Guinée : Il en faudra plus pour faire plier Alpha Condé

SAISINE DE LA COUR DE LA CEDEAO PAR DES DEPUTES GUINEENS CONTRE LA NOUVELLE CONSTITUTION

En Guinée, la polémique sur la nouvelle Constitution, continue de faire des vagues. En effet, de nombreuses organisations de la société civile dénoncent des différences entre le texte voté par référendum, le 22 mars dernier, et celui publié au Journal officiel trois semaines plus tard, le 14 avril dernier. Au nombre des voix discordantes et en tête de proue, le Barreau des avocats qui dénonce une « délinquance juridique » et demande purement et simplement le retrait de la Loi fondamentale. C’est dans ce contexte qu’une quinzaine de députés ont introduit une requête en annulation de la nouvelle Constitution, requête finalement jugée irrecevable par la Cour constitutionnelle. Une décision qui, loin de réfréner les ardeurs des contestataires, est plutôt un adjuvant pour eux, puisqu’ils ont saisi les instances judiciaires de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest). Auront-ils gain de cause devant l’institution sous-régionale ? On attend de voir.
Une telle plainte a toutes les chances de ne pas prospérer, tant que les décisions des instances régionales ou panafricaines n’auront pas un effet coercitif sur les Etats
Quoi qu’il en soit, quand on voit comment les décisions des instances supranationales ont du mal, sur le continent, à s’imposer aux Etats membres, l’on peut, d’ores et déjà, se convaincre que dans le cas d’espèce, il en faudra plus pour faire plier Alpha Condé. C’est dire si une telle plainte a toutes les chances de ne pas prospérer, tant que les décisions de ces instances régionales ou panafricaines comme la Cour africaine des droits de l’Homme, n’auront pas un effet coercitif sur les Etats. Du reste, l’on n’est pas surpris le moins du monde, que cette requête ait été rejetée par la Justice guinéenne qui peine à montrer son indépendance vis-à-vis du pouvoir. De là à penser que ce combat est perdu d’avance pour les contestataires, il y a un pas que l’on est tenté de vite franchir. Mais cela ne saurait être une raison pour baisser les bras face à un acte hautement condamnable, digne d’une véritable imposture aux allures de brigandage juridique. Dans un pays normal, c’est un acte qui serait passible de poursuites pour haute trahison.
Mais en Guinée d’Alpha Condé, il ne faut pas rêver. Bien au contraire, pour un acte d’une telle gravité, qui a même connu la réprobation véhémente d’éminents juristes comme le Barreau, l’instance judiciaire suprême n’a rien trouvé à redire alors même que certaines personnalités et pas des moindres au sein du parti au pouvoir, n’ont eu aucun scrupule à lâcher qu’aucune version finale du texte n’avait été soumise au peuple. Comme pour corroborer que le texte était en perpétuelle modification, avant et après son adoption. A quoi donc joue Alpha Condé si ce n’est qu’il se moque éperdument du peuple guinéen ? En tout cas, si entre le vote du texte soumis à référendum et sa publication, il est capable de manipuler la Loi fondamentale à sa guise et au gré de ses intérêts, qu’est-ce qui pourrait encore surprendre venant de cet opposant historique devenu président, qui n’a de cesse de torturer la démocratie qu’il prétend pourtant défendre dans son pays ?
En désacralisant la Loi fondamentale de son pays, Alpha Condé pose un précédent dangereux
En tout cas, ceux qui soutiennent Alpha Condé sur le mauvais chemin, pour des raisons bassement œsophagiques, ne rendent pas service à la Guinée. Car, comme ledit l’adage, « aussi longue que soit la nuit, le jour finira par se lever ». Et tôt ou tard, chacun paiera d’une façon ou d’une autre, le prix de sa compromission. Car, Alpha Condé est en train de prouver aujourd’hui qu’il est l’homme fort de la Guinée. La marque de fabrique des dictateurs. Mais aussi puissant soit-il, il n’est pas éternel. C’est pourquoi il est impératif que ceux qui le soutiennent aveuglément dans ses lubies, aient plutôt le sens de l’Histoire. Pour cela, ils doivent savoir prendre de la hauteur au risque de se retrouver un jour ou l’autre, du mauvais côté de l’Histoire. Car, en désacralisant la Loi fondamentale de son pays par la manipulation éhontée qui en est faite, Alpha Condé pose un précédent dangereux. Au-delà, son acte est une remise en cause des avancées démocratiques à travers la disparition, par exemple, de la possibilité pour les candidats indépendants, de briguer des mandats électifs ; toute chose qui était l’une des innovations majeures du texte soumis à référendum. Si ce n’est pas un manque de confiance en soi, cela y ressemble fort. Mais à trop chercher des raccourcis pour se maintenir au pouvoir, Alpha Condé est en train de pousser, consciemment ou inconsciemment, son pays vers le précipice. Ce n’est pas cela être un homme d’Etat.
« Le Pays »

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