Merci Luigi Di Maio…mais et après?(Par Bosse Ndoye)

En pointant du doigt le néocolonialisme français comme étant entre autres l’une des causes de l’appauvrissement du continent africain, et partant de l’émigration illégale de plusieurs de ses fils vers l’Europe, Luigi Di Maio, le vice-président du conseil italien, a brisé un vieux tabou ayant longtemps prévalu entre puissances occidentales prédatrices dans les relations qu’elles ont entretenues avec le reste du monde, notamment avec leurs anciennes colonies. En effet, tant que les attitudes des unes ne menaçaient ou ne gênaient pas les intérêts des autres, chacune pouvait fermer les yeux sur ce que faisait tout le monde. C’est ce qui explique sans doute les nombreuses guerres impérialistes que mène dans le monde un certain occident néocolonial sous le manteau de l’Otan et/ou de l’ONU en brandissant souvent le prétexte fallacieux du devoir d’ingérence humanitaire pour mieux dissimuler les visées géostratégiques et économiques sous-tendant ses actions. Cette attitude s’inscrit en droite ligne avec l’esprit de la conférence de Berlin en 1885, durant laquelle les puissances coloniales, afin d’éviter tout heurt entre elles, devaient trouver un terrain d’entente pour se partager paisiblement le gâteau africain; et ce peu importaient les moyens pour y parvenir.

Dès lors, placés dans le contexte européen actuel, où les intérêts italiens se heurtent aux intérêts français quand il est question d’accueillir les nombreux émigrés illégaux – en l’absence d’une politique européenne commune bien définie et/ou bien respectée -, les mots Luigi Di Maio prennent tout leur sens. Ils ont été si mal accueillis par Paris que l’ambassadrice italienne, Teresa Castaldo a été convoquée par le Quai d’Orsay. Le malheur des uns faisant souvent le bonheur des autres, ces mêmes propos ont occasionné une grande joie en Afrique francophone. Ils y ont été par conséquent relayés grandement par plusieurs médias. Ce qui est d’autant plus compréhensible que c’est rare qu’un pays occidental, qui plus est membre de l’OTAN et de l’UE, explique, fût-ce partiellement, le sous-développement qui sévit sur une bonne partie du continent comme étant le résultat de l’exploitation continue des puissances néocoloniales. Car, souvent, par mépris et/ou hypocrisie, culturalisme et/ou essentialisme…les Africains sont tenus responsables de leur sous-développement par la bien-pensance occidentale, qui fait généralement fi des conséquences de la traite négrière, de la colonisation et du néocolonialisme sur le continent. Même si les responsabilités des mauvais dirigeants collaborateurs ne sont pas à excuser.

Si nombre d’Africains francophones feignent d’ignorer les activités de la France sur le continent, celle-ci n’avance pas masquée pour autant. Au contraire, elle affiche ses positions au grand jour. Avec ses bases militaires, ses forces présentes au G.5 Sahel, elle dispose de plus de militaires sur le continent qu’au lendemain des indépendances… Ce qui y a occasionné ses multiples interventions militaires – plus d’une soixantaine, compte non tenu des interventions officieuses, sous-traitées à des mercenaires (dont les plus connus sont Bob Denard et Paul Barril, dont les objectifs inavoués sont souvent géostratégiques et économiques. Sans oublier la rude concurrence américaine et chinoise à laquelle il faut faire face.

D’anciens présidents français ont reconnu l’importance de l’Afrique pour le maintien de l’hexagone dans le gotha des grandes puissances mondiales. Ainsi, déjà en 1957, François Mitterrand, qui avait été ministre des colonies, disait : « Sans l’Afrique, il n’y aura pas d’histoire de France au XXIe siècle ». Jacques Chirac, lui emboîta le pas en affirmant en 2008 que : « « Sans l’Afrique, la France descendra au rang de puissance du tiers [monde]». François Hollande y est aussi allé de ses mots : « « La France, avec l’Europe, aimerait être encore plus impliquée dans la destinée [de l’Afrique… » . Un rapport sénatorial, publié en 2013, dont le titre est pour le moins évocateur, abonde dans le même sens : « L’Afrique notre avenir.» C’est dire à quel point l’Afrique occupe une place importante dans les affaires de la France, même si officiellement nombre d’autorités politiques de ce pays tendent à la minimiser.

Pour salutaires que soient les propos Luigi Di Maio, ils ne cachent pas moins que la « libération » du joug néocolonial français ou de n’importe quel autre pays doit venir de l’intérieur du continent. Car il est indéniable que beaucoup de pays en Afrique, notamment les anciennes colonies françaises, souffrent d’une absence de souveraineté, comme l’a si bien dit Jean Ziegler : «  La plupart des États d’Afrique noire, nés de la décolonisation des années 1960…n’ont jamais connu l’indépendance véritable. Lorsque les Occidentaux, souvent pour des raisons de convenance, ont renoncé à l’occupation territoriale, l’État colonial est resté intact, les maîtres ayant simplement changé de masque. »

Cette « libération » personne ne la fera à leur place des principaux concernés. Surtout pas les grandes puissances, qui sont prêtes à s’unir, quelles que soient leurs divergences, si un tantinet de leurs intérêts communs est menacé.

Le chemin le plus court pour desserrer le corset néocolonial passera forcément par une unité africaine. Ne serait-ce par un « égoïsme lucide», pour reprendre les mots de Cheikh Anta Diop, celle-ci est nécessaire pour le continent. C’est à juste titre que le natif de Céytu affirmait que : «  la sécurité précède le développement. » Plusieurs expériences sur le continent le prouvent régulièrement. D’autant que nos faibles petits pays balkanisés peuvent être déstabilisés à partir d’une simple ambassade étrangère. De plus, une nouvelle politique balkanisation et de guerres intestines téléguidées de l’extérieur ayant donné des États faillis sont en cours sur le continent pour faciliter l’exploitation de ses richesses. Nos frères libyens, somaliens, soudanais, congolais et somaliens ne diront pas le contraire

Bosse Ndoye

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