Ces si âpres négociations à propos du grand barrage sur le Nil

Si l’Ethiopie veut tirer le maximum de profit du barrage de la Renaissance, l’Egypte et le Soudan veulent en limiter les inconvénients pour leurs populations.

Toujours pas d’accord, mais des « progrès ». C’est la conclusion d’une rencontre entre des responsables égyptiens, soudanais et éthiopiens réunis samedi et dimanche à Khartoum dans le cadre des négociations autour du barrage sur le Nil. « Des points de dispute subsistent entre les trois pays », a fait savoir à la presse Yasser Abbas, le ministre soudanais de l’Irrigation, comme le « remplissage du réservoir » et « l’utilisation du barrage ». Des sujets de discorde qui sont au cœur du conflit diplomatique entre l’Égypte et l’Éthiopie depuis 2012 et le début de la construction du grand barrage de la Renaissance (GERD).

Le Caire ne lâche rien

Principale crainte du Caire ? Une réduction du débit du Nil bleu due à la construction de la structure si le remplissage s’effectue trop rapidement. Selon les Nations unies, le fleuve fournit en effet 97 % des besoins en eau de l’Égypte, et ses rives abritent 95 % des quelque 100 millions d’habitants du pays. Le pays souffre en outre d’une crise de l’eau liée notamment à la surpopulation. De 35 millions en 1970, la population du pays est passée à environ 100 millions aujourd’hui. Des raisons qui, pour l’Égypte, justifient sa demande d’un « droit historique » sur le fleuve, garanti par une série de traités.

Mais les revendications égyptiennes peinent à trouver un écho. Car les discussions entre l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan, par lequel passe aussi le fleuve, sont bloquées depuis neuf ans. Les dernières négociations, début octobre, ont abouti à une impasse. Quand l’Égypte a plaidé pour que le lac de retenue du GERD soit rempli le plus lentement possible, sur une période de près de quinze ans, l’Éthiopie, par la voix de son ministre de l’Eau Gideon Asfaw, a proposé quatre à sept ans.

Un projet national

Si la position de l’Égypte est motivée par des considérations environnementales – mais aussi par souci d’influence sur la région –, l’Éthiopie, elle, porte un projet national. Car, devant les refus des bailleurs de fonds internationaux, le gouvernement s’est chargé, seul, du financement du barrage de 4 milliards de dollars. Des contributions spéciales ont ainsi été demandées aux fonctionnaires et à tous les Éthiopiens, et des bons dédiés ont été distribués. Globalement, presque tous les Éthiopiens peuvent dire avoir participé à la construction du GERD, de par la diminution des salaires opérée par les autorités. Les turbines et les équipements électriques sont, eux, financés par des banques chinoises.

Censée devenir la plus grande centrale hydroélectrique d’Afrique avec une production de 6 000 mégawatts, la structure devrait, d’après l’Éthiopie, produire de l’électricité d’ici à la fin 2020. Et sera complètement opérationnelle d’ici à 2022. Une perspective qui s’éloigne pourtant, à mesure que durent les négociations. La prochaine rencontre tripartite aura lieu les 2 et 3 janvier à Addis-Abeba. Soit une dizaine de jours avant la date butoir que s’étaient donnée les trois pays, le 15 janvier.


Le Point Afrique

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