Décolonisation des noms de rue, un processus s’est enclenché en Afrique

Présidents français «débarqués» des rues d’Abidjan, une opération «décolonisation» controversée.

Le 4 juin dernier, le plus grand boulevard d’Abidjan et l’un des trois ponts en service de la ville, tous deux aux noms d’anciens chefs d’État français, ont été rebaptisés d’après des héros panafricanistes. Ces actes portent la marque de l’activiste franco-béninois Kémi Séba, en croisade ces dernières années contre le «néocolonialisme français».

Dans la nuit du 4 au 5 juin, des individus ont rebaptisé un pont et plusieurs avenues de la capitale économique ivoirienne, qui portent les noms d’anciens dirigeants et autres personnalités françaises.

Le pont Général de Gaulle qui enjambe la lagune Ebrié et relie Abidjan Sud à Abidjan  et le boulevard Valéry Giscard d’Estaing (long de 8 km et large de 100 mètres, qui traverse tout Abidjan Sud) sont ainsi respectivement devenus le «pont Biaka Boda» et le «boulevard Thomas Sankara».

Le boulevard Valéry Giscard d'Estaing rebaptisé «boulevard Thomas Sankara»

© SPUTNIK . ROLAND KLOHILe boulevard Valéry Giscard d’Estaing rebaptisé «boulevard Thomas Sankara»

Dans une vidéo postée le 5 juin sur le compte YouTube de Kémi Séba, on peut voir des hommes aux visages floutés, à l’œuvre dans les rues de plusieurs communes d’Abidjan dont Cocody et Marcory. En pleine nuit, ces derniers, armés de bombes de peinture, ont effacé les noms des personnalités françaises sur les plaques de rue, pour les remplacer par ceux de leaders panafricains.

L’Ivoirien Victor Biaka Boda (ancien sénateur, mort en 1950 à 37 ans) et le Burkinabè Thomas Sankara (ancien chef d’État, mort le 15 octobre 1987, à 38 ans) sont des figures emblématiques du panafricanisme. Ces deux hommes politiques ont en commun que leur assassinat est perçu, par une partie de l’opinion publique africaine, comme ayant été commandité par des responsables français.

Sur la toile, ces changements inopinés de noms ont été dénoncés par des internautes pour leur «incivisme», alors que d’autres les ont salués.

​Pour l’heure, les autorités ivoiriennes n’ont pas réagi. Et les plaques taguées demeurent en l’état.

Ces actes –qui ne sont pas sans rappeler la fois où, en marge de la visite du Président français Emmanuel Macron en novembre 2017 au Burkina Faso, des jeunes ont symboliquement débaptisé l’avenue Charles de Gaulle de Ouagadougou (la plus grande de la ville) pour lui donner le nom de «boulevard Thomas Sankara»– sont l’œuvre d’activistes inspirés par le militant Kémi Séba.

En effet, dans une précédente vidéo postée le 30 mai sur son compte YouTube, le franco-béninois Kémi Séba, créateur du Front anti-CFA et président de l’ONG Urgences panafricanistes, a lancé une campagne qui vise à «décoloniser les rues» de toute l’Afrique francophone.

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«Nous (l’ONG Urgences panafricanistes) offrons une bourse panafricaniste de 10.000 euros qui sera délivrée le 5 août à la personne ou au groupe de personnes qui débaptisera le plus grand nombre de rues portant des noms coloniaux», a-t-il déclaré.

​Pour cet activiste persona non grata dans de nombreux pays africains, dont la Côte d’Ivoire, en raison de son engagement et de ses actions jugées controversés et outrageantes, ces «noms de personnes impliquées directement dans la colonisation en Afrique ou dans la néocolonisation, sont des symboles installés par la République française pour avoir une influence sur la psychologie de la population africaine».

Les soutiens de Kémi Séba après la décision du tribunal de relâcher l’activiste, le 29 août 2017.

© AFP 2020 SEYLLOUKémi Séba: «Mes expulsions reflètent toutes les tares de la Françafrique»Toujours dans cette vidéo, Kémi Séba n’a pas manqué de fustiger une nouvelle fois «le bras financier de la françafrique»: le franc CFA. Il considère comme une «arnaque» le remplacement annoncé de cette monnaie par l’Eco.

Par ailleurs, dans la vidéo mise en ligne le 5 juin, il a annoncé un «été très chaud pour Emmanuel Macron et tous les apôtres de la néocolonisation».

Ces dernières années, les actions initiées par Kémi Séba et d’autres personnalités comme Nathalie Yamb (conseillère exécutive de Mamadou Koulibaly, candidat à la présidentielle ivoirienne d’octobre 2020), ont occasionné des remous dans certains pays africains au point que le Président Emmanuel Macron a évoqué un développement du «sentiment antifrançais» dans des pays africains.

Forum Russie-Afrique à Sotchi

© SPUTNIK . EKATERINA LIZOVANathalie Yamb, nouvelle héroïne de la libération de l’Afrique depuis le sommet de SotchiMais pour certains analystes comme l’Ivoirien Sylvain Nguessan, directeur de l’Institut de stratégies d’Abidjan, «il n’est pas exact de parler de sentiment antifrançais en Afrique».

«Il existe une réalité, c’est que les nouvelles générations africaines sont pour davantage d’autonomie sur les questions politiques, économiques et d’orientation stratégique de leur pays. Pour ces nouvelles générations, les États africains ne devraient plus dépendre d’une façon ou d’une autre de Paris. Toutefois, réclamer plus d’autonomie revient à remettre en cause certaines clauses en termes notamment de collaboration économique et militaire avec la France», avait-il déclaré lors d’un entretien accordé à Sputnik en décembre 2019

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