Keynes et le protectionnisme: retour sur une conversion significative

Les récentes déclarations de Donald Trump, et sa politique de confrontation tant avec la Chine qu’avec l’Allemagne sur les questions commerciales ont relancé la question de formes modernes de protectionnisme. Il est clair que cette question va occuper une place importante. L’échec des accords commerciaux qui ont pu être proposés ou signés depuis les années 2000, la paralysie qui, aujourd’hui, a gagné l’OMC en sont des signes évidents. Aussi, plutôt que de vouloir s’accrocher à tout prix à ce qui prend de plus en plus l’apparence d’un monde révolu, soit le libre-échange généralisé, il convient de réfléchir à ce que pourrait être un monde au commerce régulé.

La compréhension de cette évolution se heurte au dogme du libre-échange, mais aussi à une lecture biaisée, et disons-le tendancieuse, de ce qui survint dans les années 1930. Certains économistes accusent la montée du protectionnisme d’avoir causée la « Grande Dépression »[1]. Telle était, il faut le signaler, l’opinion de l’un des grands historiens des crises[2]. Pourtant, une étude systématique des chercheurs du NBER montre que les droits de douane (le protectionnisme) n’ont eu pratiquement aucun rôle dans l’effondrement du commerce international à partir de 1930. Le facteur déterminant fut l’accroissement des coûts de transport et le manque de liquidités bancaires[3]. La hausse des coûts de transport est signalée dans une autre étude comme un des facteurs ayant une responsabilité importante dans les flux du commerce international[4]. Il convient donc d’élucider cette question.

Il convient, alors, de signaler que, dans les années 1930, et en réaction justement à la « Grande Dépression », un certain nombre d’économistes ont alors basculé des positions traditionnelles de « libre-échange » vers une vision plus protectionniste. John Maynard Keynes fut un de ceux là, et certainement celui qui exerça l’influence la plus considérable. Il convient donc aussi de revenir sur ce débat, et sur la conversion d’un homme pourtant attaché au libre-échange, pour tenter de comprendre ce qui le fit changer d’avis.
Le protectionnisme : un faux coupable

Le retour vers le protectionnisme et des mesures de réglementation de la circulation des capitaux est dénoncé dans les milieux néo-libéraux (qu’ils soient « sociaux » ou non) comme le début d’un processus devant nous conduire à la guerre, comme dans les années trente. Il est souvent affirmé que les mesures de sauvegarde monétaires et commerciales prises à la suite de la crise de 1929 avaient contribué à l’aggraver en provoquant un effondrement du commerce international. Il faut souligner le rôle dans la contraction du commerce international de la contraction de la liquidité internationale. D’un simple point de vue chronologique, il est évident que ce facteur fut décisif. La contraction de la liquidité est en effet concentrée sur 1930 (-35,7%) et 1931 (- 26,7%). Une mesure simple de la contraction du commerce réside dans le tonnage de fret maritime inemployé. On voit la proportion du tonnage inemployé augmenter rapidement jusqu’à la fin du 1er trimestre 1932 puis baisser (Cf. : Tableau 1). Elle se stabilisera par la suite.

Keynes et le protectionnisme: retour sur une conversion significative

L’essentiel de la contraction du commerce, telle que l’on peut la mesurer par l’évolution du fret maritime, se joue entre janvier 1930 et juillet 1932, soit avant la mise en place des mesures protectionnistes, voire autarciques dans certains pays. Un événement postérieur à un autre ne saurait en être la cause…

La pratique des dévaluations compétitives est, quant à elle, une réponse à la pénurie de liquidités internationales qui se manifeste durant 1930. Celle-ci oblige de nombreux pays, confrontés à des sorties brutales de devises et d’or induites par la crise des banques américaines et au rapatriement des capitaux qui s’en suit, à tenter de dégager un solde commercial excédentaire à tout prix afin de réunir de cette manière les liquidités nécessaires. L’hypothèse des chercheurs du NBER d’un rôle important du Gold Exchange Standard dans les flux commerciaux doit ici être reformulée[5]. Ce qui est mesuré dans leur étude est l’impact d’un système monétaire international stable, réduisant les incertitudes et les coûts de transaction. Il est clair que le Gold Exchange Standard réunit ces conditions, mais ne peut en assurer la pérennité. En effet, les conditions de propagation de la crise montrent que ce système ne permet pas l’émission des liquidités nécessaires pour combattre la trappe à liquidité induite par la crise boursière puis par l’effondrement du système bancaire. Ceci avait d’ailleurs été montré, dès 1923 par Keynes dans son ouvrage A Tract on Monetary Reform[6].

Les dévaluations qui eurent lieu entre 1931 et 1934 furent probablement excessives, mais ce fut en raison du fardeau qui pesait sur la balance commerciale des pays considérés. Celle-ci devient en l’absence de sources internationales de liquidité (et c’est ici que se trouve la responsabilité du Gold Exchange Standard), la seule variable d’ajustement possible. Dans ces conditions, les mesures de sauvegarde qui sont souvent critiquées n’apparaissent pas comme une cause mais comme une conséquence. L’instabilité monétaire, qui tranche tant avec la situation précédente, est justement induite par le manque total de flexibilité induit par le lien à l’or. Il faut noter que les accords de règlements bilatéraux qui vont se mettre en place à partir de 1934/35, et qui sont souvent très critiqués, ont en réalité permis le maintien d’un flux de commerce international. Si de tels accords constituent des freins dans une période d’expansion de l’activité économique, ils constituent aussi des filets de sécurité en période de récession.

La chute du commerce international entre fin 1930 et 1931, est à relier au problème de la liquidité. Les faillites bancaires qui se multiplièrent dans l’année 1930 atteignirent aussi les compagnies d’assurance. Les conditions d’assurance du trafic maritime se détériorèrent et les moyens financiers des négociants maritimes se contractèrent brutalement. Ces conditions furent plus que suffisantes pour assurer, à elles seules, une grande partie de l’accroissement des coûts de transport. La hausse des prix du charbon utilisé dans la navigation maritime joua aussi un rôle, mais elle est en partie liée aux instabilités économiques issues de 1929 qui ont conduit à une contraction de la production. Foreman-Peck montre bien que la contraction des crédits, et en particulier des crédits au système commercial, est bien une cause majeure de contraction du commerce. La question de la liquidité fut donc bien centrale[7].
L’importance du contexte, l’actualité du texte

Cela renvoie au tournant pris sur la question du protectionnisme par certains économistes et par Keynes en particulier. Le texte de J.M. Keynes sur la nécessité d’une autosuffisance nationale dont il va être question fut publié alors que le monde était en pleine dépression, en juin 1933, dans la Yale Review. On peut penser qu’il fut écrit entre la fin de 1932 et les premiers mois de 1933. Il est donc parfaitement contemporain de l’élection de Franklin Delano Roosevelt à la Présidence des Etats-Unis.

Ce texte se révèle d’une lecture étrangement actuelle et dérangeante pour certains[8]. Aujourd’hui, comme en 1933, les raisons de mettre en doute le Libre-Échange s’accumulent. Les experts de la Banque Mondiale ont brutalement révisé à la baisse leurs estimations des « gains » d’une libéralisation du commerce international[9], alors même qu’ils sont calculés sans référence à de possibles coûts. Une étude de la CNUCED montre ainsi que le « cycle de Doha » de l’OMC pourrait coûter aux pays en voie de développement jusqu’à 60 milliards de dollars alors qu’il ne leur apporterait que 16 milliards de gains[10]. Loin de favoriser le développement, l’OMC pourrait bien contribuer à la pauvreté mondiale. Même les investissements directs étrangers, longtemps considérés comme la solution miracle du développement, sont aujourd’hui mis en cause[11]. La concurrence à laquelle se livrent nombre de pays pour tenter de les attirer a clairement des effets négatifs dans le domaine social et de la protection de l’environnement[12].

Dans ce cadre, les propos qu’avait tenus le Premier-ministre français, M. Dominique de Villepin, sur le « patriotisme économique » durant l’hiver 2005-2006 n’apparaissent plus comme une aberration idéologique. Ces propos viennent s’enraciner dans une longue tradition de la pensée économique, qui connaît aujourd’hui une résurgence importante que ce soit dans des propos tenus par différents personnages politiques français (de Mme Marine le Pen à Jean-Luc Mélenchon, en passant par Arnaud Montebourg et sa campagne du « made in France ») ou par le nouveau Président des Etats-Unis, M. Donald Trump. Ces propos se révèlent en réalité étroitement proches de la pensée de Keynes en 1933.

Le texte de Keynes doit donc se lire dans son contexte. Écrit probablement dans les dernières semaines de 1932, il est donc situé dans l’œuvre de Keynes entre deux ouvrages majeurs, le Treatise on Money et la General Theory qui marque la rupture définitive de Keynes avec le mode de pensée économique alors dominant. Il correspond à un tournant dans la réflexion de son auteur. On peut considérer que le Keynes des années 20, même s’il est parfaitement lucide quant aux limites de la théorie économique standard de son temps, et cela en particulier en ce qui concerne la monnaie, reste un libéral[13] dans le sens donné à ce terme à la fin du XIXème siécle. Jusqu’aux désastreuses élections de 1924 qui voient l’effondrement du Parti Libéral il reste d’ailleurs affilié aux Whigs, dont il anime l’université d’été en 1923[14]. Son attachement au Libre-Échange est profond. Il n’entame une évolution intellectuelle radicale qu’à la fin des années 20, et cette dernière est loin d’être achevée en 1932-33. Par ailleurs, ce texte est destiné à une revue américaine, qui le publiera quelques mois seulement après la prise de fonction de F.D. Roosevelt. Keynes ainsi n’écrit pas seulement dans un moment de grand trouble économique et d’évolution personnelle. Il écrit aussi pour des lecteurs vivants au milieu d’une économie qui s’effondre, et qui doivent confronter leurs croyances les plus sacrées, en particulier dans les vertus du Libre-Échange, aux réalités tragiques de la Grande Dépression.
L’argumentaire de Keynes

L’argumentaire développé par Keynes mérite la plus grande attention. Il faut souligner qu’il ne discute pas simplement la question de protections tarifaires mais celle d’une autosuffisance nationale. De fait, on est ici aux limites de l’autarcie. Un second point important est que Keynes concentre son attention sur les mouvements de capitaux plus que ceux des biens. C’est par la question de l’internationalisation du capital qu’il aborde sa remise en cause de l’internationalisme économique. La démarche peut sembler étrange, car le protectionnisme est avant tout lié à la question des échanges de biens et services.

Dans ce texte Keynes ne remet pas en cause la vertu économique théorique du Libre-Échange, même s’il considère qu’elles s’épuisent rapidement. Il considère cependant que ses effets sociaux en sont désormais insupportables. Le cœur de son argumentation est très proche des thèses de Veblen quant aux effets sociaux et politiques de l’émergence d’une classe de capitalistes passifs[15]. Il faut ici noter que l’on avait déjà connu, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle un processus d’accumulation extrême de la richesse. De fait, les mesures de dispersion du revenu ou du patrimoine montrent bien que le « 1% » le plus riche de la population accumule une part majeur de ces revenus et du patrimoine, une situation vers laquelle nous tendons aujourd’hui. C’est dans l’opposition entre la réalité sociale des producteurs, insérés dans un contexte national bien spécifié, et la dimension apatride des capitalistes qu’il identifie la contradiction principale. Nous pourrions aujourd’hui reformuler sa position à la fois dans le vocabulaire marxiste et dans celui d’un institutionnalisme fondé sur les avancées récentes de la psychologie expérimentale. Dans le premier, nous dirions que l’aliénation propre au salariat devient particulièrement insupportable quand salariés et capitalistes se meuvent dans des espaces politiques différents. Dans le second, nous analyserions la séparation entre le contexte des producteurs et celui des propriétaires comme susceptible d’engendrer un conflit insoluble des préférences, car ces dernières sont construites justement par les contextes[16].

Keynes voit d’ailleurs dans cette opposition un risque de guerre. Pour lui, ce que nous appellerions aujourd’hui la « mondialisation » n’est pas vecteur de paix. Celle-ci ne peut être garantie que par un retour sur les cadres nationaux. La multiplication des conflits militaires et interventions armées depuis la fin de la « Guerre Froide » en 1992, ou la montée des tensions de plus en plus violents au sein de l’Union européenne, semble lui donner tragiquement raison. La défense de l’autosuffisance par Keynes ne se justifie pas seulement au nom de la paix. Le Libre-Échange, et en particulier la circulation libéralisée du capital, prive les nations de la liberté de leurs choix sociaux. Pour Keynes, il est intéressant de constater qu’il considère que le Libre-Echange condamne à terme l’existence de la propriété privée et empêche le fonctionnement des institutions démocratiques. C’est un point que l’on peut aujourd’hui entièrement partager[17].

Il y voit aussi un obstacle à l’émergence de nécessaires diversifications des trajectoires au sein du capitalisme. Car, Keynes ne parle pas au nom d’une Révolution anticapitaliste. Il se veut au contraire le défenseur des valeurs d’une société ouverte et pluraliste. Robert Skidelsky le considérait comme le « dernier des grands libéraux anglais »[18]. Mais, il est clair que Keynes ne voit pas d’autre avenir que le chaos, la dictature et la guerre si l’on s’inscrit dans la poursuite du Libre-Échange. Celui-ci conduit à n’accepter comme valeur que celles de la finance. Son refus du Libre-Échange est aussi le refus d’une tendance visant à tout réduire au statut de marchandise, processus dans lequel il voit la destruction finale de la culture humaniste occidentale. À bien des égards, il apparaît alors comme le Père Spirituel de tous les mouvements contestataires qui aujourd’hui affirment que « le monde n’est pas une marchandise ».
Comment considérer aujourd’hui l’argumentaire de Keynes

L’argumentaire de Keynes, aussi brillant soit-il et aussi moderne puisse-t-il être à bien des égards, n’est pas sans poser quelques problèmes. Cependant, ces derniers auraient tendance à renforcer son argument sur l’autosuffisance.

On ne peut qu’être surpris en lisant le texte, par sa défense unilatérale du Libre-Échange dans le développement économique du XIXè siècle. On voit bien qu’il s’agit pour le moins d’une lecture anglo-centriste de l’histoire, à moins qu’il ne s’agisse d’une précaution visant à ne pas heurter le lecteur potentiel réputé libéral. En fait, hormis la Grande-Bretagne, tous les pays se sont développés grâce au protectionnisme. Le « Blocus Continental » napoléonien a joué un rôle important dans l’accumulation des conditions nécessaires à la Révolution Industrielle en France. Les Etats-Unis ont émergé comme puissance industrielle grâce au protectionnisme, et en particulier au « tarif MacKinley ». Les trajectoires de développement au XIXème siècle du Japon, de l’Allemagne et de la Russie avec en particulier le tarif protectionniste mis en œuvre par Vyshnegradsky (le Ministre des finances de la Russie de 1887 à 1892) et renforcé par Sergei Witte (son successeur)[19], puis au XXème siècle de la Corée du Sud et de Taiwan sont de parfaites illustrations des thèses protectionnistes de F. List[20].

D’un point de vue théorique, on sait aujourd’hui que l’introduction d’hypothèses réalistes renverse les résultats des modèles réputés « prouver » la supériorité du Libre-Échange. Paul Krugman lui-même admet que la seule chose que l’on puisse démontrer est que le Libre-échange est supérieur à l’absence totale d’échange[21]. Il est désormais impossible de montrer que le Libre-Échange soit supérieur au protectionnisme, et l’on peut au contraire montrer que ce dernier est supérieur au Libre-Échange dans nombre de situations. Nous sommes donc très loin des certitudes théoriques du Keynes de 1933. De fait, si l’on combine l’introduction de structures contextualisées de préférences à celle des asymétries d’information et de l’incertitude systémique, on peut supposer qu’en moyenne période des systèmes fermés ne sont pas inférieurs au Libre-Échange (mais le seraient sans doute face à des systèmes d’échanges régulés par un protectionnisme mis au service d’une véritable politique industrielle).

L’introduction d’hypothèses réalistes fait éclater sans recours le cadre théorique Marshallien auquel Keynes continue d’adhérer en 1932. En fait, en 1944/45 Keynes se sera libéré des chaînes de cette pensée économique dépassée. Il a élaboré ce que l’on peut considérer comme la base d’une analyse macro-économique réaliste de l’économie internationale[22]. Hélas, alors qu’il jette ses dernières forces dans la négociation de Bretton Woods pour arracher à l’arrogance américaine un système tirant les leçons des crises de l’entre-deux guerres, il ne lui reste plus que quelques mois à vivre.

Les avancées théoriques récentes, celles justement que les tenants de l’économie standard libérale refusent d’admettre, viennent confirmer les plus radicales des intuitions keynésiennes. On le voit déjà en ce qui concerne la notion d’illusion nominale, centrale à une théorie keynésienne de l’inflation[23]. On le verra demain dans la théorie du commerce international.
L’actualité de Keynes aujourd’hui

Il est donc salutaire de relire aujourd’hui ces lignes publiées en 1933. Nous sommes confrontés à une triple injonction à l’abandon du Libre-Échange et à l’adoption de politiques protectionnistes, au nom d’arguments économiques, politiques et moraux.

Économiquement, le Libre-Échange n’est pas la meilleure solution et porte des risques de crises et d’accroissement des inégalités qui sont considérables. Il met en compétition différents territoires non pas sur la base des activités humaines qui s’y déploient mais sur celle de choix sociaux et fiscaux eux-mêmes très discutables[24]. La libéralisation du commerce n’a pas profité aux pays les plus pauvres, comme le montrent les études les plus récentes. Une comparaison des avantages et des coûts, en particulier en ce qui concerne l’effondrement des capacités d’investissement public dans la santé et l’éducation suite à l’effondrement des ressources fiscales, suggère que la balance est négative. Politiquement, le Libre-Échange est dangereux. Il est attentatoire à la démocratie et à la liberté de choisir ses institutions sociales et économiques. En favorisant l’affaiblissement des structures étatiques il encourage la montée des communautarismes et des fanatismes transfrontières, comme le Djihadisme. Loin d’être une promesse de Paix, l’internationalisme économique nous conduit en réalité à la Guerre. Moralement, le Libre-Échange est indéfendable. Il n’a d’autres rivages que celui de la réduction de toute vie sociale à la marchandise. Il établit en valeur morale l’obscénité sociale de la nouvelle « classe de loisir » mondialisée[25].

Si Keynes avait clairement perçu les deux derniers points, nous pouvons aujourd’hui y ajouter le premier.

L’avenir est donc bien au protectionnisme. Ce dernier s’imposera d’abord comme moyen d’éviter le dumping social et écologique de certains pays. Il prendra alors la forme d’une politique industrielle cohérente où l’on cherchera à stimuler ainsi le développement de filières au rôle stratégique dans un projet de développement. Ceci conduira à redéfinir une politique économique globale pouvant inclure une réglementation des flux de capitaux, afin de retrouver les instruments de la souveraineté économique, politique et sociale. De ce point de vue, même si l’on peut penser que sa présentation en fut maladroite et son articulation avec une politique de long terme absente, la notion de patriotisme économique avancée par Dominique de Villepin n’était pas absurde.

Une telle politique implique la définition d’un cadre de référence. Aujourd’hui, compte tenu des hétérogénéités économiques et sociales, l’Europe des 28 (et aujourd’hui des 27) ne peut plus être un espace pertinent. Les formes de la politique du futur restent à trouver. Son sens général cependant ne fait guère de doute.

Par Jacques Sapir
Paru sur la page Facebook de l’auteur

[1] James H., The End of Globalization : Lessons from the Great Depression, Harvard University Press, Cambridge, Mass,2001.

[2] Kindleberger C.P., « Commercial Policiy Between the Wars » in P. Mathias et S. Pollard (edits). The Cambridge Economic History of Europe, vol. 8, Cambridge University Press, Cambridge, 1989

[3] A. Estevadeordal, B. Frants et A.M. Taylor, « The Rise and Fall of World Trade, 1870-1939 », NBER Working Papers Series, National Bureau of Economic Research, Working Paper 9318, Cambridge, Mass., novembre 2002.

[4] R. Findlay et K.H. O’Rourke, « Commodity Market Integration : 1500-2000 » in M. D. Bordo, A.M. Taylor et J.G. Williamson, (edits), Globalization in Historical Perspective, University of Chicago Press, Chicago, Mich., 2003.

[5] A. Estevadeordal, B. Frants et A.M. Taylor, « The Rise and Fall of World Trade, 1870-1939 », op.cit..

[6] Keynes J.M., A Tract on Monetary Reform, Cambrdige University Press, Cambridge, 1923.

[7] J. Foreman-Peck, A History of the World Economy : International Economic Relations Since 1850, Harvester Wheatsheaf, New York, NY, 1995, p. 197.

[8] John Maynard Keynes, « National Self-Sufficiency, » The Yale Review, Vol. 22, no. 4 (June 1933), pp. 755-769.

[9] Pour une analyse précise et documentée des divers réajustements: F. Ackerman, The Shrinking Gains from Trade: A Critical Assessment of Doha Round Projections, Global Development and Environment Institute, Tufts University, WP n° 05-01. Voir aussu « Doha Round and Developing Countries: Will the Doha deal do more harm than good » RIS Policy Brief, n°22, avril 2006, New Delhi.

[10] S Fernandez de Cordoba et D. Vanzetti, « Now What? Searching for a solution to the WTO Industrial Tariffs Negociations », Coping with Trade Reform, CNUCED, Genève, 2005. Voir table 11.

[11] T.H. Moran, Foreign Direct Investment and Development, The New Policy Agenda for Developing Countries and Economics in Transition, Institute for International Economics, Washington D.C., 1998.

[12] C. Oman, Policy Competition for Foreign Direct Investment, OCDE, Centre du Développement, Paris, 2000. Voir aussi, L. Zarsky, « Stuck in the Mud? Nation-States, Globalization and the Environment » in K.P. Gallagher et J. Wierksman (edits.) International Trade and Sustainable development, Earthscan, Londres, 2002, pp. 19-44.

[13] Voir R. Skidelksy, John Maynard Keynes, Volume Two. The Economist as Saviour, 1920-1937, Macmillan, Londres, 1992.

[14] On perçoit bien les positions politiques et intellectuelles de Keynes dans sa correspondance avec sa future femme, la danseuse Lydya Lopokova, entre 1922 et 1925. Voir P. Hill et R. Keynes (edits.), Lydia & Maynard – The letters of Lydia Lopokova and John Maynard Keynes, André Deutsch, Londres, 1989.

[15] Voir T. Veblen, Absentee Ownership and Business Enterprise in Recent Times: The case of America, Allen & Unwin, Londres, 1924. Voir aussi, T. Veblen, The Theory of the Leisure Class, Macmillan, New York, 1899.

[16] Sur l’importance fondamentale des « effets de contexte » et « effets de dotation » dans les comportements humains, J. Sapir, Quelle économie pour le XXIè Siècle, Odile Jacob, Paris, 2005, chap. 1.

[17] J. Sapir, La Fin de l’Euro-Libéralisme, Le Seuil, Paris, 2006.

[18] R. Skidelksy, John Maynard Keynes, Volume Two., op.cit. p. xv.

[19] Wcislo, Francis W., Tales of Imperial Russia: The Life and Times of Sergei Witte, 1849-1915. New York, 2011, Oxford University Press

[20] Voir sa ré-édition récente en français: F. List, Système national d’économie politique, Gallimard, coll. »Tel », Paris, 2000.

[21] P. Krugman, « Is Free Trade Passé? », in Journal of Economic Perspectives, Vol. 1, n°2/1987, pp. 131-144.

[22] D. Vines, « John Maynard Keynes 1937-1946: The creation of International Macroeconomics » in Economic Journal, vol. 118, 2003, pp. 338-361.

[23] Voir, G.A. Akerlof et J.L. Yellen, « Can Small Deviations from rationality Make Significant Difference to Economic Equilibria ? » in American Economic Review, vol. 75, n°4/1985, pp. 708-720 et G.A. Akerlof, W.T. Dickens et G.L. Perry, « The Macroeconomics of Low Inflation » in Brookings Papers on Economic Activity, n°1/1996, pp. 1-59.

[24] Sapir J., voir Ch. 8 et Ch. 9 de D. Colle (edit.), D’un protectionnisme l’autre – La fin de la mondialisation ?, Coll. Major, Presses Universitaires de France, Paris, Septembre 2009.

[25] Voir A. Wolfe, « Introduction » in T. Veblen, The Theory of the Leisure Class, The Modern Library, New York, 2001 (nouvelle édition del’ouvrage de 1899).

http://www.entelekheia.fr/2018/10/17/keynes-et-le-protectionnisme-retour-sur-une-conversion-significative/ http://www.entelekheia.fr/2018/10/17/keynes-et-le-protectionnisme-retour-sur-une-conversion-significative/

Alterinfo.net
Le protectionnisme, notre avenir.
Actualité du texte de J.M. Keynes « National Self-Sufficiency » (1933).

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