Pacification du bassin de l’Ogaden: le Premier ministre Abiy Ahmed sur tous les fronts

Les conflits dans le bassin de l’Ogaden vont-ils cesser ? C’est en tout cas l’objectif de l’accord signé entre le gouvernement éthiopien et le Front national de libération de l’Ogaden (ONLF). Dimanche soir, à Asmara, capitale de l’Érythrée, le ministre éthiopien des Affaires étrangères Workneh Gebeyehu et le vice-président de la région Somali Mustafa Omer se sont engagés, avec des représentants de l’ONLF, à faire taire un conflit vieux de 34 ans. Plus précisément, l’ONLF promet de poursuivre ses objectifs politiques, mais de manière pacifique. Le gouvernement a annoncé, quant à lui, respecter les droits du mouvement.

Une signature qui intervient alors que le Premier ministre Abiy Ahmed tente, depuis sa prise de pouvoir en avril 2018, de réconcilier le pouvoir central avec divers groupes d’opposition. En août, le Parlement a d’ailleurs retiré trois groupes armés de la liste des groupes considérés comme « terroristes », dont l’ONLF. En réponse, le mouvement avait alors annoncé un cessez-le-feu unilatéral, malgré des troubles dans la région. Autre geste du gouvernement en place, l’arrestation, fin août, d’Abdi Iley. L’ex-président de la région Somali est accusé de violation des droits de l’homme et d’incitation à la violence intercommunautaire et religieuse.

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Après la paix, quelle place pour l’ONLF ?

Malgré la haute portée symbolique de l’accord, rappelons que les négociations entre le pouvoir et l’ONLF n’en sont qu’à leurs prémices. L’organisation d’un comité conjoint est, certes, prévue pour discuter des racines du conflit et des formes à donner à la réconciliation de manière plus concrète. Mais pour René Lefort, chercheur indépendant et spécialiste de la Corne de l’Afrique, « les détails concrets manquent. L’accord ne dit ni comment sera organisé le désarmement du groupe, ni la manière dont seront réhabilités les anciens combattants ». Des points pourtant indispensables au bon déroulement du processus de paix. « Le problème est le même que pour l’accord de paix signé en août avec le Front de libération Oromo », ajoute-t-il.

Autre question que les parties devront éclaircir dans les prochains mois, le caractère « pacifique » du combat de l’ONLF, qui a bien affirmé, dimanche, vouloir continuer la lutte. Le groupe pourrait envisager une alliance avec le pouvoir régional. Le but : asseoir son influence et prendre sa place sur l’échiquier politique éthiopien. Le gouvernement, lui, devra lâcher du lest sur l’autonomie de la région Somali. Selon un communiqué de l’ONLF, il s’est d’ailleurs engagé à respecter les règles du fédéralisme, point de friction historique entre lui et le mouvement rebelle.

Mais s’il est un point sur lequel ne reviendront pas les membres de l’ONLF, c’est bien celui du projet de « la Grande Somalie », une aspiration qui « fait pourtant partie des racines historiques du mouvement, explique René Lefort. Le rattachement à la Somalie voisine n’est plus à l’ordre du jour. En acceptant la Constitution éthiopienne, l’ONLF abandonne une de ses volontés premières, et accepte de faire partie de l’État ».

Après la bataille, panser les plaies

Le processus de paix est donc bien amorcé. Mais il faudra faire avec le lourd passé de la région, et les ressentiments qui l’accompagnent. En juillet dernier, l’ONG Human Rights Watch (HRW) a dénoncé les abus de « Jail Ogaden », une prison de la région, où d’après eux, « des violations des droits humains ont été commises pendant plusieurs années ». Devant le scandale, la prison est finalement fermée le 22 août. Une fermeture qui représente « certes un pas en avant positif, mais elle ne saurait se substituer à l’obligation de traduire en justice les individus responsables d’horribles abus commis pendant plusieurs années », avait alors déclaré Félix Horne, chercheur senior sur l’Afrique pour HRW. « La menace réelle ou perçue de l’ONLF a été la justification déclarée de la brutalité de la police spéciale de la région somalienne – Liyu – pendant de nombreuses années. À la suite de l’accord de paix, la réforme ou la dissolution éventuelle de la police violente Liyu devrait désormais être une priorité », explique-t-il aujourd’hui au Point Afrique.

Marlene Panara   —  Le Point Afrique —

-« Éthiopie : le Premier ministre Abiy Ahmed frappe encore »

 

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