Arrestation du frère de Bouteflika: Un cas qui devrait donner à réfléchir

Un mois après la chute du président Abdelaziz Bouteflika du pouvoir, les autorités intérimaires ont engagé une opération mains propres qui, tel un rouleau compresseur, poursuit sa déferlante. En effet, après l’arrestation d’hommes d’affaires et autres anciens caciques, c’est au tour de Saïd Bouteflika, le petit frère de l’autre, d’être arrêté, le 4 mai dernier. Il n’est pas le seul. Deux ex-patrons des services secrets, que sont Mohamed Mediène et Bachir Tartarg, ont aussi été mis aux arrêts. On leur reproche d’avoir voulu instaurer l’état de siège ou d’exception pour contrecarrer les manifestations de rues qui réclamaient le départ de Boutef. Quant à Saïd Bouteflika, il est aussi accusé d’« usurpation de fonction » et de « faux et usage de faux » d’autant que celui qui passait pour le numéro un de l’ex-régime, n’avait, en réalité, aucune fonction officielle. On le présentait comme le conseiller du chef de l’Etat mais cela n’avait, en réalité, rien d’officiel. Voyez-vous ? Saïd Bouteflika était à l’Algérie ce que fut François Compaoré au Burkina Faso pendant les vingt-sept ans de règne de Blaise Compaoré, tant il faisait la pluie et le beau temps. Si bien que tous ces deux anciens petits présidents (Saïd et François) ont, aujourd’hui, maille à partir avec la justice de leurs pays respectifs. C’est le lieu donc d’en appeler à la responsabilité et à la clairvoyance des gouvernants africains dont la plupart n’ont pas compris que la meilleure manière de diriger un pays, c’est de tenir éloignées leur fratrie et leur progéniture du cercle du pouvoir. Car, les abus sont vite arrivés. En effet, si Karim Wade du Sénégal et Isabelle Dos Santos de l’Angola , pour ne citer que ces cas-là, ont connu des ennuis judiciaires, c’est parce que leurs pères respectifs, alors au pouvoir, les avaient élevés au rang de demiurges au point qu’ils se permettaient tout ou presque et cristallisaient l’attention du peuple.

Ces arrestations tous azimuts dégagent de fortes odeurs de populisme

Si François Compaoré a fui son pays où il est accusé de tous les péchés… du Burkina, c’est parce qu’il était au centre de la gestion du pouvoir de son frère. Et si aujourd’hui, Saïd Bouteflika se retrouve devant la Justice militaire, c’est parce que pendant longtemps, il était le maître du jeu de la dictature vermoulue de son frère qui, depuis 2013, était cloué dans un fauteuil roulant. Pouvait-il donc en être autrement ? Assurément, non ! Car comme le dit le philosophe, « nul ne gouverne innocemment ».
En tout cas, depuis qu’ont pris fonction les autorités de la transition, les têtes sont en train de tomber les unes après les autres en Algérie. Tout se passe, en effet, comme si le général Gaïd Salah avait engagé ce coup spectaculaire pour tenter de desserrer l’étau autour de lui, tant il passe, aux yeux de l’opinion et de la classe politique algériennes, pour le symbole même des dérives de Bouteflika. C’est dire que ces arrestations tous azimuts, dégagent de fortes odeurs de populisme puisqu’elles interviennent au moment où la rue continue de gronder pour demander le départ du chef de l’armée himself. Entendra-t-il le message du peuple ? Pas si sûr car cela fait maintenant un mois qu’il continue de raidir la nuque, se contentant d’accuser l’opposition de conspirer contre l’Etat.

Boundi OUOBA

Laisser un commentaire