Pourquoi les grandes bourses mondiales dévissent

New York

Le mois de décembre, généralement synonyme de calme sur les places boursières, prend depuis quelques jours une tournure peu rassurante.


Traditionnellement, le mois de décembre est une bonne période pour les places financières qui manifestent par une hausse des cours leur confiance dans l’avenir. Rien de tel cette année, où la nervosité est à son comble parce que le doute s’est insinué dans les esprits à la lumière d’un paysage économique qui a radicalement changé. Car l’alignement harmonieux des planètes a été bouleversé en quelques mois : la croissance solide, les taux d’intérêt bas, le pétrole bon marché, le soutien des banques centrales encore en vigueur l’an dernier paraissent aujourd’hui manquer à l’appel. Partout, le ralentissement de l’expansion est à l’ordre du jour, le loyer de l’argent a commencé à remonter, le pétrole a repris de la hauteur et le soutien des banques centrales approche de son terme. Mais surtout les foyers de risques se multiplient. La confrontation entre les Etats-Unis et la Chine se poursuit de plus belle et l’arrestation au Canada à la demande de Washington de la numéro deux chinoise du complexe des télécommunications Huawei vient de raviver la tension entre les deux grands leaders de l’économie mondiale, alors que le déficit commercial américain atteint de nouveaux records, malgré les mesures de Donald Trump pour tenter de freiner les importations. 

Mais l’Europe est aujourd’hui source de difficultés qui n’augurent rien de bon : la Grande-Bretagne est à la merci d’un brexit « hard », le budget italien subit les foudres de Bruxelles car le gouvernement de Rome n’arrive pas à contenir le déficit.  La fin de l’ère Merkel en Allemagne ne se déroule pas dans la sérénité, en raison d’une sérieuse baisse de régime de la conjoncture. Quant à la France, elle est depuis quelques jours l’objet de toutes les attentions en raison de l’explosion du climat social face aux réformes que le gouvernement avait tenté d’instaurer. Les fractures se multiplient ainsi en Europe, où les liens ont tendance à se distendre, tandis que les sorties de capitaux, qui avaient pris l’an dernier, le chemin des Etats-Unis, se multiplient.

Les places boursières accusent le coup. Francfort est la plus touchée où le Dax a perdu vingt pour cent depuis le début de l’année. A Paris le repli atteint quinze pour cent et pourrait se creuser encore si l’agitation sociale continue. Mais le phénomène touche aussi les Etats-Unis où le Dow Jones a annulé tous ses gains de l’année pour se trouver même en légère perte. Car le sentiment prévaut désormais que le cycle de croissance le plus long de l’histoire américaine touche à sa fin en raison des signes nouvellement apparus qui font prévoir un retournement de la conjoncture : partout le ralentissement est à l’œuvre, la demande fléchit et même les prix du pétrole reculent brutalement, les pays producteurs cherchant à conserver leurs clients par une baisse des tarifs.

Désormais, la hantise des marchés est le danger d’une récession, qui ne ferait qu’aggraver la situation politique et renforcer les inégalités. Les grandes victimes seraient les classes moyennes qui s’étaient fortement développées dans les pays émergents et connaissaient une prospérité comparable à celle qu’avait connue l’Europe dans la période 1960-70. Alors que le déclin a commencé de se manifester dans la partie occidentale du vieux continent, où le sentiment d’un déclassement est apparu, expliquant ainsi la montée des populismes. L’évolution des marchés financiers constitue à cet égard un signal d’alarme : il serait urgent d’amorcer un contre feu au climat dépressif qui se fait jour si l’on  veut éviter de plonger la planète dans des difficultés bien plus grandes génératrices d’une atteinte générale au niveau de vie.

Atlantico

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