Le viol comme arme de soumission dans la guerre civile en Libye

La coalition internationale frappait la Libye il y a 7 ans, le 19 mars 2011. Plongé depuis dans une guerre civile quasi ininterrompue, le pays cache une sombre réalité: l’utilisation du viol comme arme ultime de soumission.

« Pendant la révolution de 2011, les troupes de Mouammar Kadhafi étaient soupçonnées d’avoir violé pendant le siège des villes rebelles, afin de mater la révolution », explique dans Géopolitis Cécile Allegra, réalisatrice du documentaire « Libye – Anatomie d’un crime » présenté au FIFDH. « Après la chute du régime, les vainqueurs ont voulu se venger de la même manière, les punir en les violant. C’est la loi du talion. »

Sur les décombres du régime kadhafiste, des centaines de factions armées se disputent aujourd’hui le territoire libyen et l’accès aux ressources pétrolières. Dans ce chaos, Cécile Allegra découvre comment l’abus sexuel s’est transformé en outil de torture et de vengeance, touchant de manière spécifique les hommes ayant combattu sous le drapeau kadhafiste. « J’attendais bien sûr des témoignages de femmes », poursuit la réalisatrice. Personne n’envisageait des viols commis sur des hommes.

https://www.rts.ch/play/tv/geopolitis/video/libye-lhumanite-niee?id=9415352&startTime=11.184119

Le viol en Libye est un sujet absolument tabou. (Cécile Allegra, réalisatrice)

En Libye lorsque le mot « viol » est prononcé, tout le monde se tait, raconte Cécile Allegra: « C’est le silence radio, littéralement. C’est absolument tabou. » Après des mois d’enquête, elle parvient à convaincre des victimes de témoigner. « Yassine, le premier témoin, n’arrêtait pas de me dire que si ça se savait, toute sa famille serait déshonorée et marginalisée sur des générations. »

Elle comprend alors que la violence sexuelle vise à créer des sous-hommes hantés par l’humiliation et la peur permanente d’être reconnus. « C’est justement ça que les bourreaux visent. Dans cet état on ne peut pas participer à une discussion politique, ni à une réunion de quartier. On est complètement mis à l’écart de la vie politique et sociale. »

Des témoignages saisissants

« Sous le régime de Kadhafi certains soldats avaient violé des habitants », raconte Samir, ex-combattant kadhafiste questionné par Cécile Allegra. « Après, les révolutionnaires ont fait pire que nous. Quand ils m’ont fait prisonnier, ils m’ont tout fait subir. »

« Partout en Libye, il y a des prisons clandestines où l’on viole régulièrement des détenus », explique la journaliste. « Tous étaient violés de la même manière, avec un bâton fixé dans le mur. Si les prisonniers voulaient se nourrir, ils devaient s’empaler à tour de rôle. »

Dans ces prisons de fortune, des migrants seraient aussi utilisés comme outil de torture. « Les témoignages décrivent la présence d’Africains, obligés à commettre des viols sous menace de mort. C’est un aggravement effroyable de la condition des migrants qui transitent par la Libye. »

Quelle suite judiciaire?

Des preuves éparses, des témoins qui disparaissent, un tabou puissant, les défis sont énormes. Céline Bardet, juriste internationale présente dans le documentaire, collabore avec des enquêteurs libyens pour constituer un dossier valable devant une cour de justice. « Il y a tellement à faire. Il n’y a rien eu sur la Libye. On n’en parle pas », déplore-t-elle.

« Je souhaite que ce film, qui recueille des témoignages directs, puisse constituer un jour une preuve dans un procès qui se tiendra sur les crimes de guerre en Libye », conclut Cécile Allegra.

Oliver Galfetti    — rts.ch  —

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