Côte d’Ivoire: La voie ouverte pour une réforme constitutionnelle

À moins d’un an de la présidentielle, le scénario se précise avec à la clé une réforme de la Constitution voulue par le président Ouattara. 

Le chef de l’État ivoirien qui s’adressait aux diplomates et corps constitués ce lundi 6 janvier à l’occasion de la présentation des vœux du nouvel an à la salle des pas perdus du palais présidentiel d’Abidjan a annoncé qu’il soumettra au Parlement des modifications de la Constitution dans le courant du premier trimestre 2020. Objectif : « la rendre plus cohérente » et « tenir compte des observations que j’ai reçues depuis lors du comité de rédaction de la constitution », a déclaré Alassane Ouattara.

Ambiance de pré-campagne électorale

Alors que la présidentielle de 2020 doit se tenir au mois d’octobre – dix ans après la terrible crise postélectorale de 2010-2011 qui fit 3 000 morts – la tension est montée d’un cran en décembre, quand le premier candidat déclaré, Guillaume Soro, s’est vu accuser par la justice de son pays d’avoir préparé « une insurrection civile et militaire » pour s’emparer du pouvoir. Dans ce contexte, le président Ouattara se veut rassurant, notamment sur les intentions d’exclusion. « Je voudrais rassurer les uns et les autres qu’il ne s’agit pas de caler qui que ce soit. Comme je l’ai dit, tout le monde pourra être candidat. Je viens d’avoir 78 ans, donc, je ne compte exclure personne y compris moi-même », a assuré le chef de l’État ivoirien.

Le suspense de Ouattara

Alassane Ouattara continue ainsi de faire durer le suspense sur sa candidature à la prochaine présidentielle. À ce propos, il avait déjà déclaré que « la Côte d’Ivoire appartient aux prochaines générations. Mais comme je vois des hésitations au niveau de certains de ma génération, c’est pour ça que je n’ai pas annoncé ma décision. Mais soyez rassurés, mon intention est bien de transférer le pouvoir à une nouvelle génération, a assuré le président ivoirien. Mais, mais, mais… Attention ! Je veux que tous ceux de ma génération comprennent que notre temps est passé. Et que nous devons tous nous mettre de côté. Alors si eux décident d’être candidats, je serai candidat ! » Un avertissement lancé à son grand rival Henri Konan Bédié âgé de 85 ans. Les deux principaux partis politiques, le Rassemblement des républicains (RDR) de Ouattara, l’actuel chef de l’État en fin de mandat, et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié, alliés pendant l’élection de 2010, sont désormais à couteaux tirés. Quant au Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo, il doit encore gérer un éventuel procès en appel à La Haye.

L’opposition conteste

Pour l’heure, aucune information n’a été donnée sur les modifications constitutionnelles envisagées. La Constitution de 2016 limite en effet à deux le nombre de mandats successifs possibles pour un président. Or, cette disposition est sujette à interprétation. Alassane Ouattara soutient que ses deux premiers mandats ne comptent pas et qu’il est en droit d’en briguer deux autres. « La modification de la Constitution doit être un processus qui dépend de l’opinion. Nous avons une Constitution depuis 2016. On l’a pratiquée. Il est clair qu’il y a des choses qu’il faut modifier dans la Constitution, mais ce n’est pas pour recaler des candidats. Non », avait-il déclaré en août dernier.

L’opposition a mis en garde le pouvoir contre une réforme constitutionnelle qui limiterait l’âge des candidats, ce qui pourrait avoir pour effet d’éliminer de la course ses rivaux historiques, les ex-présidents Laurent Gbagbo, 74 ans, et Henri Konan Bédié, 85 ans, mais aussi Alassane Ouattara. Rappelons que la Constitution modifiée et adoptée en 2016 a fait sauter le verrou de l’âge.

En route vers 2020

Pour le chef de l’État, « les réformes institutionnelles vont se poursuivre cette année pour consolider davantage l’État de droit et rapprocher les institutions des concitoyens ». « Toutes les conditions sont désormais réunies pour que l’élection présidentielle à venir soit transparente, juste, ouverte et également apaisée », a répété le chef de l’État ivoirien. Affichant son assurance, il a affirmé que « la paix, la stabilité et la cohésion sociale auxquelles nous sommes parvenus sont désormais irréversibles ». Avant lui, plusieurs sources locales rapportent que le doyen du corps diplomatique en Côte d’Ivoire, Paulus Borgia s’est officiellement exprimé à propos des derniers développements de l’actualité politique dans le pays. « Nous faisons appel à la capacité des acteurs politiques pour qu’un climat de paix entoure les élections de 2020 », aurait déclaré le diplomate, qui a aussi souhaité la tenue d’élections « sans peur » dans le pays. Selon Abidjan.net, Mgr Paulus Borgia a aussi ajouté que « les populations ne souhaitent guère revivre les peurs des tensions politico-militaires avec leurs effets néfastes de conflits inter-ethniques fragilisant la confiance dans les institutions et ouvrant la voie à des formes d’auto-justice » a-t-il conclu.

Sur les préparatifs du scrutin présidentiel de 2020, Alassane Ouattara assure aussi qu’ils se déroulent « normalement ». « La loi portant recomposition de la commission électorale indépendante a été promulguée le 6 août 2019. Les 15 membres de la commission centrale ont prêté serment le 27 septembre 2019 et les commissions électorales locales ont été installées », a expliqué Alassane Ouattara, annonçant une rencontre prévue pour ce mois de janvier entre le gouvernement, les partis politiques et la société civile avant de finaliser le Code électoral.

Le Point Afrique

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