« Protocole de l’Elysée »: Macky Sall, ce chef d’Etat « peu porté à défendre les intérêts nationaux »

Brûlot d’un ancien ministre : Macky Sall, son ancien PM, son frère et le « Protocole de l’Elysée »

Ancien ministre de l’Energie, donc chargé du Pétrole, et ancien patron de l’Autorité de régulation des télécommunications (Artp), Thierno Alassane Sall, quui a aussi été ministre des Infrastructures et des Transports terrestres et du Désenclavement, vient de publier un livre qui épingle dangereusement la gestion de Macky Sall, Président du Sénégal, et des proches ou parents.

« Petits meurtres » sur le dos du peuple, « gros deals ou scandales » sur le pétrole sénégalais, tout y passe. Ce livre que vient de publier l’ancien ministre du pétrole, et intitulé « Le Protocole de l’Elysée. Confidences d’un ancien ministre sénégalais du Pétrole », est parti pour être un long feuilleton où les langues vont se délier.

Dans ce contexte fortement marqué par la pandémie de Coronavirus, et où le Sénégal compte les infectés par centaines, Macky Sall et son régime avaient besoin de tout autre chose. Ce chef d’Etat sénégalais, « peu porté à défendre les intérêts nationaux », a des soucis à se faire. Car le Président Sall et son régime, dont la gestion du pétrole a été « catastrophique », ont véritablement du pain sur la planche.

Dans ce pamphlet de 496 pages, publié aux Editions Fauves, qui imprime une partie de la mémoire du Sénégal de ces dix dernières années, voire au-delà, Thierno Alassane Sall ratisse large : aviation civile, foncier, hydrocarbure. AFRIK.COM vous propose des extraits.
Thierno Alassane Sall, ancien ministre

«(…) J’arrivais aux grilles du Palais où siégeait jadis le Gouverneur-général de l’Afrique occidental sous domination française. La sentinelle était enveloppée de cet uniforme qui – signe révélateur ou simple faute de goût ? – rappelle la tenue des troupes supplétives des forces coloniales. A l’intérieur, dans la grande salle du Palais, je trouvais le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne installé dans un des salons, entouré des différentes personnalités invitées à cette cérémonie : le PDG de Total Patrick Pouyanné et ses différents collaborateurs dont Momar Nguer, le Secrétaire Permanent du COS Petrogaz… »

« Le Premier ministre me conduit à mon arrivée dans un autre coin de la même grande salle où j’avais rencontré, quelques jours avant, le couple présidentiel et Moustapha Diakhaté. Mahammed Boun Abdallah Dionne n’avait eu de cesse de m’envoyer des messages sur mon téléphone portable, jusque tard dans la nuit précédente, sans réponse de ma part. J’avais eu une conversation autour de 20h30 avec le Président qui venait s’assurer de ce que mes sentiments avaient évolué dans le «bon» sens. Ma position se cristallisait avec le temps, mon incompréhension devenant totale à mesure de l’insistance de mes deux chefs à agir en faveur de Total ».

« A 21h, à 0h59 puis à 1h14, le Premier ministre continuait à argumenter face à mon mutisme, se faisant l’avocat de Total au lieu que d’exiger de la société pétrolière de s’aligner sur les autres offres : « Sorry tu dors certainement. Momar (Nguer) m’a appelé. Ils sont arrivés. Ils m’ont expliqué le pas de 50 000 dus à la nature des permis UDO et Rufisque Offshore Profond qui nécessitent des investissements hautement plus importants que dans le cas des champs KOSMOS. TOTAL veut le même pas que CAIRN qui est de 50 000. Ils sont aussi d’accord pour le STOP COST de 65%, ce qui est un bon deal venant de 75% puis 70%. On peut y aller donc et signer tôt le matin avant de voir le Boss à 9h. PM ». Que répondre à cette obsession à sacrifier à Total notre bassin sédimentaire, aux conditions de la Firme ?».
Total gagne le marché bien que proposant beaucoup moins que les autres

« Faux également ! Mohammed Boun Abdallah Dionne s’accroche au bonus de signature parce qu’il n’a pas pris la peine d’étudier, dans le détail, les autres offres, par peur de voir combien la proposition de Total est, sur ce point aussi, faible comparativement aux autres. Le bonus de signature proposé par BP-Kosmos pour le seul bloc de Rufisque Offshore Profond est de 25 millions de dollars, là où Total est dans la logique de 5 millions par bloc, considérant l’UDO comme équivalent à 4 blocs ».

« Du reste, le bonus de signature ne vaut que lorsqu’on cherche à s’agripper désespérément à la moindre planche, pour sauver du naufrage en offshore profond la proposition de Total. Les différences dans le partage des ressources d’hydrocarbures potentielles sont si abyssales entre la proposition de Total et toutes les autres que le bonus de signature entre en compte de manière très marginale ».
Aliou Sall, frère de Macky Sall, dans le coup

« (…) Quand ces deux personnages prendront la parole dans le débat suite à ma démission, pour défendre les positions de Total, Timis et d’autres, ils oublieront d’éclairer les citoyens sur leurs intérêts personnels dans le secteur. En ce qui concerne Abdoul Aziz Mbaye, son éclairage aurait été déterminant sur l’évaporation mystérieuse du rapport de l’IGE sur l’affaire Petro-Tim. Directeur de cabinet de Macky Sall, il avait signé « pour le président de la République et par délégation » l’ordre de mission N°35/PR.CAB.IGE du 30 mai 2012 qui avait lancé l’enquête sur l’affaire Petro-Tim ».

« Aliou Sall, frère du Président, fut aussi obstiné à obtenir un avenant pour la société African Petroleum titulaire d’un permis sur le bloc Rufisque Offshore Profond, sans plus de succès entre la fin de l’année 2015 et le début 2016. Il (Aliou Sall) fera le pied de grue de mon domicile, m’envoyant de force des messages de son téléphone qui commençaient invariablement par «Brother». Je finis par me rendre et le recevoir à mon domicile à la suite de la médiation d’un de nos amis communs qui se trouvait être un voisin et un de ses collaborateurs à l’association des maires du Sénégal ».

« Il était, ce soir-là, accompagné d’un autre ancien DG de Petrosen, Djibril Amadou Kanouté. Ils s’attendaient sans doute à un accueil tiède après les difficultés à me rencontrer, je les mis à l’aise et ils parlèrent à leur guise. Fatalement dans ces cas-là, on finit par sortir le mot de trop. Kanouté avoua à un certain moment que si African Petroleum n’avait pas honoré ses obligations de travaux, c’était effectivement pour profiter des opérations pétrolières en cours dans les deux blocs de Sangomar et de Cayar… », a ainsi révélé l’ancien ministre ministre de l’Energie, Thierno Alassane Sall.

Daouda Ndour – Afrik.com –

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