Côte d’Ivoire : le 3e mandat de Ouattara se complique


A trois mois de l’élection présidentielle, la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP), saisie par l’opposition ivoirienne, a estimé que la mise en place des commissions électorales locales en Côte d’Ivoire était déséquilibrée en faveur du parti au pouvoir, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).
Dans un arrêt rendu le 15 juillet, la CADHP basée à Arusha a jugé que l’État de Côte d’Ivoire avait « violé son obligation de créer un organe électoral indépendant et impartial et, par voie de conséquence, son obligation de protéger les droits des citoyens de participer librement à la direction des affaires publiques de leur pays ainsi que le droit à une égale protection de la loi. »
Saisie depuis le 10 septembre d’une requête en contestation de l’indépendance et de l’impartialité de la Commission électorale, la Cour a ordonné à l’Etat défendeur « de modifier la loi sur la Commission Electorale Indépendante pour la rendre conforme aux instruments pertinents des droits de l’Homme auxquels il est partie. »
La Côte d’Ivoire doit prendre les mesures pour une Commission électorale plus représentative
La Cour constate « un déséquilibre manifeste du nombre de présidences des Commissions électorales locales proposé par le parti au pouvoir, suite aux élections du Bureau » et reproche à la Côte d’Ivoire de n’avoir « pas respecté les articles 17 de la Charte africaine sur la démocratie, les élections et la gouvernance (la CADEG) et 3 du Protocole de la CEDEAO sur la démocratie. »
La Cour ordonne donc à la Côte d’Ivoire « de prendre les mesures nécessaires pour garantir que de nouvelles élections du Bureau fondées sur la nouvelle composition de l’organe électoral soient organisées aux niveaux locaux. » Elle déplore aussi « l’absence d’un mécanisme garantissant que le processus de nomination des membres de l’organe électoral par les partis politiques, notamment les partis d’opposition et les OSC, soit piloté par ces entités. » C’est ainsi que la Côte d’Ivoire se voit reprocher de n’avoir pas rempli son obligation « de veiller à ce que l’organe électoral jouisse de la confiance des acteurs et protagonistes de la vie politique, comme le prescrit l’article 3 du Protocole de la CEDEAO sur la démocratie. »
L’État défendeur devra lui faire rapport des mesures prises dans un délai de trois mois.
Emmanuel Macron hostile à un 3e mandat d’Alassane Ouattara
Parallèlement, selon nos confrères de Mediapart, le Président français aurait dépêché à Abidjan son ministre des Affaires Etrangères Jean-Yves Le Drian pour notifier à Alassane Ouattara l’hostilité de la France à un troisième mandat, dans le contexte régional instable de guerre contre les groupes armés djihadistes.
Venu pour les obsèques du Premier ministre et dauphin désigné du Président Ouattara, Amadou Gon Coulibaly, le ministre français des Affaires Etrangères s’est entretenu en tête à tête avec le Président ivoirien pour lui transmettre le message d’Emmanuel Macron qui recommande au Président Ouattara de renoncer à ce projet, né de la disparition prématurée du candidat désigné par le parti au pouvoir..
https://mondafrique.com/cote-divoire-les-tourments-dalassane-ouattara/
La France redoute une crise politique électorale en Côte d’Ivoire, avec la mise au ban de Guillaume Soro contraint à l’exil en France, alors que la Guinée Conakry voisine s’achemine déjà vers le même scénario avec la volonté d’Alpha Condé de se représenter envers et contre tout.

Nathalie Prevost

Mondafrique

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