Où va l’Algérie ?

Le Président algérien Abdelaziz Bouteflika fait des apparitions rapides et programmées afin de démontrer qu’il exerce bien ses missions supposées. On annonce aussi ses rencontres avec des personnalités politiques qui se transforment parfois en scandales polémiques, comme ce fût le cas avec l’ancien Premier ministre français Manuel Valls en 2016 : les Français ont publié une photo de Bouteflika avant que l’Algérie ne proteste officiellement. Elle a de nouveau protesté par la suite quand une chaîne de télévision française s’est moquée des modifications effectuées par la télévision officielle algérienne sur la video de la rencontre entre Bouteflika et le Président français Emmanuel Macron.

Bouteflika a traversé des états de santé très délicats : il a subit un AVC en 2013, après un cancer du colon. Il ne sort plus que sur une chaise roulante pour prendre des photos, car il ne peut plus beaucoup parler. Le problème n’est pas seulement lié à l’état de santé du Président ne lui permettant pas de gouverner, mais surtout au processus politique et aux élites qui en profitent.
La « majorité » s’apprête à élire Bouteflika pour un cinquième mandat

Le groupe qui gouverne l’Algérie, que ce soit à la présidence, au gouvernement ou au parlement, sans oublier la majorité des partis politiques, ne s’étonne pas que le Président ne soit plus qu’une image. Seuls quelques médias et organisations des droits de l’homme condamnent cela à l’étranger, et quelques partis modestes en Algérie. La « majorité » au gouvernement, au parlement et dans les partis accepte cela et l’encourage ; elle s’apprête même à élire Bouteflika pour un cinquième mandat.

En fait, c’est un processus compliqué qui a conduit « l’élite » algérienne à cette situation malheureuse. Ce processus a commencé quand elle a accepté (ou été obligée d’accepter) la modification de la constitution par Bouteflika, qui ne pouvait pas faire plus de deux mandats. Cette première violation de la loi a conduit à la situation actuelle car elle a introduit l’idée du Président à vie et toutes les graves conséquences politiques qui en résultent.
Diminution du pouvoir des grands généraux

Ces élites ont changé durant les longues années de règne du Président actuel. Bouteflika était le candidat de la réconciliation entre les militaires et les services de sécurité en 1999 mais son long règne a contribué, comme c’est le cas dans les Etats totalitaires, à la concentration des pouvoirs dans ses mains. Cela a conduit à la diminution du pouvoir des grands généraux qui l’avaient mis à son poste. Ainsi, une « nouvelle » élite est apparue et ceux qui s’accrochent au pouvoir autour de Bouteflika sont devenus des partenaires et des parrains des hommes d’affaires qui se partagent dans les faits les privilèges avec ce qui reste des généraux influents.
De nouveaux symboles au-dessus des lois

De plus, la présidence à vie est la conséquence naturelle de l’absence d’alternance du pouvoir. Bouteflika s’est appuyé sur le besoin de « stabilité » des Algériens après la décennie sanglante des années 90 et sur leur hostilité envers les symboles de l’armée et des services de sécurité, notamment le légendaire général Toufik. Mais cette « stabilité » s’est transformée en bourbier et un petit groupe a mis la main sur les ressources du pays. Elle a aussi conduit à la chute des symboles des services de sécurité et de l’armée, qui ont été remplacés par de nouveaux symboles au-dessus des lois. Tout cela a eu pour conséquence la mauvaise gouvernance, la corruption, la dégradation de la situation d’un pays très riche en ressources, et de grandes souffrances pour une large partie des Algériens.

Après des décennies d’une indépendance très cher payée et la création d’un Etat-nation ayant pour objectif de moderniser le pays, l’Algérie se trouve aujourd’hui à la croisée d’un chemin semé de paradoxes : des dirigeants qui monopolisent le pouvoir et les ressources, des conditions économiques difficiles et un mépris total pour le futur des Algériens. Où ce chemin va-t-il donc mener l’Algérie ?

Al-Quds Al-Araby   –  https://www.alquds.co.uk/ –

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