Érythrée: zone grise en mer Rouge

Après une paix signée précipitamment avec l’Ethiopie (juillet 2018; sous l’impulsion des pays du Golfe), l’Érythrée a décidé de rejoindre l’Organisation de la mer Rouge et du Golfe d’Aden…Le 6 janvier 2020. Cet événement intervient un an après la création, sous l’égide de l’Arabie saoudite en décembre 2018, d’une alliance économique/sécurité, composée par l’Arabie-saoudite, l’Egypte, le Soudan, Djibouti, le Yémen, la Jordanie et la Somalie.

Pourquoi l’Érythrée est-elle incontournable dans le contexte des activités futures régionales ?

Tout d’abord, ses frontières maritimes forment une porte-verrou vers la mer Rouge. Cette dernière, anciennement nommée mer Érythrée, s’étale sur 450 000 km2; elle constitue un corridor étroit, dont la construction du Canal de Suez en 1869 a permis non seulement de créer un raccourci vers la route des épices, mais aussi d’en faire une des voies de navigations les plus stratégiques du monde.

Ensuite, du fait de sa position, l’Érythrée peut contrôler l’accès au détroit de Bab El Mandeb (la « porte des lamentations ») et ses nombreux ponts de connexions vers les ensembles géoeconomiques importants qui depuis la Méditerranée, l’Asie et l’Afrique constitueront les étapes de la « Route de la Soie ». Forte de ses 1150 km de côtes (continentales), elle est idéalement située au centre des enjeux économiques, énergétiques et militaires des grandes puissances mais aussi des pays émergents:

– Gestion de la Corne africaine, zone enclavée, portée par le boom économique du géant éthiopien.

– Au cœur des enjeux de délimitation des frontières maritimes, dans le cadre de prochaines explorations offshore gazières et pétrolières, dont les premiers relevés indiquent des indices prometteurs, pour l’ensemble des pays riverains.

Oil and Gas Journal 1997

– Exploitations minières or, zinc, cuivre et potasse sous exploitées (cf projet très attendu de Colluli)

– Contrôle d’une ligne côtière, avec la construction de complexes portuaires en eaux profondes (civilo-militaires), de centres logistiques, à l’instar d’Assab où DP World (Émirats) investit d’énormes moyens qui permettront de répondre aux normes internationales (capable de rivaliser avec Djibouti), ou Massawa (désengorgement des ports voisins; cf Djibouti).

Enfin, cette bande maritime qui creuse une artère centrale dans la Corne africaine est historiquement une plateforme, un point d’appui inévitable, d’échanges et de liaisons, tant pour le commerce international que le déploiement lors de conflits (cf le périple de la mer Érythrée, Ier siècle, décrite par les explorateurs grecs; conquête Ethiopie 19e; guerre au Yémen), permettant de se déplacer rapidement d’un espace à l’autre. 

L’ Organisation de la mer Rouge et du Golfe d’Aden ne pouvait se construire sans la participation d’Asmara, qui malgré ses rancœurs contre la communauté internationale (dûes à l’arbitrage en faveur de l’Éthiopie concernant la délimitation de ses frontières; différend enclave de Badmé + tracé flou autour), accepte aujourd’hui de se débarrasser de son manteau d’Etat paria (sous sanctions), en négociant directement avec ses alliés et voisins du Golfe.


Auteur : LAYLA

https://laylamind.home.blog/2020/01/08/erythree-zone-grise-en-mer-rouge/amp/

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