Mohammed Ben Salman : « L’ami » dont le Maghreb ne veut pas !

Après le niet des Tunisiens et la levée de boucliers des médias et partis politiques algériens, l’absence du Maroc de la tournée arabe de Mohammed Ben Salmane suscite moult réactions, à l’heure où l’ambassadeur du Royaume à Riyad tente de « renforcer les liens de fraternité » entre nos deux pays.

Alors que Mohammed Ben Salman entamait le 22 novembre sa première tournée arabe depuis le scandale de l’assassinat de Jamal Khashoggi, le Maroc figurait parmi les grands absents de l’emploi du temps du prince héritier saoudien. Une absence qui fait mouche et qui suscite moult réactions. Si on a d’abord fait état d’un « boycott » pur et simple de la part du très sulfureux « MBS », sans donner plus de détails, la réalité serait plutôt une question « d’agendas ». En effet, selon le journal arabophone Al Quds Al Arabi, le roi Mohammed VI aurait un agenda pour le moins chargé qui ne lui permettrait pas de rencontrer le prince saoudien. Le Royaume aurait néanmoins suggéré une rencontre avec le prince Moulay Rachid que Riyad a catégorique refusée.

L’ambassadeur marocain à Riyad essaye de sauver les meubles ?

Impliqué dans la guerre au Yémen et soupçonné, entre autres, d’être le commanditaire du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi au consulat saoudien, Mohammed Ben Salman ne jouit pas d’une bonne réputation auprès des Marocains et l’absence du Royaume de son périple arabe a même été très bien accueillie par l’opinion publique. Cette « inimitié » pourrait bien avoir atteint les plus hautes sphères de l’État. En effet, rappelons que lors de la révélation de l’implication « de hautes personnalités saoudiennes » dans l’assassinat de Jamal Khashoggi, « MBS » s’était empressé d’envoyer à Rabat le ministre de l’Intérieur Saoud Ben Nayef Ben Abdelaziz, porteur d’un message personnel au roi Mohammed VI. Une visite qui n’a apparemment pas infléchi la position du royaume du Maroc, préférant rester en retrait dans une affaire « hautement toxique » sur le plan diplomatique. Plus ultérieurement, MBS avait mené une vaste campagne pour soutenir la candidature américaine à l’organisation du Mondial 2026, aux dépends du Maroc qui comptait sur les voix de plusieurs pays pour enfin remporter le fameux sésame. Toutefois, un grand nombre de ces pays considérés comme « voix acquises », avaient fini par faire volte-face à la dernière minute sous la pression du prince héritier saoudien. MBS ne semblant plus prêter attention aux liens d’amitié séculaire qui liaient les deux pays, depuis qu’il est devenu l’homme fort du royaume wahhabite. Ces quelques faits laissent entendre qu’entre Riyad et Rabat, les relations sont on ne peut plus tendues.
Néanmoins ce dimanche, Mustapha Mansouri, l’ambassadeur du Maroc à Riyad, a présenté ses lettres de créance au Roi Salman Ibn Abdelaziz Al-Saoud. En marge de cette rencontre, l’ambassadeur marocain a indiqué, dans une déclaration à la MAP, que cette audience a été « une occasion pour transmettre les salutations du Roi Mohammed VI au Serviteur des deux Lieux saints de l’Islam », avant de faire part de sa détermination à œuvrer « pour le renforcement des relations entre les deux Royaumes frères dans tous les domaines conformément à la volonté royale de consolider les liens du Maroc avec les pays frères ». Une main tendue pour apaiser les tensions ?

Le « niet » des Tunisiens

Mohammed Ben Salman n’est pas le bienvenu en Tunisie. Ainsi, un groupe de cinquante avocats a décidé de recourir à la justice pour empêcher sa visite prévue mardi à Tunis. Le coordinateur de ce collectif d’avocats tunisiens, Nizar Boujalal, a déclaré vendredi 23 novembre à la presse qu’ils ont « décidé de porter l’affaire ce lundi devant le tribunal de première instance à Tunis ». Nizar Boujalal a aussi fait savoir que dans le cas où leur plainte ne serait pas jugée recevable, ses collègues et lui auront recours à d’autres moyens de protestation pour empêcher la visite. « Nous pourrions organiser un sit-in à l’aéroport de Tunis Carthage à l’arrivée du prince héritier », a-t-il ajouté.

Ce lundi, des manifestations auront lieu à 17h00 (locales) pour faire annuler la visite de MBS, qui devrait par ailleurs être le premier déplacement d’un officiel saoudien depuis le printemps arabe en 2011. « Non à la profanation de la Tunisie, pays de la révolution », pouvait-on lire sur une affiche géante placardée sur le local du Syndicat national des journalistes tunisien (SNJT), montrant un Saoudien de dos, une tronçonneuse à la main, rapporte le journal « L’Express ». Dans une lettre ouverte à la présidence tunisienne, le SNJT a dénoncé « la visite de l’héritier saoudien, qui constitue un danger pour la sûreté et la paix dans la région et le monde, et une menace réelle à la liberté d’expression ». Sa venue est « une violation flagrante des principes de notre révolution ».
Sur les réseaux sociaux, nombre d’internautes ont réagi à la visite avec le hashtag « La Ahla bika fi Tounès » (« Tu n’es pas le bienvenu en Tunisie », NDLR). Selon les dernières rumeurs, MBS pourrait bien annuler son escale tunisienne.

En Algérie, la polémique enfle et le gouvernement résiste

Du côté de l’Algérie voisine, la visite du prince héritier saoudien, annoncée pour le 6 décembre, fait réagir médias et réseaux sociaux.
« Le prince héritier cherche une légitimité arabe et islamique dans la crainte que ses rivaux prennent le pouvoir par la force et le privent de la fonction de gardien des deux lieux saints de l’islam en remplacement de son père vieillissant », écrit le site d’information Algérie Patriotique. Le même journal électronique considère qu’à travers cette visite, « Mohammed Ben Salman cherche à se refaire une virginité auprès des frères arabes, en donnant sa version des tenants et des aboutissants de l’affaire de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi qui a confirmé la nature brutale et sauvage du régime saoudien ».
De plus, une pétition, signée par quelques milliers de personnes, a été lancée par des internautes algériens exigeant l’annulation de cette visite. « À cause des nombreuses victimes qui, comme nos frères du Yémen, doivent ressentir notre solidarité d’Algériens dignes de songer à leur vulnérabilité, les autorités algériennes sont interpellées pour ne pas convenir à des crimes non encore élucidés », écrivent-ils notamment.
Le président du Mouvement islamiste algérien, Abderrezak Makri, a quant à lui déclaré aux médias qu’« accueillir le prince héritier durant cette période n’est favorable ni à l’image de l’Algérie, ni à sa réputation ». Pour le leader du parti islamiste, MBS est responsable de « la mort d’enfants et de civils au Yémen, de l’emprisonnement de beaucoup de prédicateurs, de juristes et d’hommes de culture au Royaume et, dernièrement, de l’assassinat ‘‘daechien’’ de Jamal Khashoggi ».
Réagissant à la campagne médiatico-politique ciblant cet invité non désiré, Abdelaziz Benali Cherif, le porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères, a fait de la résistance. « L’Algérie a pris connaissance des éléments de l’enquête menée par la justice saoudienne concernant le meurtre du citoyen saoudien Jamal Khashoggi, tels que rendus publics par le procureur général du royaume d’Arabie Saoudite, le 16 novembre dernier », a déclaré le diplomate. Tout en affirmant que son pays condamne avec la « plus grande vigueur l’horrible assassinat du citoyen saoudien, nous prenons acte des conclusions auxquelles est parvenue la justice saoudienne concernant les circonstances de la perpétration du crime et l’identité de ceux qui l’ont ordonné et exécuté», a-t-il encore ajouté. « L’Algérie, qui est liée à l’Arabie Saoudite par des relations étroites de fraternité, de coopération et qui partage avec elle un destin commun, exprime sa conviction que la justice saoudienne saura faire toute la lumière sur ce meurtre». Une manière de dire que le gouvernement algérien n’annulera pas la visite de cet « ami » indésirables chez les Maghrébins.

Les infos.ma

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