RD Congo: Tshisékédi affaibli

La coalition qu’il a créée n’a remporté que trois sièges au Sénat. La majorité parlementaire est entre les mains des pro-Kabila.

La joie et l’émotion (il a été ­victime d’un malaise) qui avaient marqué son investiture en tant que président de la République démocratique du Congo (RDC) le 24 janvier apparaissent déjà comme un lointain souvenir pour Félix Tshisekedi. La marge de manœuvre du nouveau chef de l’État est si étroite qu’on se demande comment il peut désormais inverser une tendance qu’il dit refuser mais qui pourtant reflète une réalité : il est « un président qui règne, mais qui ne gouverne pas ».

Après des semaines de tergiversations suite aux élections législatives du 30 décembre, il est maintenant établi que « le Front commun pour le Congo (FCC, la plateforme politique contrôlée par l’ancien président Joseph Kabila – NDLR) détient de manière documentée la majorité absolue à l’Assemblée nationale », selon le communiqué du FCC et du Cach (Cap pour le changement), la coalition formée par Tshisekedi, qui ne compte qu’une cinquantaine d’élus nationaux sur un total de 485 députés de l’Assemblée nationale !

Des députés provinciaux accusés de vendre leur voix

Majoritaire donc à l’Assemblée nationale et dans les assemblées provinciales, le FCC a raflé, vendredi, 84 sièges sur 100 au Sénat lors des élections au suffrage indirect dans 24 des 26 provinces de la RDC (elles ont été reportées dans deux provinces). Le Cach n’obtiendrait que trois sièges. Les pro-Kabila sont maintenant en mesure de peser lourdement sur la désignation du futur premier ministre et du gouvernement de Félix Tshisekedi et peuvent, le cas échéant, lancer une révision de la Constitution ou des procédures contre l’actuel chef de l’État. Ce qui a provoqué une violente colère des partisans de ce dernier. D’autant plus que le faible score du Cach s’expliquerait par des faits de corruption. Certains députés provinciaux ayant été accusés de vendre leur voix plusieurs dizaines de milliers de dollars. Une pratique dénoncée dans les rues de Kinshasa, ­Lubumbashi et Goma. Pour Martin Fayulu, candidat à la présidentielle arrivé second, qui manifestait samedi à Paris avec la diaspora pour la « vérité des urnes », Félix Tshisekedi « n’est qu’une marionnette ».

Pierre Barbancey

Humanite.fr

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