RDC: ça se complique!

Joseph Kabila n’a jamais voulu de ces élections. On peut l’affirmer sans aucun risque de se tromper, surtout avec les dernières évolutions du plan machiavélique du président et de son clan qui privera, si par miracle les élections se tiennent dimanche, plus d’un million deux cent mille de Congolais, de leur droit de vote. En République démocratique du Congo, les élections générales obtenues aux forceps grâce aux actions conjuguées de l’opposition, de la société civile, de l’église catholique et d’une frange de la communauté internationale sont compromises. Dans certaines localités comme Beni, Butembo et Yumbi, les électeurs, très nombreux, acquis à la cause de l’opposition, sont exclus sans autre forme de procès de la présidentielle. Leurs votes qui ne devraient être effectifs qu’en mars, soit plus de deux mois après les résultats des élections du dimanche 30 décembre ne serviront qu’à désigner 15 députés sur les 500 que comptera l’Assemblée nationale. Une situation ubuesque et surtout kafkaïenne dont le seul but est de compromettre la tenue des prochaines élections, ou au mieux des cas, d’offrir le pouvoir, sur un plateau d’or, au candidat de Kabila. Car ce dernier caresse le secret espoir de reprendre le fauteuil présidentiel suite au mandat factice de Emmanuel Ramazani Shadary. C’est dire combien Joseph Kabila, malgré son retrait de la course à sa propre succession demeure le maître du jeu politique dans une RDC où l’alternance démocratique s’éloigne autant qu’elle se fait sentir et surtout désirer.

Epidémie d’Ebola et conflit interethnique. Ce sont les deux alibis auxquels s’accroche Kinshasa pour le report partiel des élections du dimanche 30 décembre qui, elles mêmes, sont le fruit d’un report car devant se tenir le 23 décembre dernier. Pourtant, malgré Ebola, comme le constate à raison la société civile et les opposants, les populations des localités bannies des élections vivent leur quotidien sans grande difficulté: les marchés se tiennent et les enfants vont à l’école sans se soucier de l’épidémie. Il suffit de prendre les précautions adéquates pour réduire les risques. Quant au déplacement d’habitants de Yumbi suite au conflit interethnique dans le sud-est du pays et la tension persistante, des mesures socio-politiques et les nombreux militaires déployés pour mater les opposants peuvent constituer des garde-fous efficaces. A défaut, le système Kabila peut-il se prévaloir de ses propres turpitudes, lui qui n’a pas pu gérer la sécurité du territoire, lui qui a failli en matière de politique sanitaire et de la sauvegarde de la cohésion nationale dont sont encore nostalgiques les admirateurs de l’ère Mobutu? Non, surtout que arguant d’une souveraineté nationale dont il sait faire fi quand cela l’arrange, le pouvoir de Joseph Kabila a choisi l’option de se passer de l’aide de l’assistance de la communauté internationale pour la tenue de ces élections. Les masques sont désormais tombés! Si l’on ne peut pas interdire aux dirigeants d’un Etat d’affirmer leur indépendance, il faut reconnaître que dans le cas de la RDC, l’argument fallacieux de souveraineté, c’était juste pour conduire sa parodie d’élections à huis-clos.

Face la vox populi qu’on dit vox dei qui s’est rangée derrière le candidat de l’opposition, Martin Fayulu, Joseph Kabila a visiblement perdu confiance en ses «machines à voter» que certains qualifient de «machines à voler». Et comme il fallait s’y attendre le sommet exceptionnel accueilli par le Congo voisin n’a accouché que d’une petite souris. En l’absence des principaux protagonistes, en l’occurrences les autorités de la RDC, que pouvait Denis Sassou-Nguesso et ses hôtes qui craignent les conséquences dévastatrices d’une crise postélectorale? Qui plus est, le syndicat des chefs de l’Etat sachant toujours faire preuve de solidarité entre ses membres, qui peut ouvertement aller contre les errements de Joseph Kabila, surtout que la plupart de ses dirigeants sont des adeptes de la présidence à vis que vise leur homologue de la RDC? En tout cas, l’heure est désormais grave en RDC, que les élections se tiennent en morceaux ou pas.

Wakat Séra

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