Algérie – La transition énergétique: une nécessité incontournable

Par Chems Eddine Chitour

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Le Professeur Chems Eddine Chitour a été nommé, en janvier 2020, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique dans le gouvernement algérien. En juin 2020, lors d’un remaniement ministériel, on lui a confié le ministère de la Transition Energétique et des énergies renouvelables. 

Le Professeur Chitour répond ici aux questions de Radio-Algérie en tant que responsable du secteur de la Transition énergétique. Ce texte de M. Chitour résume les points essentiels de l’entrevue réalisée le 23 août 2020.


« Ce qui se conçoit bien  s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément » Nicolas Boileau 

Invité de la rédaction de la chaîne 3 de la Radio Algérienne lundi 23 août, en tant que responsable du secteur de la Transition énergétique  j’ai annoncé la nécessité de changer notre façon de consommer de l’énergie. Il existe, un cap, ouvrant la voie vers le futur, sur la base d’une rationalisation des dépenses et de création de richesse en consommant moins et mieux», Il s’agit, de passer d’un mode de consommation  gérée par la demande, de plus en plus difficile à mettre en œuvre vers un modèle de consommation gérée par l’offre, d’énergie  fossile consommée d’une façon rationnelle.  

Le futur sera renouvelable et électrique. Face aux défis qui s’annoncent en matière d’énergie, d’eau, d’environnement, de changement climatique, auxquels s’ajoute celui de la pandémie du Coronavirus (Covid-19), nous devons,  faire preuve d’intelligence et avoir une visibilité.

Comment y arriver ?

Avant toutes choses il faut dresser un état des lieux et connaître nos capacités.  Nous disposons de 12 milliards de barils de pétrole, environ un milliard de tonnes nous disposons de  2.500 milliards de m3 de gaz.  Compte tenu du rythme de leur consommation, nous en avons pour une vingtaine d’années, d’où l’impératif de consommer moins, en consommant mieux et d’aller sans tarder vers un nouveau modèle de consommation.  

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si le pays veut continuer à exporter de l’énergie, ou bien la consommer. «On ne pourra plus faire les deux» dans moins de dix ans car la consommation débridée de gaz naturel autour de 8 % avec une population qui augmente d’un million par an, fera qu’avant 2030. Nous consommerons  ce que nous produisons et nous n’exporterons qu’à la marge ; Il faut savoir que pour le moment nous sommes mono-exportateurs à 98 % , l’avenir sera alors de plus en plus incertain.

D’où la nécessité durant la décennie à venir, de réussir la transition énergétique, et assurer un viatique aux générations futures. Il faut dire la vérité aux citoyens, lesquels se doivent de savoir qu’en matière de consommation d’énergie, nous vivons au-dessus de nos moyens. 

Les économies d’énergie

Le premier gisement d’énergie de l’Algérie est comme chacun le sait celui des économies d’énergie qui est évalué entre 10 et 15% . Ce sera le chantier de la chasse au gaspillage sous toutes ses formes.  L’un des premiers chantiers que je souhaite à lancer, c’est celui des économies d’énergie. En faisant, la chasse au gaspillage. Si tout le monde adhère, nous pourrons faire 10% d’économie de cette énergie, soit l’équivalent de 1,8 milliard de dollars. Les trois grands secteurs sur lesquels on peut agir sont le transport, l’habitat, le résidentiel,  ( près de 90%) qui ne produisent pas de richesse et sont surtout liés à un niveau de confort qui est lui-même disparate d’une région à une autre. L’agriculture et l’industrie ne consommant que près de 10 %. 

Les économies dans le transport 

Dans le même ordre de  nouvelles solutions et mécanismes pour rationaliser la consommation des carburants dans le pays. le plan élaboré pour la sortie de la forte consommation des carburants consiste à s’orienter vers la généralisation de l’utilisation du GPL.   

Le lancement, imminent, d’un immense chantier, adossé à une vision nouvelle, destinée, à faire sortir l’Algérie de son ébriété actuelle pour l’amener vers une sobriété énergétique, à l’horizon de 2030.

Nous allons acquérir , dans l’immédiat, de 200 000 kits de GPL, pour autant de véhicules.  Nous envisageons de convertir 200 .000 voitures au GPL. Lesquels, permettront d’économiser 200 milles  tonnes d’essence. Une telle opération réduira la facture des importations de carburants de 200  millions de dollars, nous aurons à importer pour  60 millions de dollars de kits de GPL . 100 000 de ces kits seront destinés à aux jeunes pour la création de micro-entreprises et de start ups à qui toutes les facilités administratives seront données.  

Dans le souci d’encourager les citoyens à l’utilisation du GPL, j’ai martelé  que « le citoyen doit savoir que le diesel  est plus dangereux que les GPL ». Mon ambition va consister à diminuer l’usage du diesel, en le remplaçant progressivement par le diesel fioul et le GNC.

Nous comptons également, diminuer l’usage du diesel, qui est problème de santé  publique par sa pollution engendrée par les particules émises. IL sera   remplacé en partie progressivement par le diesel fioul ( c’est-à-dire avec une proportion de 30% de GPL) . L’autre aussi est de faire appel au GNC qui est aussi un vaste chantier  que nous allons ouvrir.

Enfin la  locomotion du futur étant une locomotion électrique  il nous faut aller sans tarder vers l’introduction progressive de véhicules roulant à l’électricité. J’ai évoqué la possibilité « d’aller vers la nécessité d’aller graduellement vers l’utilisation des voitures électriques , d’autant que « 60 % des Algériens  son favorables à ce mode de  transport».

 Nous ambitionnons d’introduire outre des véhicules de tourisme, des bus et des trains utilisant l’énergie électrique même si elle est pour le moment d’origine thermique et de plus en plus d’origine renouvelable . Le Sahara peut être une pile électrique pouvant comme on le sait alimenter  (le monde). De ce fait des  bornes de recharge expérimentales seront installées. 

Il est même prévu dans un avenir proche de faire circuler quelques voitures électriques pour montrer aux citoyennes et aux citoyennes la détermination des pouvoirs public de tout faire pour sortir de l’emprise du fossile. De ce fait graduellement des centrales solaires à taille humaines (10 à 150MW)  seront installées  en fonction de la demande. De même l’autoconsommation sera encouragée, le producteur d’énergie électrique pouvant vendre son surplus d’énergie à la compagnie nationale.

En sortant des anciens schémas et en faisant preuve d’imagination, l’objectif tend à aller vers un usage grandissant des énergies renouvelables  pour créer  notamment au Sud des villes nouvelles, où la disponibilité de l’eau et de l’électricité seront des facteurs contribuant à la création de richesse dans  le secteur agricole , le secteur industriel mais aussi toutes les activités du secteur  tertiaires Cela permettra ainsi d’imaginer  un  nouveau Schéma National d’Aménagement du Territoire  (SNAT)  où le Sud dégorgera le Nord  en offrant des possibilités de création de richesse et d’emplois aux centaines de milliers de diplômés qui pourront montrer leurs talents dans des milliers de start up, de micro entreprises.. 

En définitive  il n’est pas interdit de penser à moyen terme avec la disponibilité de l’électricité renouvelable à la mise en place justement d’une Transsaharienne électrique d’Alger à Tamanrasset qui permettra d’irriguer les nouvelles villes et qui pourrait faire de Tamanrasset la porte de l’Afrique avec les marchandises débarqués des ports du Nord. Cette utopie est  à notre portée car elle contribuera outre la diminution de la pollution et le dégagement de CO2 à donner de la vie aux villes nouvelles. C’est à nous tous de faire preuve d’imagination pour mobiliser les financements.   

Cette nouvelle vision est la seule à même de nous permettre de laisser un viatique aux générations futures et une Algérie, où les énergies renouvelables sont enfin consacrées à l’instar de ce qui est prévu dans le monde qui sort du fossile qui a fait son temps. Il  ya un train à prendre, celui de la modernité, du développement scientifique et technologique .Nous allons relever ce défi avec l’apport de chacun. Il s’agit des fondations d’une Algérie du futur qui aura fort à faire dans un environnement impitoyable. Et comme le martèle si bien Nietzsche:  » périssent les faibles et les ratés ». Nous ne serons pas faibles si nous sommes unis.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

Vidéo de l’interview https://www.radioalgerie.dz/news/fr/content/198223.htmlLa source originale de cet article est Mondialisation.caCopyright © Chems Eddine Chitour, Mondialisation.ca, 2020

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