Paul Biya nous a déshonorés, la rue va nous honorer

Il est un territoire où le plus audacieux des aventuriers, le plus intransigeant des ascètes n’ose s’aventurer. Aux frontières métaphysiques de la rhétorique et de la mauvaise foi, là où la négation de la réalité est un art, c’est le Cameroun.

J’étais dans un état de surexcitation à cette perspective d’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations dans mon pays. Mais l’équipe de bras cassés, conduite par Biya, sa cour et ses sujets à l’instar de Samuel Eto’o, Joseph-Antoine Bell, Roger Milla, etc. N’a hélas pas réussi à m’enthousiasmer, sauf dans son impéritie et son amateurisme. Cependant, elle est tellement déstabilisante qu’elle serait fichue de gagner l’organisation de cette compétition, avec la ruse dont elle détient la palme mondiale.

Bon, soyons clairs, toutes les augures sont favorables à la mort de ce régime cinquantenaire. Tous les clignotants, tous les signes des temps, démontrent à n’en plus douter que c’est la fin d’une époque. Biya est habitué de la fourberie et des coups bas, mais il est des domaines où la réalité est toute autre. Il est des domaines où les mauvaises causes produisent les mauvais effets. Dans la politique comme dans le sport, le mauvais attelage ruine les efforts. Biya est familier des attelages inassortis.

L’esquisse de l’esquive maniée avec excellence, par ce gouvernement, a toujours bien fonctionné. Ils ont eu la certitude que leurs tours de passe-passe vont réussir à tous les coups. Ils ne portent plus de gants, tant ils ont légitimé la fainéantise, la corruption et l’outrance. On peut tromper les Camerounais, mais on ne peut tromper toute l’Afrique. Biya vient d’afficher au grand jour sa roublardise.

Les supporters de Paul Biya s’offusquent sur tous les toits, crient à cors et à cris à qui veut les entendre, pour dénoncer le cynisme des opposants. Ils ont comme à leur habitude, crié au complot. Ils se pavanent avec l’argument éculé de patriotisme. Le patriotisme ? Etre patriote veut dire aimer son pays et ses compatriotes. Faire honte à tout un pays est anti patriotique. Refuser de céder le pouvoir à Maurice Kamto, quand on l’a perdu, est anti patriotique.

C’est avec un désarroi de champ de ruine, que les Camerounais vont amorcer cette fin d’année. Le cauchemar sera long. Le manque à gagner sera abyssal. Le Cameroun va encore replonger cinquante ans en arrière. Comme en 1972, quand le Cameroun a perdu sa coupe à cause de la félonie de certains compatriotes, les prisons de l’époque accueillirent plusieurs notables d’alors. Mais si Biya ne comprend pas que c’est la fin du match ; les penaltys, les coups-francs, et les remises en touche se joueront dans la rue. Là -bas, il n’y aura ni arbitre, ni fédération.

Aimé Mathurin Moussy

 

Agoravox

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