Souleymane Diallo, président de l’Association Otra-Africa : «Condé et Ouattara ne doivent plus siéger à la Cedeao»

Souleymane Diallo a fait plus de 20 ans en Europe. Raison pour laquelle, le président de l’Association internationale Otra Africa fustige la politique étrangère du Sénégal vis-à-vis des Sénégalais de l’extérieur. Dans cet entretien, M. Diallo, dirigeant de cette Ong, présente dans la sous-région, appelle les chefs d’Etat de la Cedeao à ne plus accepter les promoteurs de 3ème mandat en son sein.

Quelle est la situation des Sénégalais de la diaspora ?
Les Sénégalais de la diaspora sont dans une situation très difficile, voire lamentable parce qu’il y a un manque d’assistance réel de la part de l’Etat du Sénégal. A chaque fois que nous entendons parler des Sénégalais de la diaspora, c’est quand il y a mort d’homme.
Pourtant, il y a beaucoup de Sénégalais en prison, des Sénégalais malades, des Sénégalais dans des conditions administratives extrêmement difficiles qui demanderaient l’assistance de l’Etat du Sénégal. Malheureusement, ils ne sont ni suivis ni écoutés et ils n’ont aucun contact avec les autorités consulaires de l’extérieur. C’est vraiment déplorable qu’il n’y ait pas une politique affichée par rapport aux Sénégalais de la diaspora.
Avez-vous des chiffres sur le nombre de Sénégalais en difficulté à l’extérieur ?
Nous avons des laboratoires de recherches qui travaillent sur ça actuellement. Pour l’instant, on ne peut pas s’aventurer à donner des chiffres. On parle de 5 millions de Sénégalais de la diaspora. Nous avons très tôt demandé le recensement des Sénégalais de l’extérieur.
Nous reconnaissons que ce n’est pas une opération facile parce que les Sénégalais sont un peu éparpillés dans le monde. Si nous voulons les recenser, il faudrait faire en sorte que les commissions puissent être à la disposition des Sénégalais.
Les Sénégalais sont en Kalahari, en Sibérie, dans l’Arabie, en Europe, en Asie et un peu partout dans le monde. Ils ont droit à être recensés. Il faut un dispositif assez huilé et efficace pour faire ce recensement et avoir un chiffre réel des Sénégalais à l’extérieur. Il ne s’agit pas seulement de faire sortir le nombre de Sénégalais par pays. Il est important de se référer aux compétences des Sénégalais, savoir ce qu’ils font à l’extérieur, c’est-à-dire où ils sont et ce qu’ils font.

Est-ce que le Covid-19 a exacerbé la situation des Sénégalais de la diaspora ?
Nous avons beaucoup souffert du Covid-19. Au début, nous étions surnommés au Sénégal les «papas-Covid». Nous avons subi cette stigmatisation. Certains pensent que le Covid est entré au Sénégal à cause des Sénégalais de l’extérieur au regard de ce qui s’est passé à Touba. Nous souffrons plus que ceux qui sont au pays.
Une grande majorité des Sénégalais de l’extérieur s’active dans le commerce ambulant. S’il n’y a pas de contact dans la rue, il n’y a pas d’affaires. Durant ces 3 mois, beaucoup de nos compatriotes n’ont pas eu d’activités rentables pour subvenir à leurs propres besoins, a fortiori ceux de leurs familles restées au pays. Les Sénégalais de la diaspora ont plus souffert de cette pandémie.
Néanmoins, il faut saluer les efforts de l’Etat du Sénégal de mettre à leur disposition des fonds. Mais ces fonds ne peuvent pas régler le problème. D’ailleurs, ces fonds ont plus divisé la diaspora en lieu et place d’une solution. Ces fonds auraient dû être gérés autrement. Les commissions ont été mises en place parfois dans les ambassades avec des fonctionnaires et des diplomates, qui sont de loin en contact avec les Sénégalais. Malheureusement, ils ne connaissent pas la réalité du terrain.

En tant qu’organisation présente dans la sous-région ouest-africaine, êtes-vous convaincu par la gestion des chefs d’Etat des pays membres de la Cedeao du cas du Mali ?
Il faut dire qu’au Mali, il y avait des étincelles. On voyait venir. Finalement, les militaires sont venus débarquer un Président démocratiquement élu. Nous dénonçons cela. Il faut cesser avec cette image que l’on colle à l’Afrique : les coups d’Etat, la famine, les guerres, la prostitution, les 3èmes mandats, l’insécurité… Il faut cesser avec cette étiquette.
Nous, à l’extérieur, nous nous battons pour donner une image positive à l’Afrique. Il faudrait que les Africains s’engagent aussi dans cette dynamique. Pour la Cedeao, je trouve dommage qu’on la qualifie de syndicat de chefs d’Etat. C’est à cause de leur attitude aussi.
La Cedeao doit revoir ses mécanismes de fonctionnement. Les chefs d’Etat doivent se dire la vérité. Aujourd’hui, je pense qu’il est intolérable d’accepter Alpha Condé et Alassane Ouattara dans une réunion de la Cedeao. Ils ne doivent plus siéger à la Cedeao. Tous les deux n’ont plus de place dans une réunion de la Cedeao.
Si la Cedeao a eu à aller chercher Yahya Jammeh en Gambie, le faire exiler par la force, elle doit avoir la même sincérité de dire à Ouattara et Condé : «Basta.» Ouattara, qui était un sage africain, une icône, ne devait pas revenir sur sa parole. La Cedeao sanctionne le Mali à travers Alpha Condé et Alassane Ouattara, qui ont piétiné les principes démocratiques de leurs pays respectifs. C’est incohérent !

Au-delà des chefs d’Etat, combien de fois le parlement de la Cedeao a pris des décisions mais qui ne sont pas respectées ? Combien de fois la Cour de justice de la Cedeao a pris des arrêts mais que les Etats ne respectent pas ? Il y a des cas et même au Sénégal. La Cedeao doit revoir ses mécanismes de fonctionnement.

LeQuotidien.sn

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