Mali, 60 années après : Toujours dans les griffes impérialistes de la France

De 1960 à 2020, après 60 ans d’indépendance, le Mali se noie toujours dans des jeux impérialistes à travers une nouvelle forme de colonisation qui embourbe toutes les anciennes colonies de la France en Afrique.
La misère, la pauvreté, l’insécurité et le retard sont les tares de l’Afrique en général et du Mali en particulier. Après l’avènement du changement de la politique d’occupation par la France, confondu à la prise d’indépendances chez ses ex- colonies, la France a su asseoir sa politique de mainmise pour protéger ses intérêts en Afrique, plus précisément au centre et à l’ouest.

Pour le cas de notre pays, le Mali, est devenu encore plus inquiétant depuis ces dix dernières années. Autour d’un maquillage géopolitique bien planifié qui a vu accentuer son application sous Nicolas Sarkozy, le Mali s’est retrouvé dans une guerre sans fin de 2012 à nos jours. Avec la chute de Kadafi qui s’est opposé aux ambitions pharaoniques de Sarkozy de faire des pays arabes de la méditerranée une nouvelle débouchée pour la France. Les conséquences fut lourdes pour le Mali ! Semant une révolte populaire en Libye, la chute de Kadafi voyait le début de l’intrusion des forces djihadistes sur le sol malien par le nord. Une partie du pays très riche en ressources souterraines et très convoitée par les puissances occidentales. En face d’une armée fragilisée-FMI et Banque Mondiale s’opposaient à toute investissement dans l’armée au profit des programmes sociaux – les djihadistes lourdement armés ont assiégé les trois régions du nord (Tombouctou, Gao et Kidal). A noter que la première offensive contre l’armée malienne a été donnée par le MNLA, un mouvement séparatiste pour l’indépendance de l’Azawad. Ce mouvement bénéficiant de l’aide djihadiste d’Ançardine et autres ont mis l’armée malienne en déroute. A cette crise sécuritaire s’est greffée une crise politique qui a conduit au putsch faisant tomber le régime d’ATT (Amadou Toumani Touré), un ami de Kadafi qui en savait beaucoup sur le financement de la campagne de Sarkozy. Selon des sources, une valise remplie d’argent aurait transité par ATT pour financer Sarkozy. Plus compromettant pour lui, il a refusé de parapher l’Accord Caraïbes Pacifique, qui donnait tout droit à la France de rapatrier les migrants maliens présents sur son sol. Puis son refus d’être mêlé à la crise ivoirienne de 2011.

MNLA allié de la France

ATT out, le nord occupé, avec une avancée des djihadistes vers le sud du pays au détriment du MNLA, la France s’est créée une cause justifiant la nécessité de sa présence sur le sol malien. Au cours d’une intervention baptisée « opération serval », déclenchée par le président François Hollande, l’armée française a stoppé l’avancée des djihadistes à Konan.

Le jeu de la France a consisté à pousser la junte militaire à céder le pouvoir au civil. Conditionnant toute assistance militaire à cette exigence. Dioncouda Traoré président de l’Assemblée Nationale à l’époque a assuré la présidence intérimaire contre toute attente du peuple malien. Peu de temps, dans une lettre adressée à François Hollande, a demandé une intervention française pour stopper hémorragie. Paradoxalement, ce mouvement réclamant l’indépendance de l’Azawad est un allié de la France qui lui a réservé tout droit sur Kidal empêchant les militaires maliens d’y pénétrer. Pourtant, la France se dit vouloir aider le Mali à restaurer l’intégrité territoriale perdue depuis 2012. De l’opération serval à Barkhane, les forces françaises présentes sur le sol malien ont toutes les caractéristiques d’une force d’occupation qui coûte énormément d’argent.

Pompier pyromane
Un coup bien planifié pour être accueillie en héros, la France s’est créée une légitimité aux yeux d’un peuple aveuglé par ce jeu de pompier pyromane.
Toujours conformément aux souhaits de la France cette transition fut de courte durée sanctionnée par la tenue de la présidentielle en 2013. IBK plébiscité, incarnait l’espoir de tout un peuple qui n’a jamais su comprendre les dessous de cette crise.
Sept ans plus tard malgré toutes les solutions édictées par le France, le vieux serpent de mer refait surface et le Mali sombre de nouveau dans un autre coup d’Etat militaire avec la chute du régime d’Ibrahim Boubacar Keïta. Encore une fois plus comme par le passé, la France veut imposer sa volonté au peuple malien avec le même scénario.
Aminata Dramane Traoré, une altermondialiste, dans un entretien avec Jean Bosco Konaré et Assetou Founè Samaké, a poussé une analyse pertinente à cette situation qui prévaut dans notre pays depuis ladite indépendance. Une analyse qui laisse voir le diktat français à travers sa nouvelle forme de colonisation qui nous retire la gestion de nos ressources, nous laissant que l’administration.
Démocratie déguisée
De coup d’Etat en coup d’Etat, nous avons toujours assisté aux mêmes programmes et la France dans une ingérence couverte par la CEDEAO et l’Union Africaine précipite une transition civile conduisant aux élections générales. En faisant croire que le développement de nos Etats est lié au respect des règles de la démocratie et à la bonne tenue des élections. Or, l’histoire a démontré que même chez eux les élections n’ont pas suffi à une quelconque stabilité. La France a échoué sur tous les fronts qu’elle veut instruire chez nous (le développement lié à la démocratie). Avec la nouvelle transition qui se peaufine, on veut nous faire détourner des pistes de solution en instaurant un faux débat autour du choix entre militaire et civil. Pour elle, les enjeux de cette transition vont au-delà. Le vrai débat devrait être autour de l’échec du civil qui a été choisi en 2013 et de l’échec des différents coups d’Etat de feu Général Moussa Traoré à Amadou Toumani Touré. Ce qu’on ne dit pas, un militaire qui arrive au pouvoir est considéré comme dictateur, or des civils qui arrivent au pouvoir par la voie des urnes se font imposer d’autres programmes différents de celui du peuple malien. Cette démocratie déguisée n’est autre qu’un système malicieux de la France avec l’aide de ses pillons pour assécher nos ressources. Cela est assimilable à une forme « dictature » que la France a toujours su maintenir dans nos pays africains pour servir ses intérêts maous. On se rappelle quand Charles De Gaulle affirmait que « la France n’a pas d’amis mais des intérêts », alors des hommes passent mais la politique française restera la même.
« L’heure de la rupture est arrivée ! »
Comment comprendre que malgré la présence de toutes les forces souhaitées par la France sur le sol malien, la crise sécuritaire du nord s’est enflammée vers centre et tout le pays est mis sous zone rouge, hormis Bamako, selon le dernier rapport du Quai d’Orsay (ministère français des Affaires étrangères). En clair, interdiction formelle est faite aux ressortissants français de se rendre dans ces zones si leur présence n’est pas nécessaire. Cette guerre a engendré beaucoup des pertes en vies humaines, un manque à gagner énorme pour des populations vivant essentiellement de tourisme, d’agriculture.
Assetou Founè Samaké, ancienne ministre, estime que les Maliens commencent à comprendre ! Des grognes populaires commencent à se multiplier pour décrier cette guerre que la France nous impose. Pour elle, le sommet de Pau sonne comme des représailles de la France contre les chefs d’Etats du sahel suite à ces soulèvements populaires contre la France. Que s’est-il passé à Pau ?
« Macron a été intraitable sur un quelconque retrait de la France et il ordonna à ces chefs d’Etat de faire taire toutes les voix qui se soulevaient contre leur présence au sahel ». Six mois plus tard, en Mauritanie le chef d’Etat malien et celui du Burkina-Faso se faisaient sermonner par Macron. Le diktat de la France continue toujours dans ses anciennes colonies. Une démocratie taillée sur du conformisme aux souhaits de la France. Le Mali comme tous les autres pays sous son influence ont du mal à amorcer le chemin du développement de 1960 à nos jours.
Selon Aminata Dramane Traoré, après 6o ans, l’heure de la rupture est arrivée ! Aujourd’hui ceux qui nous ont contraints à suivre des voies qui n’étaient pas les nôtres traversent des difficultés qui doivent nous pousser à réfléchir. Pendant 60 ans, beaucoup de choses ont été essayées et malgré tout rien n’a bougé pratiquement. Ce qui s’impose à nous maintenant c’est de remettre en cause ces 60 années d’indépendance. La prise de conscience se fait lentement, mais le mouvement prend corps. A en juger par le meeting du Mouvement France dégage.
L’échec des modèles de développement imposés incitent à mettre à plat l’ensemble des problèmes et puiser dans nos ressorts culturels toute la force indispensable au progrès. C’est à ce seul prix que le Mali nouveau « Mali kura » va naître.

L’Informateur

 aBamako.com

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