le montre cette vidéo postée récemment sur YouTube.
Interrogé par Sputnik, Ramzi Mosbah affirme que son système assure une autonomie totale au véhicule. Ses premiers travaux consistaient à développer un logiciel qui permette à une automobile de suivre les lignes tracées sur les voies ainsi que les autres voitures.


Les moyens du bord
Dans une seconde phase, l’ingénieur a introduit un module de sécurité qui vérifie la concentration du conducteur.

En cas de fatigue ou de manque d’attention de l’automobiliste, le système prend le contrôle du véhicule, ralentit et le gare automatiquement sur le bas-côté.
«Ce système de navigation autonome détecte tous les mouvements ainsi que les conditions de circulation grâce à des caméras embarquées. Le logiciel traite ensuite les données et transfère les informations à un boîtier électronique qui commande à son tour le véhicule avec des leviers mécaniques. Une autre webcam transmet au programme l’état du conducteur», explique Ramzi Mosbah.
N’ayant pas de budget pour acheter des caméras et du matériel sophistiqué, l’ingénieur a dû travailler avec des moyens très limités.


Success story
Le parcours de Ramzi Mosbah est aussi intéressant que son projet de recherche. Après avoir décroché son baccalauréat, il s’inscrit au département d’informatique de l’université de Batna. «En réalité, je n’étais pas très attiré par les cours. J’étais chauffeur de camion et je préférais consacrer l’essentiel de mon temps au travail», dit-il.
Après avoir raté deux années scolaires, il réussit à décrocher une licence. Pour son master, il choisit de s’orienter vers la filière «intelligence artificielle et multimédia». Sa vision des études change alors, au contact de ses professeurs.
«J’ai découvert la qualité du corps professoral et leur attention envers les étudiants. Ils me motivaient pour travailler et redoubler d’efforts. En deuxième année, j’ai eu la chance d’avoir pour tuteur le docteur Larbi Guezouli, qui est une référence internationale. Il m’a beaucoup aidé pour mon mémoire de master consacré aux systèmes de navigation assistée», note-t-il.
Le professeur Guezouli encourage son étudiant à écrire un livre,
Driving assistance system . Ils collaborent également à la rédaction d’un article, Road obstacle detection , qui a été publié par Association for computing machinery (ACM), une organisation internationale qui soutient depuis 1947 la recherche scientifique et l’innovation informatique.

En juillet 2019, le jeune ingénieur participe à La Conférence internationale sur les réseaux futurs et les systèmes distribués (ICFNDS), qui s’est tenue à Paris. Mais Ramzi Mosbah regrette le manque d’intérêt des entreprises algériennes pour ses travaux de recherche.
«J’ai proposé mes services aux constructeurs automobiles qui sont en activité en Algérie. Certains se sont moqués de moi et d’autres m’ont jeté mon CV à la figure. C’est une situation très triste car j’ai reçu plusieurs offres pour travailler à l’étranger. Le patron d’une société allemande qui développe des logiciels pour un groupe international a lu mon livre et m’a récemment demandé de rejoindre son équipe. J’ai également été contacté par une entreprise japonaise spécialisée dans la conception de cuisines intelligentes.»
Mais l’ingénieur refuse de quitter son pays. «Je veux rester à Batna auprès de ma famille. J’ai la chance d’être entouré de professeurs qui sont reconnus à un niveau international et qui ont eux aussi fait le choix de demeurer en Algérie.» Il préfère se concentrer sur la nouvelle phase de ses travaux qui consiste à permettre au véhicule d’aller d’un point A vers un point B en introduisant simplement les coordonnées GPS.
Ramzi Mosbah assure que ce n’est là que le début car ses recherches peuvent être utilisées dans de nombreux domaines d’activité.

Tarek Hafid

Sputniknews

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