Bertrand Zibi, le prisonnier d’Ali Bongo

Pour avoir désavoué publiquement Ali Bongo, Bertrand Zibi, ancien député, a été enlevé, battu, torturé, jeté enprison . À la suite d’une parodie de procès, il est condamné à six ans de détention. Voici le deuxième volet de notre enquête, signée Jocksy Ondo Louemba

Le 23 juillet 2016, Bertrand Zibi Abeghe qui doit adresser un discours flatteur, forcément, à Ali Bongo décide de passer outre et décide de lire un autre discours, le sien. Il commence par souhaiter la bienvenue à son hôte et à son épouse, mais très vite, il change de ton et interpelle Ali Bongo sur les conditions de vie des populations, la misère qui s’amplifie : « Depuis l’indépendance, rien n’a changé ici ». En fustigeant le projet d’hévéaculture, il ajoute : « Il eut été plus intéressant de planter autre chose que le caoutchouc ».

Après avoir rappelé les années de service loyal du régime Bongo, il termine en annonçant sa démission du Parti et de son poste de député. L’acte est inédit, c’est la première fois qu’un député de l’ancien Parti Unique ose défier ainsi Ali Bongo. Un Ali Bongo qui accuse le coup, mais qui ne compte pas en rester là.

Le martyre de Bertrand Zibi

Bien qu’ayant eu l’opportunité de quitter le Gabon, Bertrand Zibi, s’engage aux côtés de Jean Ping et bat campagne pour lui. Le 31 Août 2016, il se trouve au quartier général de Jean Ping alors que des émeutes éclatent après le coup de force électoral d’Ali Bongo qui obtient plus de voix qu’il n’y a d’inscrits dans la province du Haut Ogooué ! Dans la nuit, la Garde prétorienne d’Ali Bongo attaque le quartier général de Jean Ping

Au cours de l’assaut contre le QG de Jean Ping où sont réunis ses partisans, une équipe spéciale est chargée d’enlever Berrtand Zibi, puis atrocement torturé, plongé dans une fosse sceptique. Le tout à deux pas du Palais d’Ali Bongo.

Un procès stalinien

Une « perquisition » filmée par la télévision dans le chantier de sa maison montre la « découverte » d’un fusil caché sous un morceau de tôle! Accusé d’atteinte à la « sûreté de l’Etat », Il est jeté en prison où il est battu, humilié dans d’atroces conditions.

Lors de son procès, il dénonce lui-même les tortures qu’il a subi sans que cela ne fasse réagir le régime gabonais pourtant très soucieux de son image. Quant aux chefs d’accusations, notamment d’atteinte à la Sûreté de l’Etat, ils sont démontrés par des témoignages à charge délirants. Une victime affirme avoir eu le pied entièrement perforé au tournevis sous les ordres de Bertrand Zibi sans que cela ne laisse la moindre cicatrice!

Bertrand Zibi a été condamné en juillet 2019 à six ans de prison !

Un calvaire sans fin
Mais le calvaire de Bertrand Zibi continue alors que le code de procédure pénale, nouveau en son article 300 stipule : « Lorsque vous faites appel d’un jugement si vous n’êtes pas jugé dans les deux mois qui suivent la condamnation est réversible pour une mise en liberté provisoire » et que Bertrand Zibi ait fait appel, son dossier a été bloqué pendant près de deux ans en violation de toutes les lois du Gabon pour peu qu’elles existent et s’appliquent à Bertrand Zibi.
La cour d’appel que Bertrand Zibi Abeghe a saisi a fini par répondre, le 24 février 2020, qu’elle était incompétente…

Mondafrique

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