Guerre des monnaies à l’ère numérique

par Sonia Monaca

Sur les terres de la concurrence, les guerres livrées entre les superpuissances étatiques et privées ne se limitent plus au champ de la guerre commerciale. La guerre technologique colonise désormais le paysage monétaire bouleversé par les phénomènes d’innovation et l’émergence des cryptomonnaies, essentiellement fait d’acteurs privés.

L’ordre monétaire fondé sur une souveraineté politique est brouillé. La concurrence monétaire, véritable guerre monétaire, s’invite désormais aux rapports de force. La rivalité entre les grandes monnaies pose aujourd’hui des problèmes d’équilibre et de stabilité du système monétaire international amplifié par l’émergence des cryptomonnaies. La digitalisation des monnaies bouleverse à bien des égards le paysage monétaire au niveau national et international.  À l’heure de la numérisation, la mutation de la nature de la monnaie s’amorce mais aussi celle la nature des biens et services, accentuant le processus de dématérialisation.

L’évolution de l’ordre monétaire international depuis l’effondrement de Breton Woods a laissé place à un système – ou non-système pour certains économistes – caractérisé par une forte instabilité des monnaies. Les questions sur sa régulation et sa réforme se posent.  Sur quelle rénovation ou innovation, le système monétaire international peut-il se redessiner ? Quels sont les principaux changements induits par l’émergence de la cryptomonnaie ?  Quels sont les impacts de la concurrence entre monnaie publique et monnaie privée ? Assistons-nous à changement de paradigme porté par la fin d’un ordre monétaire sous hégémonie américaine ?

Ebranlement du système monétaire international

Lorsque la monnaie est utilisée pour mener des politiques unilatérales, voire s’opposer véritablement aux intérêts d’autres pays, les conditions d’entrée en guerre des monnaies sont réunies, entrainant un risque de déstabilisation voir de destruction de l’ordre monétaire. La guerre va au-delà de la notion de déséquilibre, de fluctuations ou d’incertitude.  La notion de guerre implique l’ébranlement et le rejet du pivot des systèmes monétaires de la devise-clé dominante.

Unilatéralisme et destruction de l’ordre monétaire

Pour qu’un système de devise-clé puisse se maintenir dans le temps, il faut une hégémonie bienveillante du pays émetteur puisque son rôle est de rendre fluide les relations internationales. Nous sommes aujourd’hui dans l’interrogation de cette situation du fait de la politique américaine qui fait resurgir une guerre des devises menant à la question de la survie de la devise-clé elle-même.

La complétude de la monnaie internationale exige en effet la parfaite liberté des mouvements de capitaux dans un marché financier global, et fondamentalement la totale liberté de poursuivre pour chaque nation ses objectifs de politique économique interne. Or, Les Etats-Unis ont introduit l’unilatéralisme, politiquement et logiquement contradictoire avec le principe de la devise-clé lui-même.  Le système de paiement en dollar qui est mondial et en principe ouvert à tous, est utilisé aujourd’hui pour des objectifs politiques unilatéraux et de rejet des accords internationaux :

  • Blocage aux pays européens de la possibilité de commercer avec l’Iran,
  • Guerre commerciale contre la Chine désigné comme rival stratégique.

Assistons-nous à la fin de l’avantage exorbitant du dollar qui laisserait place à un ordre monétaire multilatéral et polycentrique ?

Nouvel échiquier digital

Le soft power et l’extra-territorialité du droit constituent les piliers majeurs de l’hégémonie américaine et de sa monnaie. Une monnaie désormais soumise à la tentation de divers pays de la concurrencer. Les technologies naissantes des cryptomonnaies pourraient constituer une alternative

Cryptomonnaies pour échapper aux prochaines sanctions américaines.

L’Iran a fait part du rôle que peuvent jouer les cryptomonnaies pour l’économie du pays, à la recherche d’une alternative face aux pressions économiques que les Etats-Unis peuvent exercer sur le régime de Téhéran. Les sanctions américaines controversées ont fait chuter le cours du Rial de plus de 60%, imposant une politique de forte dévaluation de sa monnaie nationale.  Initialement opposé à cette industrie, l’Iran voit aujourd’hui dans l’exploitation des cryptomonnaies la solution d’émancipation aux sanctions américaines qui pèsent sur son économie depuis des années.  L’Iran, frappé durement par la crise sanitaire, s’engage aujourd’hui très clairement dans la course au minage, considérant les cryptomonnaies comme la solution concrète et de plus en plus adaptée pour lutter contre la crise.

Les cryptomonnaies pourraient-elle remplacer le dollar ?

Alarmée par la puissance innovante des cryptomonnaies, la Chine en interdit l’utilisation dès 2013 sur son territoire.  Cependant, après avoir réalisé le potentiel d’une monnaie numérique dans les échanges internationaux dominés par l’hégémonie du dollar, la Chine annonce officiellement la création de sa cryptomonnaie nationale qui permettra l’ouverture de ses échanges, y compris avec les Etats sous sanction américaine.

Dans la continuité, en 2014, à la suite des sanctions infligées par les Etats-Unis à la Russie en réaction à l’invasion de l’Ukraine, la Russie décide de rejoindre la Chine en digitalisant son Rouble, dans sa logique de contournement des sanctions économiques.  L’objectif révélé pour la Chine et la Russie est de sortir de l’orbite démesurée du dollar et de son état de droit. La cryptomonnaie devient une arme géopolitique.

En 2017, le Venezuela, soumis aux sanctions américaines, entre dans la course en annonçant la création de sa cryptomonnaie nationale, assisté par une technologie russe. Sur l’objectif initial de commercialiser son pétrole et de contourner la mécanique de sanctions, la cryptomonnaie devient aujourd’hui un moyen pour les vénézuéliens de survivre au jour le jour, en achetant des produits de première nécessité face à une monnaie hyper-inflationniste.

L’Europe entre dans la course

La concurrence se renforce entre monnaies publiques et monnaies privées. Les banques centrales essayent de reprendre la main en se projetant dans l’économie numérique. L’Europe entre dans la course avec deux motivations principales :

La cryptomonnaie existera « parallèlement aux espèces, sans les remplacer », insiste l’institution monétaire. Les projets privés de cryptomonnaie suscitent en effet des inquiétudes au sein de la BCE, évoquant dans un rapport de janvier 2021 le « lancement, à l’échelle internationale, de moyens de paiement privés qui soulèveraient des questions prudentielles et menaceraient la stabilité financière et la protection des consommateurs ».

La digitalisation des monnaies par les banques centrales est à considérer comme une contre-attaque, en réaction aux succès de ces devises privées décentralisées.   La réaction de la BCE est une marque d’opposition à la menace que Facebook a fait planer sur les gouvernements par l’annonce du développement de sa propre cryptomonnaie en 2019. La résonance de cette annonce a marqué les nations exprimant leurs craintes, face à un Mark Zuckerberg déterminé à transcender les banques centrales et déclarant alors :

« Parce que nous sommes une entreprise qui a réussi et qui est suffisamment grande, nous sommes désormais capables de construire des systèmes sans précédent… plus sophistiqués que ce dont beaucoup de gouvernements disposent ».

C’est dans ce contexte de course à la digitalisation et à l’innovation que prend racine une guerre des monnaies publiques-privées.  Faut-il penser les monnaies virtuelles nécessairement comme un projet contre l’état ou comme étant la conséquence logique d’un changement de paradigme accéléré par une révolution technologique ?

Sphère publique – sphère privée

De la guerre des monnaies livrées entre les Etats, se profile une autre guerre des monnaies, celle qui oppose monnaies publiques et monnaies privées et dont les enjeux touchent au pouvoir et à la souveraineté.  L’histoire des faits monétaires montre que la monnaie a toujours fait l’objet d’un conflit entre la sphère privée et la sphère publique, entre marchés et systèmes politiques sur la question de son appropriation et de son pouvoir d’émission.

La numérisation et le progrès technologique entraînent des mutations dans tous les secteurs de la société, accentuant le processus de digitalisation, accentuée elle-même par une crise sanitaire, véritable catalyseur digital. La monnaie, bien public qui commanderait théoriquement une forme supérieure et unique de liquidités ? La cryptomonnaie prend ses racines dans une idéologie libertarienne. Lors de sa création au lendemain de la crise financière, le Bitcoin entendait fonder un nouvel ordre monétaire affranchi de l’état et des banques.

Témoins d’une économie de plus en plus numérique et changeante ainsi que de l’essor de ces monnaies privées, les Banques Centrales des États du monde s’engagent sur les potentiels des monnaies numériques, cependant publiques. Afin de répondre aux menaces de la montée en puissance des devises privées digitales, de nombreux gouvernements redoublent d’efforts dans la course effrénée à une monnaie numérique centralisée et souveraine.

La monnaie, levier ultime des BigTechs

La cryptomonnaie deuxième génération, réinventée par les BigTechs est en rupture avec les logiques des cypherpunks des années 80.  Le milieu des cryptographes anarchistes américains visait initialement la réappropriation de la monnaie comme bien commun et la volonté d’anéantissement des états considérés comme véritable frein à la liberté individuelle.

L’idée du Bitcoin et des partisans du Bitcoin et des premières cryptomonnaies est de créer un système de paiement totalement horizontal et de mettre fin à une gestion institutionnelle de la monnaie par les institutions parce qu’on ne fait plus confiance aux institutions. Il s’agit de rendre la monnaie au marché via une organisation complètement décentralisée et responsable grâce à la technologie de blockchain.

Les objectifs du projet de Facebook, ayant suscité l’émoi de la communauté internationale, clairement définis et inscrits dans son livre blanc sont objectivement de :

« Favoriser le développement d’une devise et d’une infrastructure financière mondiale simple au service de milliards de personnes (…) et de développer à terme des services financiers innovants et responsables ».

Les arguments marketing présentés par Mark Zuckerberg séduisent, notamment par cette perspective d’une inclusion financière d’une grande partie de la population mondiale qui n’a aujourd’hui pas accès à un compte bancaire et ni aux moyens de paiement. Les réalités liées au fonctionnement des GAFAM et l’idéologie qui les encadre conduisent à s’interroger sur ces oligopoles extrêmement puissants, si bien qu’internet est devenu aujourd’hui un champ de compétition acharnée entre entreprises multinationales, institutions politiques et groupes sociaux qui se battent pour la distribution du pouvoir.

La monnaie pour les GAFAM est le levier ultime d’un capitalisme fondé sur le business de la collecte de données et d’échanges de biens informationnels. La monnaie serait ainsi un moyen d’extraire encore plus de données, des données plus fines sur les personnes en accédant aux transactions et à l’historique de ces transactions.  La question de la privatisation de la monnaie combinée à la puissance des oligopoles conduit à s’interroger sur les questions de souveraineté politique et d’enjeux en termes de régulation.

L’émergence d’un système polyculturel monétaire

« L’idée de priver totalement un gouvernement de son monopole ancestral sur la monnaie demeure inquiétante pour la plupart des gens pour avoir quelque chance d’être mise en œuvre dans un futur proche. Mais je n’ai maintenant aucun doute que le secteur privé, s’il n’en avait pas été empêché par l’état, aurait depuis fort longtemps fourni au public un choix de monnaies diverses. Les monnaies qui auraient prévalu grâce au processus de concurrence auraient fondamentalement eu un pouvoir d’achat stable et auraient empêché tant la stimulation excessive de l’investissement que les récessions qui leur sont consécutives. Le projet vise donc à imposer aux institutions des missions monétaires, une discipline amplement nécessaire, en rendant impossible pour elles la mise en circulation sur une longue période d’une monnaie significativement moins digne de confiance et moins utilisable que les autres. Dès que le grand public se sera familiarisé avec les possibilités offertes, tous les errements par lesquels une monnaie de moindre qualité peut être offerte seront immédiatement sanctionnés par la substitution rapide de la monnaie en question par d’autres. »

Friedrich A. HAYEK, extrait « Pour une vraie concurrence des monnaies » (1976)

Comment garantir la stabilité monétaire ?

En 1976, Hayek défend le principe de l’émission de monnaies privées concurrentes comme étant « le futur de la civilisation », l’avenir de la société libre, le marché et les vertus de la concurrence se chargeant de produire ainsi un « écrémage », pour ne conserver que celles qui répondent le mieux aux attentes et aux besoins.

L’économiste Bernard Lietaer propose un modèle différent à cette question, un modèle fondé sur la polyculture monétaire. Chaque monnaie a un usage spécifique et crée les conditions d’un équilibre plus sain des systèmes monétaires. La réflexion de Bernard Lietaer s’inscrit sur la nécessité d’une concurrence monétaire comme frein au danger de la monoculture monétaire et la création d’un écosystème avec des usages différents, des vélocités différentes et par conséquent moins sensibles aux crises.

La concurrence monétaire y compris au sein des cryptomonnaies produirait ainsi les conditions d’apparition d’un nouvel écosystème, une coexistence monétaire selon les usages, induisant une complémentarité entre les monnaies publiques et les monnaies privés. Une complémentarité qui ne remettrait pas en cause les fondements de la monnaie qui restent intacts, à savoir la confiance.

Économie de la confiance

La monnaie n’est acceptée que si et seulement si elle bénéficie d’une solide confiance et conserve sa valeur. Cette notion prend tout son sens à l’ère numérique et ses fondements resteront immuables quelle que soit sa forme à l’avenir. Le Bitcoin a ainsi pris ses racines dans la défiance vis-à-vis du système bancaire et financier qui a engrangé une crise grave en 2008.  Il s’agit désormais de fonder la confiance sur la monnaie non plus sur les institutions mais sur une technologie, des algorithmes et l’infaillibilité de la cryptographie : faire confiance à la robustesse des mathématiques.

L’objectif du protocole Bitcoin est d’avoir un Processus d’information qui soit transparent, décentralisé, infalsifiable, indéchiffrable et Inviolable grâce aux propriétés de la cryptographie.  10 ans plus tard, ces devises de protestations sont devenues pour beaucoup des instruments de spéculation. L’engouement pour ce type d’actif trouve sa source dans des perspectives de rentabilité qui se sont amoindries en raison du contexte de taux d’intérêts historiquement très bas. Là où le Bitcoin a été conçu comme un moyen de paiement, il en devient un instrument de spéculation.

Enjeux d’une bataille technologique

L’avance technologique des GAFAM

Comment accélérer la cadence en Europe sur les devises 2.0 face à l’avance et la domination technologique des GAFAM ? « L’Europe a pris du retard dans cette compétition. L’absence d’intégration des paiements en Europe signifie que les prestataires étrangers ont pris de l’avance, ce qui n’est pas sans risques » insiste Christine Lagarde. Amazon Web Services (AWS) a été le premier à proposer la solution de « cloud computing » devenue aujourd’hui la plus utilisée dans le monde. Amazon et Microsoft contrôlent la moitié du marché et génèrent à eux seuls un Chiffre d’Affaires de 60 Md$ en 2020.

La souveraineté numérique met en évidence la nécessité pour la France et l’Europe de faire émerger de nouveaux acteurs technologiques pour contrer les risques d’ingérence de puissances étrangères, de dépendance des États face à des géants technologiques extra-européens.

Le développement d’une monnaie numérique n’a de sens en effet que par un affranchissement de toute dépendance technologique étrangère, pour une protection effective de la souveraineté numérique.  L’accélération de la cadence technologique implique le recours des acteurs français et européens afin de leur permettre d’atteindre des niveaux de puissance technique, à commencer par les banques d’Etat au risque de rater le tournant de la révolution numérique nouvelle génération.

L’avance technologique de la Chine

Tandis que l’Europe explore, la Chine avance à grands pas dans le déploiement de sa monnaie numérique, poussée par les défis économiques causés par la crise sanitaire. L’heure est désormais au lancement de programmes pilotes dans plusieurs grandes villes de Chine afin de tester la fiabilité, la stabilité et la disponibilité du système ainsi que la gestion des risques liés à la monnaie.

Le Yuan numérique ne repose pas sur la technologie blockchain mais sur une technologie dite de registre distribué (Distribute Ledger Technologies) inspiré de la blockchain mais doté d’une infrastructure centralisée et souveraine permettant un contrôle intégral par un gouvernement central. Cette technologie est le résultat de quatre années de recherches tenant à régler la contradiction entre la technologie blockchain et les principes de la monnaie nationale chinoise, centralisée et réglementée.

Dernière avancée, l’alliance de la Chine avec système de paiement interbancaire SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication) et la création de l’entité Finance Gateway Information Service enregistrée à Pékin en Janvier 2021. Le déploiement à l’international est en route, menaçant l’hégémonie du dollar.

“Pendant que nous débattons, le reste du monde n’attend pas. La Chine se prépare activement à lancer dans les mois qui viennent des idées similaires” – Mark Zuckerberg devant le Congrès Américain le 23 Octobre 2019.

Pour une innovation du système monétaire international

Le principe de la souveraineté politique et l’idée même du symbole politique semblent nettement remis en question par l’émergence des cryptomonnaies et par-delà de l’émergence d’un nouveau paradigme prédit par Engels, tirant les conclusions de son analyse historique : « Le gouvernement des personnes fait place à l’administration des choses. »

Le secteur privé continuera ainsi d’innover. L’ère du numérique porte une accélération plus rapide et imprévisible des besoins et des attentes, besoins qui pourraient nécessiter dans le futur de nouvelles formes de monnaies.

L’approche de l’innovation est éminemment culturelle

Lorsque la Chine y décèle une menace quant à la capacité de contrôle sur les individus et son contrôle des changes, la France y voit avec bienveillance une opportunité alimentée par une volonté de ne pas rater une nouvelle fois le virage de l’innovation et de la transformation. Les Etats-Unis possèdent cette culture de l’innovation qui reste néanmoins empreinte d’hésitation, les autorités monétaires, financières fédérales et nationales tenant des discours discordants.

La Chine et la Russie ont fait le choix d’interdire voire de limiter l’utilisation des cryptomonnaies sur leur territoire : « Le législateur définit ainsi la cryptomonnaie comme un moyen de paiement, d’épargne ou d’investissement, mais qu’il interdit d’y recourir pour acquérir des biens ou des services en Russie. »

Au-delà des débats autour de la légitimité de l’action des états sur la monnaie, les cryptomonnaies nous renvoient au fondement de la monnaie, la confiance. Une confiance qui ne pourra être portée que par un système de régulation transnational, par opposition à une action de contrainte ou de laisser-faire intégral :

  • Une régulation qui restera essentielle pour garantir la stabilité et le bon fonctionnement du système monétaire.
  • Une régulation qui supposera l’existence de règles du jeu admises dans l’intérêt commun et d’institutions compétentes de les faire respecter.

Le secteur privé est à même d’innover et de prendre les risques inhérents à cette innovation, à charge pour le secteur public de veiller à ce que ces risques ne se répercutent ni sur les utilisateurs, ni sur le système financier par l’instauration d’une situation de monopole voire d’anarchie. L’enjeu de la régulation est de pouvoir allier, dans un cadre légal solide, la promotion de l’innovation, la protection et la vie privée des consommateurs, la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme ainsi que la stabilité et la résilience.

« Même activité, mêmes risques, mêmes règles »

La monnaie de banque centrale restera essentielle afin de garantir l’interopérabilité, la stabilité, par conséquent la confiance dans les autres formes de monnaie, tout en permettant leur évolution et leur diversité. Enfin, une régulation n’aura de sens que dans un cadre unifié, harmonisé et transnational à l’image d’une technologie par essence universelle. Or comment définir un ordre monétaire international qui soit à la fois multilatéral et polycentrique ?

  • Polycentrique au travers de zones monétaires régionales avec potentiellement une monnaie dominante de référence au sein d’une zone qui aurait une influence large.
  • Multilatéral par opposition à un unilatéralisme porté par un avantage exorbitant d’une devise-clé.

Or il ne peut y avoir de système polycentrique avec un Fonds Monétaire International définit selon les rapports de force de Bretton Woods. L’innovation du système monétaire international comme moteur de stabilité et de croissance universel ne pourra se soustraire d’un remodelage des pouvoirs au sein du FMI comme organe de gouvernance mondial, sa coexistence avec des zones monétaires régionales ouvertes et souples et une coexistence de monnaies publiques et privées.

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  • Bibliographie
  1. Friedrich HAYEK, Pour une vraie concurrence des monnaies, Paris, PUF, 1976.
  2. Mark ALIZART, Informatique Céleste, Paris, PUF, 2017.
  3. Mark ALIZART, Cryptocommunisme, Paris, PUF, 2019.
  4. Joseph SCHUMPETER, Capitalisme, socialisme et démocratie, Paris, Petite Collection Payot, 1951.
  5. Bernard LIETAER, The Future of Money: Creating New Wealth, Work and a Wiser World, Century , 2002. 
  6. David CHAUM, Advances in Cryptology: Proceedings of Crypto 82, 2013.
  • Audio
  1. Épisodes 1 à 3 : Histoire et pouvoir de la monnaie.
  2. Bitcoin : la prophétie de Friedrich Hayek.
  • Articles
  1. Bitcoin contre euro numérique : « Une nouvelle guerre des monnaies se profile », par Christian de BOISSIEU – 07/01/2021.
  2. L’avenir de la monnaie, un double enjeu d’innovation et de confiance, Article de Christine Lagarde, présidente de la BCE – 30/11/2020.
  • Europe
  1.  Résolution du Parlement européen du 8 octobre 2020 contenant des recommandations à la Commission concernant la finance numérique : risques émergents dans les crypto-actifs – défis liés à la réglementation et à la surveillance dans le domaine des services, institutions et marchés financiers (2020/2034(INL).
  2.  Avis de l’AEMF intitulé « Initial Coin Offerings and Crypto-Assets » (Offre initiale de jetons et crypto-actifs.
  3.   Rapport de l’ABE du 9 janvier 2019 contenant un avis à l’intention de la Commission européenne sur les crypto-a

source:https://www.ege.fr/infoguerre/

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