Présidentielles au Nigeria : les défis économiques et sociaux du prochain président

« Il est positif que Buhari ait commence de mettre en place sa stratégie de rééquilibrage et de diversification sectorielle, en misant en particulier sur la filière agricole et le secteur minier. Mais il s’agit d’un plan de long terme, qui devra être consolidé pour être relais de croissance à une économie nigériane de plus en plus résiliente ».

A l’approche des élections présidentielles du 16 février 2019, le Nigeria se trouve à un tournant. À l’heure actuelle, l’élection semble prendre la forme d’un duel entre le président sortant, Muhammadu Buhari du Congrès des Progressistes (APC) et l’ancien vice-président (1999-2007), Atiku Abubakar du Parti Démocratique du Peuple (PDP), principale formation d’opposition. La convocation du corps électoral va déterminer les orientations que prendra la deuxième économie africaine pour les années qui arrivent. A côté des enjeux politiques et sécuritaires, les défis économiques et sociaux de ce géant fragile mais à fort potentiel sont considérables. Passage en revue des chantiers qui attendent le prochain président.

La difficile sortie de la dépendance à l’économie pétrolière

La proportion que représente l’économie du pétrole dans les recettes budgétaires de l’État constitue une entrave importante au développement du pays. Évaluée à 70% du total des ressources, il suffit que le prix du baril baisse drastiquement en peu de temps (-67% entre septembre 2014 et juillet 2015) pour que le pays soit confronté à une récession économique (-3% du PIB). Le Nigeria est un pays mono-exportateur, son économie dépendant presque uniquement de l’exportation de l’or noir (à hauteur de 95%).

Il est positif que Buhari ait commence de mettre en place sa stratégie de rééquilibrage et de diversification sectorielle, en misant en particulier sur la filière agricole et le secteur minier. Mais il s’agit d’un plan de long terme, qui devra être consolidé pour être relais de croissance à une économie nigériane de plus en plus résiliente.

La filière agricole, un contrepoids à la domination du secteur pétrolier

En renforçant le poids de la filière agricole (327 millions de dollars en 2018 contre 209 millions de dollars en 2016), le président Buhari comptait sortir le pays de la spirale récessionniste. Aujourd’hui, la filière est le principal pourvoyeur en main-d’œuvre nationale (22% de la population active ventilée sur tout le territoire) et représente 25% du PIB national (FAO, 2018).

Le développement agricole constituera pour le prochain président un enjeu majeur afin de répondre à l’objectif réaffirmé d’autosuffisance alimentaire. Aussi, il devra permettre de rétablir l’équilibre entre les territoires, puisque l’économie du pétrole se limite principalement à la région du Delta (sud-est) et représente une faible proportion de la main d’œuvre nationale.

Le secteur minier, un potentiel encore sous-exploité

Autre point important, le secteur minier a pâti de la priorité politique historique portée sur le pétrole, plus rémunérateur à court terme. Pourtant, on a assisté à un retour de la filière sur le devant de la scène avec l’avènement de l’administration Buhari. Avec 44 minéraux solides différents répartis sur 500 sites, le potentiel minier intérieur est très important. Néanmoins les multinationales étrangères restent réticentes à investir, a l’heure ou l’environnement sécuritaire (Boko Haram et les conflits intercommunautaires au centre du pays) constitue un frein.

Pour contrecarrer ces écueils, la nouvelle administration devra renforcer l’appareil militaire et mieux contrôler les petites exploitations clandestines, celles-ci pouvant être un facteur de déstabilisation au niveau local. Elle devra également renforcer le cadre juridique, par exemple par la promulgation de la loi sur les minéraux et l’exploitation minière de 2007, jusqu’ici restée lettre morte.

Une politique éducative à consolider

Le Nigeria, pays densément peuplé et à la croissance démographique importante (onze mille naissances par jour), comptabilise près de 20 % des enfants non-scolarisés dans le monde. Le système éducatif doit donc s’adapter à une pression démographique considérable. Aussi, se pose le problème des disparités géographiques entre États. Par exemple, près de deux tiers des élèves sont illettrés dans le Nord du pays.

Depuis 2016, des avancées sont à noter avec l’introduction d’un programme d’alimentation scolaire qui a permis à quelques 4,5 millions d’élèves des écoles primaires publiques de bénéficier d’un service de restauration, la création d’un examen professionnel obligatoire pour tous les enseignants et un budget de l’éducation porté à 7 % du budget national. Des efforts que le prochain président devra poursuivre…

Par David Vigneron*  – La Tribune –

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*David Vigneron est Secrétaire général du Réseau de réflexion stratégique sur la Sécurité au Sahel (2r3s, Paris), auteur de la note « Nigéria, les défis d’une puissance fragile mais incontournable » de l’Institut Thomas More

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