Hommage national à Caïd Essebsi: «Aujourd’hui, la Tunisie est orpheline, mais sereine»

Les Tunisiens sont venus en masse pour dire adieu à leur Président, inhumé samedi, après des funérailles nationales et populaires. Tout au long du trajet séparant le palais présidentiel du cimetière, le cortège funèbre a été salué par une foule en larmes.

Plusieurs milliers de personnes ont rendu un dernier hommage, samedi 27 juillet, au Président tunisien Béji Caïd Essebsi, décédé deux jours plus tôt à l’âge de 92 ans.

Le cortège funèbre s’est ébranlé à partir du palais présidentiel de Carthage, dans la banlieue nord de Tunis, au terme d’une cérémonie à laquelle ont pris part de nombreuses personnalités politiques nationales et internationales.

Des éloges funèbres rendant hommage au Président défunt ont ainsi été prononcés au palais de Carthage par des chefs d’État étrangers, tels que les Présidents algérien, français, palestinien ou portugais, ou le roi d’Espagne.

De longues files de Tunisiens attendaient dehors la fin de la cérémonie, sous un soleil de plomb, afin de jeter un dernier regard sur la dépouille présidentielle.

Une grande émotion, doublée de fatigue, était visible dans l’assistance qui avait en grande partie afflué, en famille, depuis les premières heures du matin. Enfants, jeunes adultes et personnes âgées ont entonné en chœur l’hymne national, scandé des slogans républicains, et rendu hommage à la mémoire du «Bajbouj», surnom du Président défunt.

«Je suis venue en famille parce qu’il s’agit d’un moment historique. Béji Caïd Essebsi a été une personnalité nationale et historique. Il a sauvé le pays d’une guerre civile qui se profilait à l’horizon, alors qu’on était dans des circonstances sociales et politiques assez critiques. Je voulais que mon fils voie cet enterrement, de ses propres yeux, pas à la télé. Ainsi, il se le remémorera toute sa vie », a déclaré à Sputnik Nidhal Guiga actrice, écrivaine et réalisatrice tunisienne.

Nidhal Guiga avec sa famille, panorama photos Carthage, 27 juillet 2019

© SPUTNIK . SAFWENE GRIRANidhal Guiga avec sa famille, panorama photos Carthage, 27 juillet 2019

Fonctionnaire à la retraite, Sallouha Absi a tenu, elle aussi, à être présente, en ce jour de deuil national, en son nom propre, mais aussi au nom de son père, malade. «Un ancien de la garde nationale, qui aimait Caïd Essebsi qui avait contribué à la formation de nombreux membres de ce corps», dans les années 1960.

«Aujourd’hui la Tunisie est orpheline, triste mais sereine. J’espère que le pays continuera sur cette lancée, dans le respect de la Constitution. J’espère qu’on continuera, tranquillement, notre parcours démocratique», a déclaré Sallouha à Sputnik.

Sallouha Absi, Carthage, 27 juillet 2019

© SPUTNIK . SAFWENE GRIRASallouha Absi, Carthage, 27 juillet 2019

Depuis l’annonce du décès du 4e Président de la Tunisie, les médias tunisiens et arabes avaient, en effet, rivalisé d’éloges concernant la gestion qualifiée de «fluide, transparente, et démocratique» de la disparition du Président. La nouvelle avait été donnée par la présidence moins de 40 minutes après que le décès était intervenu. Quelques heures plus tard, le président de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), Mohamed Ennaceur, prêtait serment conformément à la Constitution pour assumer les fonctions de Président par intérim. Dans la foulée, et avant la fin de la journée, une nouvelle date pour l’élection présidentielle, le 15 setepmbre, était fixée par l’Instance Supérieure Indépendante pour les Elections (ISIE).

«Tous les Tunisiens sont dehors, aujourd’hui. Même ceux qui sont restés chez eux sont tristes. C’est le premier Président qui décède alors qu’il est en exercice. Et pour moi, qui n’ai pas connu Bourguiba, c’est le premier Président qui décède tout court! On veut lui rendre hommage parce que c’est quelqu’un qui, grâce à son bilan positif, laissera une empreinte! Dieu ait son âme, et que Vive la Tunisie!», a déclaré à Sputnik, Souleima Briki, une étudiante venue assister au passage du cortège funèbre en compagnie de sa famille.

Souleima Briki avec sa famille, panorama photos Carthage, 27 juillet 2019

© SPUTNIK . SAFWENE GRIRASouleima Briki

Des milliers de Tunisiens bordaient le trajet, long de plusieurs kilomètres, séparant le palais présidentiel du lieu d’inhumation du Président Caïd Essebsi, le cimetière El-Jellaz. Sur l’autoroute comme dans les avenues du centre-ville qu’il arpentait, le cortège a été accompagné par une foule en larmes, arborant le drapeau rouge et blanc, chantant l’hymne national pour faire ses adieux au Président.

«C’est une ambiance où toutes les divergences politiques entre tous les Tunisiens se sont soudain estompées. C’est un formidable moment d’unité nationale, qui me rappelle un peu l’ambiance de la Révolution de 2011», a déclaré à Sputnik, Mariem, 33 ans, entrepreneur.

20 ans après avoir quitté la vie politique, Béji Caïd Essebsi a été rappelé aux affaires, quelques semaines après la chute du Président Zine el-Abidine Ben Ali, à la suite de la révolte populaire de janvier 2011.

Cet ancien ministre du Président Bourguiba dirige alors un gouvernement de transition et organise les élections d’une Assemblée constituante, avant de transmettre le pouvoir, en décembre 2011, aux nouvelles instances élues. Il fonde, six mois plus tard, le parti Nidaa Tounes, qui réussit à unifier les progressistes sous une seule bannière, et s’impose devant le parti islamo-conservateur, Ennahda, aux élections législatives de 2014.

Spoutniknews

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