La malédiction des Ballons d’Or en Coupe du Monde

Jamais un Ballon d’Or en exercice n’a pu soulever la Coupe du Monde l’année suivant son sacre comme meilleur joueur d’Europe (1956-2009) ou du monde (2010-2017). Flash-back sur ces occasions manquées … En conséquence, seuls trois lauréats ont pu conserver le prestigieux trophée de France Football : Johan Cruyff en 1974, Lionel Messi en 2010 et Cristiano Ronaldo en 2014 …

Si le Ballon d’Or avait existé en 1949, le lauréat eut été Valentino Mazzola, à titre posthume après le crash de Superga du 4 mai décimant le Grande Torino. En 1953, le jury eut plébiscité Ferenc Puskas après l’historique victoire 6-3 de l’Aranycsapat à Wembley face aux Three Lions. En 1950 comme en 1954, l’Italie et la Hongrie échoueront dans la quête du Graal mondial.

– Coupe du Monde 1958 en Suède (Alfredo Di Stefano Ballon d’Or 1957, non qualifié avec l’Espagne) : virtuose du Real Madrid, naturalisé espagnol en 1955 pour faciliter le transfert de Raymond Kopa vers la Castille en 1956, l’ancienne figure de proue de River Plate ne se rendra pas en Suède, l’équipe nationale d’Espagne n’étant pas qualifiée. Pire, comme quelques autres grands joueurs (Giggs, Weah, Cantona), Di Stefano ne jouera jamais de Coupe du Monde, étant blessé en 1962 au Chili. Le Mondial 1958 sourit à cinq joueurs, les Brésiliens Garrincha, Didi et Pelé, les Français Raymond Kopa et Just Fontaine. Egalement vainqueur de la Coupe d’Europe des Clubs Champions avec le Real Madrid face au Milan AC (3-2) à Bruxelles, dans un Heysel voisin du nouvel Atomium, Kopa devient Ballon d’Or fin 1958, son coéquipier Just Fontaine. Et Helmut Rahn, dauphin de Fontaine chez les buteurs (ex aequo avec Pelé à 6 buts), termine deuxième d’un podium 100 % déterminé par le Mondial suédois. 3e de la Coupe du Monde en Scandinavie avec l’équipe de France, Kopa (3e du Ballon d’Or 1957) a été élu meilleur joueur du tournoi par un collège de journalistes. Mais dès 1959, année impaire, Di Stefano remet les pendules à l’heure. A nouveau grand artisan du sacre européen du Real Madrid, l’Argentin marque en finale de C1 pour la quatrième année consécutive, au Neckarstadion de Stuttgart, et profite de l’absence du Hongrois Ferenc Puskas (interdit d’entrer sur le territoire ouest-allemand après ses allégations sur un possible dopage de la RFA pour la finale mondiale de 1954) pour reconquérir le Ballon d’Or, le dauphin du Divin Chauve étant Raymond Kopa.

– Bilan d’Alfredo Di Stefano en Coupe du Monde 1958 : Espagne non qualifiée.

– Classement d’Alfredo Di Stefano au Ballon d’Or 1958 : non qualifiée du fait du règlement en vigueur à l’époque

– Coupe du Monde 1962 au Chili (Omar Sivori Ballon d’Or 1961, éliminé au premier tour avec l’Italie)  : argentin de souche comme Di Stefano, Omar Sivori dispose d’une technique de velours comme son ex-compatriote. Clé de voûte de la Juventus Turin, l’Oriundo voit l’Italie échouer dans le tournoi 1962 dès le premier tour, devancée par la RFA mais aussi par le pays organisateur, le Chili. Absent face au Chili, Omar Sivori reste muet pour ses deux titularisations avec la Nazionale, contre la RFA et la Suisse. Le Ballon d’Or 1962 revient au Tchécoslovaque Josef Masopust, finaliste du Mondial chilien face au grand Brésil porté par un insatiable Garrincha.

– Bilan d’Omar Sivori en Coupe du Monde 1962 : 0 but en 180 minutes.

– Classement d’Omar Sivori au Ballon d’Or 1962 : 11e avec 4 points, ex aequo avec José Aguas (Portugal, Benfica Lisbonne), Raymond Kopa (France, Stade de Reims) et Denis Law (Ecosse, Manchester United)

– Coupe du Monde 1966 en Angleterre (Eusebio Ballon d’Or 1965, demi-finaliste avec le Portugal, éliminé par l’Angleterre) : Eusebio, la perle noire du Benfica brille de mille feux à la World Cup anglaise de 1966. Auteur d’un quadruplé face à la Corée du Nord en quart de finale, la Panthère du Mozambique sauve le Portugal d’une élimination face à l’épouvantail asiatique (qui menait 3-0 avant de s’incliner 5-3 à Goodison Park), qui avait déjà créé l’exploit au premier tour face à une Italie moribonde. Orphelin de Pelé blessé au premier tour, le Mondial anglais s’en remet au génie offensif d’Eusebio, l’enfant de Lourenço Marques. Mais le réalisme anglais, en demi-finale, a raison des desseins portugais … Un doublé de Bobby Charlton, 5e du Ballon d’Or 1965, propulse les Three Lions en finale à Wembley. Geoff Hurst se charge avec un triplé d’offrir la Coupe du Monde à l’Angleterre face à une brillante RFA. Mais c’est le meneur de jeu de Manchester United, Robert Charlton, survivant de la tragédie de Munich en 1958, qui devient Ballon d’Or 1966 pour un point devant Eusebio, meilleur buteur de la World Cup avec 9 buts et troisième avec le Portugal. Vice-champion du monde avec la RFA et 3e du podium de ce Ballon d’Or, le jeune Franz Beckenbauer, grand espoir du football ouest-allemand, fait honneur à son statut de révélation du tournoi anglais. En guise de consolation de son Ballon d’Or perdu, Eusebio eut droit à sa statue en cire chez Mme Tussaud’s à Londres … Bien plus tard, le héros portugais aura droit à une statue, en bronze cette fois, qui comptera bien plus à ses yeux : celle érigée par le Benfica à l’entrée du stade de la Luz à Lisbonne.

– Bilan d’Eusebio en Coupe du Monde 1966 : 9 buts (1 contre la Bulgarie et 2 contre le Brésil au premier tour, 4 en quart de finale contre la Corée du Nord, 1 contre l’Angleterre en demi-finale, 1 contre la RFA en match de classement) et 1 passe décisive en 540 minutes soit une moyenne de 1 but toutes les 60 minutes et 1 passe décisive toutes les 540 minutes.

– Classement d’Eusebio au Ballon d’Or 1966 : 2e avec 80 points derrière Bobby Charlton (Angleterre, Manchester United) 1er avec 81 points et devant Franz Beckenbauer (RFA, Bayern Munich) 3e avec 59 points

– Coupe du Monde 1970 au Mexique (Gianni Rivera Ballon d’Or 1969, finaliste avec l’Italie contre le Brésil) : créateur d’exception au Milan AC, Rivera gagne le Ballon d’Or 1969 dans la foulée du triomphe européen obtenu à Madrid face à l’Ajax Amsterdam. Au sujet de Gianni Rivera, son coach à Milan, Nereo Rocco, est plus qu’élogieux : Si j’avais de l’argent, je l’achèterais pour le voir jouer dans mon jardin, juste pour le plaisir. Mais en sélection nationale italienne, le Rossonero doit partager les commandes du jeu azzurro avec son alter ego nerazzurro Sandro Mazzola, l’Intériste étant titulaire et le Milaniste rentrant en jeu à sa place en deuxième mi-temps (seulement 6 minutes en finale pour Rivera …). Défensive, l’Italie montre son potentiel offensif en demi-finale dans un match d’anthologie contre la RFA de Beckenbauer et Müller, pour ce qui restera la plus belle prolongation de l’Histoire (4-3 a.p.). Mais ce sera une victoire à la Pyrrhus pour l’Italie, qui laisse trop de forces physiques et mentales dans cette joute contre la RFA. En finale, le Brésil de Pelé est intouchable. Plantant la première banderille brésilienne, Pelé porte l’estocade aux Italiens médusés par deux passes décisives, dont une merveille de passe aveugle pour le capitaine auriverde Carlos Alberto, qui parachève le triomphe sud-américain par une frappe surpuissante (4-1). A Mexico, Rivera passe donc à côté du titre mondial mais comment avoir des regrets devant l’insolente supériorité de ce Brésil, plus fort encore que celui de 1958 ? Meilleur buteur du tournoi mexicain avec 10 buts, le bombardier allemand Gerd Müller deviendra Ballon d’Or fin 1970, devançant l’attaquant italien Luigi Riva et le défenseur anglais Bobby Moore au classement.

– Bilan de Gianni Rivera en Coupe du Monde 1970 : 2 buts (1 contre le Mexique en quart de finale, 1 contre la RFA en demi-finale) et 1 passe décisive en 171 minutes soit une moyenne de 1 but toutes les 86 minutes et 1 passe décisive toutes les 171 minutes.

– Classement de Gianni Rivera au Ballon d’Or 1970 : 10e avec 7 points ex-aequo avec Albert Chesternev (URSS, CSKA Moscou), Rinus Israël (Pays-Bas, Feyenoord Rotterdam) et Uwe Seeler (RFA, Hambourg SV)

– Coupe du Monde 1974 en RFA (Johan Cruyff Ballon d’Or 1973, finaliste avec les Pays-Bas contre la RFA) : locomotive d’un Barça aux airs de phénix en 1973-1974, Cruyff est le premier joueur depuis Di Stefano à gagner un deuxième Ballon d’Or en 1973. Le Hollandais Volant doit autant ce trophée au troisième sacre européen obtenu avec l’Ajax Amsterdam contre la Juventus Turin (1-0 en finale à Belgrade) qu’au redressement opéré en Catalogne sous les couleurs des Blaugrana. Le football panache produit par l’Ajax a séduit l’Europe, atteignant son pinacle au printemps 1973 en humiliant le Bayern Munich 4-0 au stade Olympique d’Amsterdam ! Sepp Maier en avait jeté son équipement de rage dans les canaux de la Venise du Nord. En 1974, pour le Mondial organisé en Allemagne de l’Ouest, Cruyff arrive nanti d’un prestige inouï, pour un tournoi orphelin du roi Pelé. Grand rival de Cruyff en Europe, Franz Beckenbauer, le virtuose libero de la RFA, sera pourtant celui qui soulèvera la Coupe du Monde en finale à Munich, au stade Olympique. C’est grâce à un but de Gerd Müller, son quatorzième en phase finale (record qui tiendra jusqu’en 2006 avant que Ronaldo ne le batte), que la RFA vient à bout d’une Hollande pourtant grande favorite après un parcours impressionnant. Mais le penalty marqué par Johan Neeskens dès la première minute après une percée de Cruyff dans la défense de la RFA, n’a fait que renforcer le complexe de supériorité des Oranje, qui les perdra face au réalisme des coéquipiers de Beckenbauer. Ce n’est donc pas Cruyff qui devient champion du monde en 1974, mais Gerd Müller (3e du scrutin 1973) et Franz Beckenbauer. Ce dernier, également champion d’Allemagne et d’Europe avec le Bayern Münich en cette année 1974 aux airs de millésime exceptionnel, devra pourtant se contenter de la place de dauphin au Ballon d’Or. Car le nom de Cruyff est encore plus viscéralement lié au prestige des as du ballon rond que celui de Beckenbauer, malgré un rêve mondial resté utopique pour le nouveau roi de Catalogne.

– Bilan de Johan Cruyff en Coupe du Monde 1974 : 3 buts (2 contre l’Argentine et 1 contre le Brésil au deuxième tour) et 3 passes décisives en 540 minutes soit une moyenne de 1 but toutes les 180 minutes et d’1 passe décisive toutes les 180 minutes.

– Classement de Johan Cruyff au Ballon d’Or 1974 : 1er avec 116 points devant Franz Beckenbauer (RFA, Bayern Munich) 2e avec 105 points

– Coupe du Monde 1978 en Argentine (Allan Simonsen Ballon d’Or 1977, non qualifié avec le Danemark)  : le Danemark ne disputant pas ce Mondial (les Vikings devront attendre l’édition 1986 au Mexique), Allan Simonsen n’avait évidemment aucune chance de soulever la Coupe du Monde qui reviendra à l’Argentine de Mario Kempes. Meilleur joueur européen du tournoi, le Néerlandais Robbie Rensenbrink a pris ses responsabilités dans une équipe oranje orpheline de Cruyff (dont on apprendra en 2008 qu’il avait décliné la sélection non pas en raison de son opposition à la dictature argentine mais d’un cambriolage mal vécu par sa famille à Barcelone peu avant le Mundial). Mais pour le chef d’orchestre d’Anderlecht, qui a gagné la C2 avec le club bruxellois, ce sera insuffisant pour priver Kevin Keegan de son premier Ballon d’Or, tant le génial attaquant anglais a brillé avec Hambourg, lui qui prenait le risque de découvrir la Bundesliga après avoir conquis l’Europe en 1977 sous les couleurs de Liverpool.

– Bilan d’Allan Simonsen en Coupe du Monde 1978 : Danemark non qualifié.

– Classement d’Allan Simonsen au Ballon d’Or 1978 : 8e avec 10 points, ex-aequo avec Kenny Dalglish (Ecosse, Liverpool)

– Coupe du Monde 1982 en Espagne (Karl-Heinz Rummenigge Ballon d’Or 1981, finaliste avec la RFA contre l’Italie) : plébiscité Ballon d’Or en 1981, Rummenigge pérennise les exploits sous les couleurs du Bayern Munich, où il a succédé à Beckenbauer comme capitaine et joueur dominant, et à Gerd Müller comme cheville ouvrière du secteur offensif. Buteur d’exception, le capitaine de la Mannschaft sera un des grands joueurs de l’édition 1982 de la Coupe du Monde. Au même titre que le Brésiliens Zico et Socrates, le Français Alain Giresse, le Polonais Zbigniew Boniek ou l’Argentin Diego Maradona, Rummenigge éclabousse de son talent le Mundial espagnol. Mais pour le grand malheur de la RFA, le rival à vaincre en finale à Madrid a pour nom l’Italie. Proche du niveau zéro au premier tour, la Squadra Azzurra d’Enzo Bearzot ressuscite tel un phénix au deuxième tour. Le phénix Paolo Rossi s’offre un triplé contre le grand Brésil de Zico, Falcao et Socrates, créant l’exploit au stade Sarria de Barcelone. Le Brésil au tapis, l’Italie élimine ensuite la Pologne avec un doublé de Rossi. Implacable, le paria devenu héros, revenu in extremis pour le Mundial après deux ans de suspension liés au Totonero, marque en finale à Santiago Bernabeu. Vaincu 3-1 avec la RFA, Rummenigge voit s’éloigner son rêve de Coupe du Monde. Il perdra une autre finale en 1986 à Mexico face à la RFA, et devra laisser le Ballon d’Or 1982 à Paolo Rossi, meilleur buteur du tournoi espagnol avec 6 buts, plébiscité par les journalistes européens devant Giresse et Boniek. En trois matches, Rossi a offert la Coupe du Monde et le Ballon d’Or 1982 à l’Italie, la Botte attendant le premier trophée depuis 1938 et l’époque de Giuseppe Meazza, le second depuis 1969 et la grande année de Gianni Rivera.

– Bilan de Karl-Heinz Rummenigge en Coupe du Monde 1982 : 5 buts (1 contre l’Algérie et 3 contre le Chili au premier tour, 1 contre la France en demi-finale) en 474 minutes soit une moyenne de 1 but toutes les 95 minutes.

– Classement de Karl-Heinz Rummenigge au Ballon d’Or 1982 : 4e avec 51 points derrière Zbigniew Boniek (Pologne, Widzew Lodz / Juventus Turin) 3e avec 53 points et devant Bruno Conti (Italei, AS Rome) 5e avec 48 points.

– Coupe du Monde 1986 au Mexique (Michel Platini Ballon d’Or 1985, demi-finaliste avec la France, éliminé par la RFA) : meilleur joueur du monde entre 1983 et 1985 avec la Juventus Turin, Michel Platini porte les espoirs d’un premier titre mondial pour l’équipe de France. L’ancien Stéphanois a en effet été un des grands artisans des épopées mondiales de 1982 (4e en Espagne) et 1984 (champion d’Europe à domicile). Mais Platoche arrive diminué au Mexique pour la Coupe du Monde. Ereinté par une saison où la Vecchia Signora gagne son vingt-deuxième Scudetto, Platini est diminué par une tendinite. Il marque contre l’Italie puis contre le Brésil ses deux ultimes buts en équipe de France. Mais comme en 1982 à Séville, la RFA est impitoyable et brise le rêve bleu. En finale, Diego Maradona, meilleur joueur du tournoi, est passeur décisif pour Jorge Burruchaga qui bat Toni Schumacher, l’Argentine bat la RFA par 3-2. Platini, lui, ne gagnera jamais la Coupe du Monde, comme Puskas, Di Stefano, Eusebio, Rivera ou Cruyff avant lui, Zico ou Rummenigge dans sa génération, Van Basten, Baggio, Maldini, Batistuta, Figo après lui. Vainqueur de la C2 avec le Dynamo Kiev face à l’Atletico Madrid au printemps 1986, auteur d’un triplé mémorable contre la Belgique en Coupe du Monde, le Soviétique Igor Belanov est sacré Ballon d’Or 1986 devant deux autres figures marquantes du tournoi mexicain, l’Anglais Gary Lineker, meilleur buteur avec 6 réalisations, et l’Espagnol Emilio Butragueno, auteur d’un quadruplé avec le Danemark, lui qui avait gagné la C3 avec le Real Madrid. Mais ce n’est pas faire injure à Belanov d’affirmer que s’il avait été éligible au Ballon d’Or en 1986, le Napolitain et Argentin Diego Maradona, alias El Pibe del Oro, aurait été plébiscité sans discussion. Car encore plus que Pelé en 1970, l’Argentin a dominé le tournoi mondial, poussant son talent exceptionnel au zénith. Maradona s’attire tous les superlatifs, lui gagnera un Ballon d’Or d’honneur fin 1994 pour l’ensemble de son œuvre.

– Bilan de Michel Platini en Coupe du Monde 1986 : 2 buts (1 contre l’Italie en huitième de finale et 1 contre le Brésil en quart de finale) et 1 passe décisive en 565 minutes soit une moyenne de 1 but toutes les 283 minutes et 1 passe décisive toutes les 565 minutes.

– Classement de Michel Platini au Ballon d’Or 1986 : 11e avec 8 points ex-aequo avec Jean-Marie Pfaff (Belgique, Bayern Munich).

– Coupe du Monde 1990 en Italie (Marco Van Basten Ballon d’Or 1989, huitième de finaliste avec les Pays-Bas, éliminé par la RFA) : en dehors de Diego Maradona, meilleur joueur du monde et héritier de Pelé, Marco Van Basten fait l’unanimité en Europe. Avant-centre super doué, le cygne d’Utrecht doit son premier Ballon d’Or en 1988 au titre européen des Pays-Bas, Van Basten finissant meilleur buteur du tournoi en Allemagne. Sa volée mythique en finale contre l’URSS est restée dans toutes les mémoires. En 1989, Van Basten marque deux buts en finale européenne contre le Steaua Bucarest, au Nou Camp de Barcelone, antre de son mentor Johan Cruyff qu’il espère dépasser avec un titre mondial en 1990. Mais les Pays-Bas, également menés par Gullit, Koeman ou encore Rijkaard, sont méconnaissables en Italie, eux qui ont changé de sélectionneur au dernier moment, suite à une réunion ubuesque des tauliers du vestiaire oranje en mars 1990 à l’aéroport de Schiphol à Amsterdam. Auteurs d’un premier tour insipide, les champions d’Europe 1988 tombent sur l’ogre allemand en huitièmes de finale. A Milan, la RFA de Lothar Mätthaus prend sa revanche sur la demi-finale européenne de 1988, où le voisin hollandais avait créé l’exploit de sortir le pays organisateur, également vice-champion du monde en titre. Van Basten quitte le tournoi italien sans avoir marqué le moindre but. Et, capitaine des champions du monde 1990, Lothar Mätthaus (4e du Ballon d’Or 1989 après un Scudetto gagné avec éclat sous les couleurs de l’Inter) est élu Ballon d’Or devant le meilleur buteur du Mondiale, l’Italien Toto Schillaci, et son coéquipier allemand Andreas Brehme, auteur du penalty vainqueur en finale contre l’Argentine de Carlos Bilardo.

– Bilan de Marco Van Basten en Coupe du Monde 1990 : 0 but en 360 minutes.

– Classement de Marco Van Basten au Ballon d’Or 1990 : non classé.

– Coupe du Monde 1994 aux Etats-Unis (Roberto Baggio Ballon d’Or 1993, finaliste avec l’Italie contre le Brésil) : joueur de grande classe, Roberto Baggio fait les beaux joueurs de la Juventus, laquelle subit pourtant l’hégémonie du Milan AC de Fabio Capello. L’homme au catogan traverse le premier tour comme un fantôme, tel Rossi en 1982 ou Zidane en 2006. Baggio subit même un terrible affront de la part d’Arrigo Sacchi, étant remplacé par le deuxième gardien contre la Norvège suite à l’expulsion du titulaire Pagliuca. Mais la deuxième phase de la World Cup américaine, celle des matches couperets, offre à Baggio l’opportunité de montrer qu’il est le meilleur joueur du tournoi avec le Brésilien Romario, devant le Bulgare Hristo Stoïtchkov, l’Italien Paolo Maldini et le Roumain Gheorghe Hagi. Auteur d’un doublé contre le Nigeria, d’un but d’exception en fin de match contre l’Espagne puis d’un doublé façon sniper contre la Bulgarie, Baggio est le sauveur de la patrie. Mais comme Franco Baresi, il ratera son tir au but à Los Angeles en finale, match où aucun des artistes n’aura brillé, pas plus Baggio côté italien que Romario ou Bebeto côté brésilien. Dunga peut soulever la quatrième Coupe du Monde du Brésil dans le ciel de Californie, Baggio passant fort près du titre mondial, bien plus que d’autres Ballons d’Or vaincus en finale, tels Rivera (1970), Cruyff (1974) ou encore Rummenigge (1982). Romario n’étant pas éligible pour le Ballon d’Or, ce qui servira comme pour Maradona en 1986 d’argument pour ouvrir le périmètre aux joueurs non européens dès 1995 (ce dont profiteront par la suite George Weah, Ronaldo, Rivaldo, Ronaldinho, Kakà, Lionel Messi), c’est le meilleur buteur du tournoi, le Bulgare Hristo Stoïtchkov, également finaliste de la Ligue des Champions avec le Barça, qui devient Ballon d’Or, deux ans après sa terrible désillusion face à Marco Van Basten. Finalistes aux Etats-Unis, Roberto Baggio et Paolo Maldini sont 2e et 3e du scrutin, le Milanais ayant sur son CV 1994 un argument de plus que le Turinois : un titre européen acquis en C1 contre la Dream Team barcelonaise de Johan Cruyff (4-0 à Athènes). Tout avait mal commencé pour Baggio, à la façon de Jacques Anquetil durant le Tour de France 1964. Le mage Belline avait prédit la mort du champion normand avant Toulouse. L’étape Andorre / Toulouse avait été un moment de bravoure de cette Grande Boucle arrachée à son rival Raymond Poulidor … Au moment où il s’envole pour l’Amérique, de Rome vers New York, le Ballon d’Or 1993 embarque avec une prophétie dans la poche, glissée par son maître Daisaku Ikeda, le président du mouvement bouddhiste la Soka Gakkai, religion que Roberto Baggio pratique assidument depuis 1988 : Tu éprouveras de nombreuses difficultés, et tout se décidera à l’ultime seconde. De fait, l’oracle va s’accomplir. L’Italie est vaincue en ouverture par l’Irlande 1-0 à East Rutherford, près de New York où la colonie transalpine de Little Italy soutient la Squadra Azzurra. Au deuxième match contre la Norvège, alors que sa femme vient de mettre au monde leur second enfant, Arrigo Sacchi le sort pour faire entrer Luca Marchegiani après l’expulsion du gardien titulaire, Gianluca Pagliuca. Tous les soirs, Baggio s’isole dans sa chambre et prie. Le 28 juin 1994, l’Italie frôle la correctionnelle face au Nigeria. Les champions d’Afrique mènent 1-0 à la 88e minute quand la star de la Juventus égalise sur un centre de Roberto Mussi. Proche du précipice, la Nazionale s’en sort en prolongation face aux Super Eagles sur un penalty de son numéro 10. L’homme au catogan est à nouveau décisif contre l’Espagne à Boston, avec un but sublime où il crochette Andoni Zubizarreta (2-1). En demi-finale, Il Divin Codino sort son meilleur match du tournoi avec un doublé plein de classe qui renvoie la Bulgarie, épouvantail qui vient de sortir l’Allemagne, aux oubliettes. Soutenu par Luigi Riva alors qu’il est blessé, Baggio est quand même là le 17 juillet à Pasadena, près de Los Angeles pour la grande finale face à l’autre meilleur joueur du monde, Romario, le lutin du Barça. La star de la Dream Team de Cruyff reste muette, tout comme Baggio, dans cette finale californienne qui se joue aux tirs aux buts : Quand j’étais petit, je rêvais de remporter la Coupe du Monde avec l’Italie, contre le Brésil. C’était le rêve parfait, mon rêve préféré. Sauf que je ne savais pas comment ce rêve finissait. Eh bien voilà : il s’est terminé de la pire façon possible. J’ai toujours pensé qu’il aurait mieux fallu perdre cette finale 3-0 que de la perdre aux tirs aux buts. Il n’y a rien de plus cruel. Une coupe du monde, après quatre ans de mises au vert, d’entraînements, de voyages, de matches. Et tu joues tout ça en trois minutes de tirs aux buts. Mon tir, c’est une erreur, mais une erreur de quoi ? Hein ? Une erreur de quoi ? Un ballon frappé trop haut de dix, vingt centimètresC’est le plus grand regret de ma carrière. Une amertume immense. C’est quelque chose qui est là. Une blessure qui est là et qui dort. Puis j’en parle, et cette blessure se réveille. J’ai appris à vivre avec. Depuis, chaque fois que je vois des tirs aux buts, je me mets dans l’idée de celui qui va rater. Mais Arrigo Sacchi avait oublié un détail : bien que suprêmement doué (Giovanni Trapattoni lui avait troussé le plus bel éloge qui soit en 1993 : J’ai eu sous mes ordres Platini, Bettega, Boniek, Mätthaus. De tous, Baggio est le plus doué balle au pied.), Roberto Baggio n’en reste pas moins humain. Donc pas infaillible à 100 % … Sa dernière saison à la Juventus, en 1994-1995, sera marquée par un Scudetto, mais aussi une blessure et une relation en dents de scie avec le nouvel homme fort de la Vecchia Signora, Marcello Lippi. Bien que convoité comme Ronaldo, Eric Cantona ou Hristo Stoïtchkov par l’Internazionale de Massimo Moratti, Roberto Baggio signe en 1995 à l’AC Milan de Silvio Berlusconi, avec George Weah transfuge de Paris. L’homme au catogan retrouvera en 1998 Ronaldo chez les Nerazzurri, après une saison de purgatoire à Bologne. Et deux nouveaux buts en Coupe du Monde, faisant de lui avec 9 buts (2 en 1990, 5 en 1994, 2 en 1998) le meilleur buteur italien de tous les temps dans cette compétition avec Paolo Rossi (3 Buts en 1978 et 6 buts en 1982) ainsi que Christian Vieri par la suite (5 buts en 1998, 4 buts en 2002). Mais le souvenir de ce ballon parti dans les tribunes du Rose Bowl de Pasadena, et son air dépité en voyant Dunga soulever la Coupe du Monde dans le ciel californien, lui colleront à la peau jusqu’à la fin de sa carrière, Baggio ne pouvant s’en défaire, comme le sparadrap du capitaine Haddock …

– Bilan de Roberto Baggio en Coupe du Monde 1994 : 5 buts (2 contre le Nigeria en huitième de finale, 1 contre l’Espagne en quart de finale, 2 contre la Bulgarie en demi-finale) en 601 minutes soit 1 but toutes les 120 minutes.

– Classement de Roberto Baggio au Ballon d’Or 1994 : 2e avec 136 points derrière Hristo Stoïtchkov (Bulgarie, FC Barcelone) 1er avec 210 points et devant Paolo Maldini (Italie, AC Milan) 3e avec 109 points.

 Coupe du Monde 1998 en France (Ronaldo Ballon d’Or 1997, finaliste avec le Brésil contre la France) : Ronaldo arrive au Mondial français avec une épée de Damoclès sur la tête. En effet, jamais joueur n’aura été autant attendu que Ronaldo en 1998, pas même Lionel Messi en 2010. Elu sans concurrence Ballon d’Or 1997, la star de l’Inter Milan a déjà réussi 1998 avec un titre en C3 face à la Lazio, acquis au Parc des Princes. Mais c’est dans un autre stade francilien, le Stade de France à Saint-Denis, que Ronaldo veut gagner la Coupe du Monde. Auteur de 4 buts, sauveur du Brésil contre les Pays-Bas en demi-finale, l’attaquant génial joue la finale contre le bon sens et contre l’avis des médecins, après sa crise d’épilepsie, alors qu’il regardait Michael Schumacher triompher avec Ferrari sous la pluie de Silverstone à la télévision. Quelques heures après ce cauchemar, Ronaldo est bien présent au Stade de France, sous la pression de Nike. Mais le héros de la soirée a pour nom Zinédine Zidane, 3e du Ballon d’Or 1997, avec un doublé contre le Brésil. Victoire 3-0 de la France à domicile. Champion d’Italie avec la Juventus, finaliste de la C1 avec la Juventus, Zidane a réalisé un Mondial très moyen, mais son exploit en finale efface tout, son expulsion contre l’Arabie Saoudite et son manque de passes décisives contre l’Italie et la Croatie. Il sera facilement élu Ballon d’Or 1998 devant le meilleur buteur du Mondial français, le Croate Davor Suker, et le roi déchu du football mondial, le Brésilien Ronaldo. A 22 ans, le phénomène, qui vacillait à Rio de Janeiro à son retour au pays, a le temps de mûrir sa revanche, lui qui est tombé du Capitole à la Roche Tarpéienne en ce terrible dimanche 12 juillet 1998.

– Bilan de Ronaldo en Coupe du Monde 1998 : 4 buts (1 contre le Maroc au premier tour, 2 contre le Chili en huitième de finale, 1 contre les Pays-Bas en demi-finale) et 3 passes décisives en 660 minutes soit 1 but toutes les 165 minutes et 1 passe décisive toutes les 220 minutes.

– Classement de Ronaldo au Ballon d’Or 1998 : 3e avec 66 points derrière Davor Suker (Croatie, Real Madrid) 2e avec 68 points et devant Michael Owen (Angleterre, Liverpool) 4eavec 51 points.

– Coupe du Monde 2002 au Japon et en Corée du Sud (Michael Owen Ballon d’Or 2001, quart de finaliste avec l’Angleterre, éliminé par le Brésil) : fer de lance de la grande année 2001 de Liverpool, Michael Owen devant Raul et Oliver Kahn au Ballon d’Or. Le Wonderkid, révélation du tournoi mondial de 1998 avec un but d’anthologie contre l’Argentine, est une des pierres angulaires de la sélection anglaise pour le Mondial 2002 joué au Japon et en Corée du Sud. Mais l’Angleterre est une sélection faible, victime de la puissance de ses grands clubs et de la formidable machine qu’est la Premier League. Calendrier infernal, blessures, les Three Lions ne sont pas au top en Asie, tel David Beckham rétabli in extremis après une blessure face au Deportivo La Corogne en C1. Mais la star de Manchester United, pas plus qu’Owen, ne pourra empêcher le Brésil de gagner le tournoi. C’est d’ailleurs face au futur champion du monde, au stade des quarts de finale si souvent fatal aux Anglais (1962 contre le Brésil déjà, 1970 contre la RFA, 1986 contre l’Argentine, 2006 contre le Portugal), que la Perfide Albion s’incline, avec un coup franc merveilleux de Ronaldinho qui ponctue tristement la carrière internationale de David Seaman, le gardien d’Arsenal ayant été victime du même but en 1995 en finale de C2 contre Saragosse. Meilleur buteur du tournoi, champion du monde, phénix rayonnant, leader offensif d’un Brésil flamboyant, le phénomène Ronaldo s’offre un deuxième Ballon d’Or, devançant Roberto Carlos et Oliver Kahn dans les votes fin 2002. Tel Paolo Rossi revenu de nulle part en 1982, Ronaldo doit son Ballon d’Or 2002 à la Coupe du Monde asiatique, même s’il n’a pas marqué contre l’Angleterre, laissant Rivaldo et Ronaldinho, ses deux complices du redoutable 3R auriverde, avoir raison de David Seaman, piégé comme le 10 mai 1995 avec Arsenal au Parc des Princes face à Nayim et Saragosse en finale de C2 …

– Bilan de Michael Owen en Coupe du Monde 2002 : 2 buts (1 contre le Danemark en huitième de finale, 1 contre le Brésil en quart de finale) en 372 minutes soit 1 but toutes les 186 minutes.

– Classement de Michael Owen au Ballon d’Or 2002 : 13e avec 5 points ex-aequo avec Ruud Van Nistelrooy (Pays-Bas, Manchester United) et derrière Ronaldinho (Brésil, Paris Saint-Germain) 12e avec 8 points

– Coupe du Monde 2006 en Allemagne (Ronaldinho Ballon d’Or 2005, quart de finaliste avec le Brésil, éliminé par la France)  : souverain avec Barcelone en 2005, Ronaldinho, artiste du ballon rond, alchimiste et pourvoyeur de caviars, avait même arraché à l’Estadio Santiago Bernabeu des applaudissements lors d’un clasico gagné 3-0 sur le terrain du Real Madrid. Vainqueur face à l’Argentine de la Coupe des Confédérations 2005, Ronaldinho sera victime de la malédiction du Ballon d’Or mais aussi de celle du pays vainqueur de la Coupe des Confédérations. Peu convaincant en 2006 dans ses premiers matches, le Brésil de Ronaldinho s’en remet à Kakà face à la Croatie ou à Ronaldo face au Ghana. Mais le premier vrai test du Brésil leur est fatal face à leur bête noir, la France, déjà sortie vainqueur des duels de 1986 et 1998. Depuis 1958, la France est un poison sans antidote pour le Brésil en Coupe du Monde. L’Italie gagne sa quatrième Coupe du Monde, propulsant son capitaine Fabio Cannavaro Ballon d’Or devant Gianluigi Buffon. Les défenseurs de métier vengent l’apartheid en vigueur depuis 1956, les victoires de Beckenbauer (1972, 1976) et Sammer (1996) étant celles de milieux de terrain reconvertis liberos à vocation offensive. Sans faire injure à Cannavaro et Buffon, le podium du Ballon d’Or 2006 aurait mérité un artiste tel que Zidane, meilleur joueur du Mondial allemand qu’il a quitté sur un triste carton rouge en finale, expulsion liée à la provocation de Materazzi. Zidane de surcroît non entaché par le scandale du Calciopoli ayant causé la perte de la Juventus, qui tombe de Charybde en Scylla à l’été 2006 : relégation en Série B, exode de ses principaux joueurs (Ibrahimovic, Thuram, Zambrotta, Cannavaro, Vieira, Emerson) vers le Real, le Barça ou l’Inter. Seuls Buffon, Nedved, Del Piero et Camoranesi demeurent fidèles à la Vecchia Signora. Ronaldinho, grand artisan du sacre européen du FC Barcelone au printemps 2006, ne finit que 4e du classement 2006 du Ballon d’Or. Bientôt, la star de Barcelone sera argentine, Lionel Messi émergeant avant même la fin de l’ère Deco – Ronaldinho en Catalogne.

– Bilan de Ronaldinho en Coupe du Monde 2006 : 0 but et 1 passe décisive en 431 minutes, soit 1 passe décisive toutes les 431 minutes.

– Classement de Ronaldinho au Ballon d’Or 2006 : 4e avec 73 points derrière Thierry Henry (France, Arsenal) 3e avec 121 points et devant Zinédine Zidane (France, Real Madrid) 5e avec 71 points.

– Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud (Lionel Messi Ballon d’Or 2009, quart de finaliste avec l’Argentine, éliminé par l’Allemagne)  : l’Argentine attend depuis 1986 un troisième titre mondial, depuis le festival technique de Diego Maradona qui revient en 2010 comme sélectionneur. Prodige du Barça où il est alimenté en caviars par Xavi et Iniesta, Leo Messi est moins convaincant avec l’Albiceleste. Ce sera surtout Gonzalo Higuain qui brillera le plus en Afrique du Sud pour l’Argentine, avec 4 buts, rappelant l’efficacité d’un Gabriel Batistuta. Peu à son avantage, Messi sera emporté par la tornade allemande en quarts de finale (0-4). Malgré cela, bien que déchu de son titre européen par l’Inter de Mourinho au printemps 2010, Messi conserve son Ballon d’Or en fin d’année, le premier à garder le trophée depuis Van Basten en 1989, grâce à l’éparpillement des voix entre les champions du monde espagnols (Xavi, Iniesta, Casillas, Villa) et les stars du tournoi (Forlan, Sneijder, Thomas Muller). La justice aurait pourtant du couronner l’Espagnol Xavi ou le Néerlandais auteur du triplé Scudetto – Coupe d’Italie – Ligue des champions avec l’Inter. Mais moins médiatique que l’omniprésent Lionel Messi, idole absolue de Barcelone après un quadruplé contre Arsenal en C1. Exploit banal dès l’année suivante après le quintuplé de la Pulga contre Leverkusen !

– Bilan de Lionel Messi en Coupe du Monde 2010 : 0 but et 1 passe décisive en 450 minutes, soit 1 passe décisive toutes les 450 minutes.

– Classement de Lionel Messi au Ballon d’Or 2010 : 1er avec 22.65 % des voix devant Andres Iniesta (Espagne, FC Barcelone) 2e avec 17.37 % des voix.

– Coupe du Monde 2014 au Brésil (Cristiano Ronaldo Ballon d’Or 2013, éliminé au premier tour avec le Portugal) : Cristiano Ronaldo ne fait pas exception à la règle, l’Allemagne sonne déjà le glas des espoirs portugais par un terrible 4-0 d’entrée de jeu. Passeur décisif contre les Etats-Unis, buteur face au Ghana, l’icône du Real Madrid voit le Portugal éliminé dès le premier tour du Mondial brésilien. Blessé, CR7 quitte le Brésil avec un sentiment de frustration qu’il comblera deux ans plus tard en gagnant l’Euro 2016 en France. Mais le fait d’avoir gagné la Ligue des Champions en 2014 avec le Real Madrid à Lisbonne, assorti d’un record de 17 buts, lui permet de conserver son Ballon d’Or, face à l’éparpillement des voix allemandes (Manuel Neuer 3e, Thomas Muller 5e, Philip Lahm 6e, Toni Kroos 9e), phénomène qui avait touché les Espagnols en 2010 face à Lionel Messi …

– Bilan de Cristiano Ronaldo en Coupe du Monde 2014 : 0 but et 1 passe décisive en 270 minutes, soit 1 passe décisive toutes les 270 minutes.

– Classement de Cristiano Ronaldo au Ballon d’Or 2014 : 1er avec 37.66 % des voix devant Lionel Messi (Argentine, FC Barcelone) 2e avec 15.66 % des voix.

– Coupe du Monde 2018 en Russie (Cristiano Ronaldo Ballon d’Or 2017, huitième de finaliste avec le Portugal) : Les buts, c’est comme le ketchup : quand ils arrivent, ils viennent tous en même temps. Je ne suis pas préoccupé. Je travaille comme d’habitude. Dieu sait qui travaille et qui mérite. Je suis parfaitement tranquille. Cette citation de 2010 du crack portugais illustre tout de même la dépendance d’un buteur envers ses pourvoyeurs de ballon. Sans caviars, même le meilleur joueur du monde ne peut rien faire, à moins d’un exploit individuel style Maradona contre l’Angleterre en 1986. Sauf que Cristiano Ronaldo, malgré cinq Ballons d’Or, n’est pas El Pibe del Oro. Mais CR7 reste un prédateur d’exception, en témoigne ce triplé contre l’Espagne pour son entrée en lice dans le Mondial russe, à Sotchi. Pourtant, en huitième de finale, CR7 reste muet contre l’Uruguay, tandis qu’Edinson Cavani frappe deux fois et qualifié la Céleste pour les quarts de finale … Comme son alter ego Lionel Messi, le natif de Madère quitte le Mondial russe avant les quarts de finale … Son transfert retentissant à la Juventus Turin permet à CR7 de rester dans l’actualité, déclenchant une grève chez les ouvriers de FIAT. Il est inacceptable que pendant que la direction continue à demander des sacrifices énormes depuis des années aux travailleurs de FCA (Fiat Chrysler), la même direction décide de dépenser des centaines de millions d’euros pour l’acquisition d’un joueur de football, avait dénoncé le syndicat USB. Ce dernier était le seul syndicat à appeler à cette grève à Melfi tandis qu’à Pomigliano un appel similaire avait été lancé par une autre organisation minoritaire, Si Cobas. Le principal syndicat italien du secteur, la CGIL-Fiom, avait répondu ne pas être intéressé par cet appel jugeant avoir des choses plus importantes à faire. Les travailleurs de Melfi et de Pomigliano ont parfaitement compris qu’il s’agissait de protestations instrumentalisées promues par des organisations n’ayant aucune représentativité réelle et de personnes ayant pour seul objectif de se faire de la publicité à des fins personnelles, a souligné le porte-parole de Fiat Chrysler. L’écho qu’a eu cette agitation a été complètement disproportionné par rapport à la réalité des faits qui caractérise le rapport entre les travailleurs et l’entreprise sur ces deux sites, a-t-il conclu. La star du Real Madrid a signé pour quatre ans (2018-2022) avec la Vecchia Signora, un transfert de plus de 100 millions d’euros. La Juventus et Turin ont chaudement accueilli dimanche 15 juillet l’attaquant portugais qui devait passer lundi 16 juillet les examens médicaux avant de signer officiellement son contrat.

– Bilan de Cristiano Ronaldo en Coupe du Monde 2018 : 4 buts (3 contre l’Espagne et 1 contre le Maroc au premier tour) en 360 minutes, soit 1 but toutes les 90 minutes.

– Classement de Cristiano Ronaldo au Ballon d’Or 2018 : le Portrugais sera en concurrence avec Luka Modric, son ex-coéquipier sacré meilleur joueur du Mondial devant le Belge Eden Hazard, son probable remplaçant au Real Madrid, mais aussi avec les Français Antoine Griezmann et Kylian Mbappé, champions du monde et auteurs de 4 buts chacun en Russie. Une seule chose semble sûre, Lionel Messi devrait être absent du podium pour la première fois depuis 2006 …

A plusieurs reprises, le Brésil et l’Allemagne ont été les fossoyeurs des desseins de gloire des Ballons d’Or, sonnant le glas de leurs espoirs en Coupe du Monde : en 1970, 1994 et 2002 pour le Brésil respectivement pour Rivera, Baggio et Owen, en 1974, 1986, 1990 et 2010 pour l’Allemagne, respectivement pour Cruyff, Platini, Van Basten et Messi. Les autres bourreaux sont l’Angleterre pour Eusebio (1966), l’Italie pour Rummenigge (1982), la France pour Ronaldo (1998) et Ronaldinho (2006), et enfin l’Uruguay pour Cristiano Ronaldo (2018).

Au final, pour devenir champion du monde, mieux vaut être placé que gagnant au Ballon d’Or l’année précédente (Bobby Charlton 5e en 1965, Gerd Müller 3e et Franz Beckenbauer 4e en 1973, Lothar Mätthaus 4e en 1989, Zinédine Zidane 3e en 1997, Rivaldo 8e en 2001, Xavi 3e et Andres Iniesta 4e en 2009, Kylian Mbappé 7e et N’Golo Kanté 8e en 2017) … ou carrément surgir de nulle part (Paolo Rossi en 1981, Ronaldo en 2001, Thomas Müller en 2013).

On remarquera qu’aucun dauphin du Ballon d’Or n’a su devenir champion du monde non plus, que ce soit Billy Wright (2e en 1957) en 1958 avec l’Angleterre, Luis Suarez Miramontes (2e en 1961) en 1962 avec l’Espagne, Giacinto Facchetti (2e en 1965) en 1966 avec l’Italie (éliminée au premier tour), Luigi Riva (2e en 1969) en 1970 avec l’Italie (finaliste face au Brésil), Dino Zoff (2e en 1973) en 1974 avec l’Italie (éliminée au premier tour), Kevin Keegan (2e en 1977) en 1978 avec l’Angleterre (non qualifiée), Paul Breitner (2e en 1981) en 1982 avec la RFA (finaliste face à l’Italie), Preben Elkjaer-Larsen (2e en 1985) en 1986 avec le Danemark (huitième de finaliste, éliminé par l’Espagne), Franco Baresi (2e en 1989) en 1990 avec l’Italie (demi-finaliste, éliminé par l’Argentine), Dennis Bergkamp (2e en 1993) en 1994 avec les Pays-Bas (quarts de finaliste, éliminés par le Brésil), Pedrag Mijatovic (2e en 1997) en 1998 avec la Yougoslavie (huitième de finaliste, éliminé par les Pays-Bas), Raul (2e en 2001) en 2002 avec l’Espagne (quart de finaliste, éliminée par la Corée du Sud), Frank Lampard (2e en 2005) en 2006 avec l’Angleterre (quart de finaliste, éliminée par le Portugal), Cristiano Ronaldo (2e en 2009) en 2010 avec le Portugal (huitième de finaliste, éliminé par l’Espagne), Lionel Messi (2e en 2013) en 2014 avec l’Argentine (finaliste face à l’Allemagne).

Concernant les joueurs lauréats du FIFA World Player avant la fusion de ce trophée en 2010 avec le Ballon d’Or France Football (devenu depuis lors le FIFA Ballon d’Or jusqu’en 2015 avant un retour à l’état zéro de la période 1991-2009 à partir de 2016), ils n’ont guère connu plus de réussite que les heureux élus du collège des journalistes formant l’aréopage du Ballon d’Or.

  • 1993 Roberto Baggio, finaliste de la Coupe du Monde 1994 aux Etats-Unis avec l’Italie (5 buts)
  • 1997 Ronaldo, finaliste de la Coupe du Monde 1998 en France avec le Brésil (4 buts)
  • 2001 Luis Figo, éliminé au premier tour de la Coupe du Monde 2002 au Japon et en Corée du Sud avec le Portugal (0 but)
  • 2005 Ronaldinho, quart de finaliste de la Coupe du Monde 2006 en Allemagne avec le Brésil (0 but)
  • 2009 Lionel Messi, quart de finaliste de la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud avec l’Argentine (0 but)
  • 2013 Cristiano Ronaldo (FIFA Ballon d’Or), éliminé au premier tour de la Coupe du Monde 2014 au Brésil avec le Portugal (1 but)
  • 2017 Cristiano Ronaldo, huitième de finaliste de la Coupe du Monde 2018 en Russie avec le Portugal (4 buts)

A l’Euro, seuls deux joueurs ont pu soulever le trophée continental en étant Ballons d’Or en exercice, le Français Michel Platini en 1984 (Ballon d’Or 1983) et le Néerlandais Ruud Gullit en 1988 (Ballon d’Or 1987). Le gardien soviétique Lev Yachine n’est pas passé loin en 1964 (Union Soviétique finaliste contre l’Espagne), mais tous les autres ont échoué, l’Espagnol Alfredo Di Stefano en 1960 (forfait de l’Espagne en quart de finale contre l’URSS), le Hongrois Florian Albert en 1968 (élimination de la Hongrie en quart de finale contre l’URSS), le Néerlandais Johan Cruyff en 1972 (non-participation de Cruyff aux éliminatoires, Pays-Bas éliminés par la Yougoslavie en phase de poules), le Soviétique Oleg Blokhine en 1976 (élimination de l’URSS en quart de finale contre la Tchécoslovaquie), l’Anglais Kevin Keegan en 1980 (élimination de l’Angleterre au premier tour par la Belgique et l’Italie), le Français Jean-Pierre Papin en 1992 (élimination de la France au premier tour par la Suède et le Danemark) et le Tchèque Pavel Nedved en 2004 (élimination de la République Tchèque en demi-finale par la Grèce). A titre individuel, le plus brillant fut Michel Platini en 1984, le virtuose de la Juventus et de l’équipe de France étant auteur de 9 buts (1 contre le Danemark, 3 contre la Belgique et 3 contre la Yougoslavie au premier tour, 1 contre le Portugal en demi-finale et 1 contre l’Espagne en finale) en 480 minutes, soit 1 but toutes les 53 minutes … Soit mieux qu’Eusebio en Angleterre lors de la World Cup 1966 … Les autres Ballons d’Or ont moins brillé : 1 but pour le Néerlandais Ruud Gullit en 1988 en RFA, 2 buts pour le Français Jean-Pierre Papin en 1992 en Suède, 1 passe décisive pour le Tchèque Pavel Nedved en 2004 au Portugal.

En conséquence, le classement du Ballon d’Or sortant fut souvent chamboulé après l’Euro, sauf en 1984 :

  • 1960 : Alfredo Di Stefano 4e avec 32 points derrière Uwe Seeler 3e avec 33 points et devant Lev Yachine 5e avec 28 points (lauréat Luis Suarez Miramontes avec 54 points)
  • 1964 : Lev Yachine 8e avec 15 points, derrière Mario Corso 7e avec 17 points et devant Gianni Rivera 9e avec 14 points (lauréat Dennis Law avec 61 points)
  • 1968 : Florian Albert 17e avec 4 points, ex-aequo avec Alessandro Mazzola et Lajos Szucs (lauréat George Best avec 61 points)
  • 1972 : Johan Cruyff 4avec 73 points derrière Gunther Netzer 3e avec 79 points et devant Piet Keizer 5e avec 13 points (lauréat Franz Beckenbauer avec 81 points)
  • 1976 : Oleg Blokhine 19e avec 3 points, ex-aequo avec Joachim Streich (lauréat Franz Beckenbauer avec 91 points)
  • 1980 : Kevin Keegan non classé (lauréat Karl-Heinz Rummenigge avec 122 points)
  • 1984 : Michel Platini 1er avec 129 points
  • 1988 : Ruud Gullit 2e avec 88 points derrière Marco Van Basten 1er avec 129 points et devant Frank Rijkaard 3e avec 45 points
  • 1992 : Jean-Pierre Papin 16e avec 2 points ex-aequo avec Henrik Andersen, David Platt et Thomas Brolin (lauréat Marco Van Basten avec 98 points)
  • 1996 : George Weah 12e derrière Nwankwo Kanu 11e avec 14 points et devant Alen Boksic11e avec 12 points (lauréat Matthias Sammer avec 144 points)
  • 2000 : Rivaldo 5e avec 39 points, ex-aequo avec Alessandro Nesta, derrière Thierry Henry 4e avec 57 points et devant Gabriel Batistuta 7e avec 26 points (lauréat Luis Figo avec 197 points)
  • 2004 : Pavel Nedved 7e avec 23 points, derrière Adriano 6e avec 27 points et devant Wayne Rooney 8e avec 22 points (lauréat Andreï Shevchenko avec 175 points)
  • 2008 : Kakà 8e avec 31 points, derrière David Villa 7e avec 55 points et devant Zlatan Ibrahimovic 9e avec 30 points (lauréat Cristiano Ronaldo avec 446 points)
  • 2012 : Lionel Messi 1er avec 41.60 % des voix
  • 2016 : Lionel Messi 2e avec 316 points, derrière Cristiano Ronaldo 1er avec 745 points et devant Antoine Griezmann 3e avec 198 points

A noter qu’aux Championnats d’Europe 1996, 2000, 2008, 2012 et 2016, le Ballon d’Or en exercice n’était pas un joueur européen du fait du changement de règlement du trophée de France Football en 1995 : le Libérien George Weah (1995), le Brésilien Rivaldo (1999), le Brésilien Kakà (2007), l’Argentin Lionel Messi (2011 et 2015) n’étaient donc pas qualifiés pour l’Euro.

En Coupe d’Europe des Clubs Champions (1956-1992) puis Ligue des Champions (1993-2018), le Ballon d’Or sortant a très souvent été titré, marquant à chaque fois en finale, sauf Marco Van Basten en 1990 et Matthias Sammer en 1997 :

  • Alfredo Di Stefano (Ballon d’Or 1957) en 1958 avec le Real Madrid face à l’AC Milan à Bruxelles (1 but)
  • Raymond Kopa (Ballon d’Or 1958) en 1959 avec le Real Madrid face au Stade de Reims à Stuttgart
  • Alfredo Di Stefano (Ballon d’Or 1959) en 1960 avec le Real Madrid face à l’Einthracht Francfort à Glasgow (3 buts)
  • Johan Cruyff (Ballon d’Or 1971) en 1972 avec l’Ajax Amsterdam face à l’Inter Milan à Rotterdam (2 buts)
  • Michel Platini (Ballon d’Or 1984) en 1985 avec la Juventus Turin face à Liverpool à Bruxelles (1 but)
  • Marco Van Basten (Ballon d’Or 1988) en 1989 avec l’AC Milan face au Steaua Bucarest à Barcelone (2 buts)
  • Marco Van Basten (Ballon d’Or 1989) en 1990 avec l’AC Milan face au Benfica Lisbonne à Vienne
  • Matthias Sammer (Ballon d’Or 1996) en 1997 avec le Borussia Dortmund face à la Juventus Turin à Munich
  • Lionel Messi (Ballon d’Or 2010) en 2011 avec le FC Barcelone face à Manchester United à Londres (1 but)
  • Cristiano Ronaldo (Ballon d’Or 2013) en 2014 avec le Real Madrid face à l’Atletico Madrid à Lisbonne (1 but)
  • Cristiano Ronaldo (Ballon d’Or 2016) en 2017 avec le Real Madrid face à la Juventus Turin à Cardiff (2 buts)
  • Cristiano Ronaldo (Ballon d’Or 2017) en 2018 avec le Real Madrid face à Liverpool à Kiev

Le lauréat sortant a souvent été finaliste de la C1, mais sans jamais marquer de but …

  • Kevin Keegan (Ballon d’Or 1979) en 1980 avec Hambourg SV face à Nottingham Forest à Madrid
  • Karl-Heinz Rummenigge (Ballon d’Or 1981) en 1982 avec le Bayern Munich face à Aston Villa à Rotterdam
  • Paolo Rossi (Ballon d’Or 1982) en 1983 avec la Juventus Turin face à Hambourg SV à Athènes
  • Marco Van Basten (Ballon d’Or 1992) en 1993 avec l’AC Milan face à l’Olympique de Marseille à Munich
  • Andreï Shevchenko (Ballon d’Or 2004) en 2005 avec l’AC Milan face à Liverpool à Istanbul
  • Cristiano Ronaldo (Ballon d’Or 2008) en 2009 avec Manchester United face au FC Barcelone à Rome

A noter que Lionel Messi (Ballon d’Or 2010 et 2015) n’a pas remporté les Copas America 2011 et 2016 avec l’Argentine, pas plus que George Weah (Ballon d’Or 1995) ne fut sacré champion d’Afrique en 1996 avec son Liberia natal.

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