La grande arnaque protectionniste de Donald Trump

Bien sûr, les droits de douane mis en place sur l’acier et l’aluminium, puis contre une grande partie des produits importés de Chine, entretiennent la tonalité protectionniste du discours de Donald Trump. Mais pour qui va plus loin que les coups de menton du locataire de la Maison Blancheles choix du président des Etats-Unis ne semblent finalement pas si protectionnistes

Le bruit protectionniste, et les accords libre-échangistes

Trump s’est-il seulement véritablement écarté des politiques commerciales étasuniennes du passé, par delà ses bruyantes déclarations  ? Entre le fracas de celles-ci et le choc des droits de douane sur l’acier, l’aluminium et la Chine, une telle question peut sembler curieuse. Sauf que, la protection de la sidérurgie est une constante de la politique étasunienne, à laquelle même le libre-échangiste Obama avait cédé durant son mandat, relativisant le choix de Trump, conforme à la tradition de son pays, et comportant beaucoup d’exemptions… Mieux, si la guerre commerciale avec la Chine a été lancée, le choix d’un taux à 10% au lieu de 25% n’est pas neutre : la baisse du yuan l’a compensé… En effet, Trump a croisé le fer avec trois partenaires commerciaux clés depuis son élection : ses deux voisins du NAFTA, l’UE et la Chine, chaque fois au motif du niveau des déficits commerciaux de son pays. La critique du NAFTA faisait partie des arguments clés du candidat Trump, qui en faisait « le plus mauvais accord signé par son pays  ». Finalement, après quelques mois de négociation, le président a fini par signer un nouvel accord, le USMCA, qui, s’il comprend des dispositifs destinés à protéger l’industrie automobile, est même parfois proche du TAFTA tant honni, comme l’introduction de tribunaux d’arbitrage. Bref, avec ses premiers partenaires, le protectionnisme est très limité. La deuxième cible, évoquée en des termes très durs, était l’UE, et ses énormes excédents commerciaux, notamment l’Allemagne. Quelques mois après, Trump a fait l’honneur de recevoir Jean-Claude Juncker pour annoncer finalement qu’ils allaient travailler à un accord visant « zéro tarif, barrière et subvention  ». Bref, le protectionniste des campagnes électorales s’est transformé en agent du libre-échange au pouvoir ! Rien de vraiment surprenant malheureusement pour un homme habitué à dire tout et son contraire. Le cas de la Chine devrait être moins problématique devant l’immensité des déficits commerciaux des Etats-Unis, et les nombreuses barrières commerciales de l’Empire du Milieu

D’ailleurs, c’est bien avec la Chine que les escarmouches ont été les plus dures : 10% de droits de douanes sur 200 milliards d’importations. Sauf que Trump avait longtemps évoqué 25% et que le yuan a perdu près de 10% peu de temps après, réduisant à néant l’effet de ces droits de douane. Les sanctions devaient s’amplifier en janvier, mais finalement, le délai a été repoussé à mars et depuis, les deux premières puissances semblent se diriger vers un accord, après la trêve décrétée à Buenos Aires. En effet, Trump a évoqué la perspective d’un « grand accord qui pourrait être conclu rapidement  » après l’annonce de la baisse des droits de douane chinois sur l’industrie automobile.  Comme toujours avec Trump, qui semble prendre sa présidence pour un gigantesque jeu de télé-réalité, les paroles, déjà très fluctuantes, n’ont pas toujours de rapport avec les actes. Et sur le commerce, on ne peut pas exclure que le bilan de son mandat finisse par pencher, nettement, vers plus de libre-échange, malgré les cris d’orfraie bien superficiels d’une partie de ses critiques.

par Laurent Herblay

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