Grande bouffe du Sommet de l’Afrique : Un coup d’épée dans l’eau

« Il faut soutenir les dictateurs africains, sinon ils ne feraient pas d’élection »

 Jacques Chirac ancien président français

 « Le grand succès des ennemis de l’Afrique, c’est d’avoir corrompu les Africains eux-mêmes. »

Frantz Fanon

« Ils avaient  la Bible et nous la Terre. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés. Quand nous les avons ouverts, nous avions la Bible et eux la  terre »

Jomo Kenyatta  homme politique Kenyan

Une fois de plus, dans l’indifférence des grands, les Africains se réunissent dans une zerda toujours recommencée pour parler des problèmes sans y apporter les solutions idoines. On sait que la plupart d’entre eux sans encore liés aux anciennes puissances coloniales et on dit par exemple que chaque visite d’un chef d’état africain en France ressemble à une quête d’aumône. Les aveux de Jacques Chirac,  nous permettent de nous rendre compte sur le tard de la réalité de françafrique  et du pillage de l’Afrique « Chirac lit-on sur la contribution suivante,  personnifie l’hypocrisie françafricaine. Côté pile, il reste l’homme des beaux discours sur la France éternelle, patrie des droits de l’Homme et amie des peuples africains. Côté face, il a apporté son soutien aux régimes les moins respectables et a compté nombre de dictateurs comme amis : Hassan II, Omar Bongo, Sassou Nguesso, Gnassingbé Eyadema et Paul Biya…   Il n’a jamais lésiné dans le soutien à ses « amis ». Denis Sassou Nguesso, par exemple, a bénéficié de coups de main militaires en 1974 et en 1988, puis durant les guerres civiles de 1997 à 2003. Il a couvert les criminels contre l’humanité et les faux-monnayeurs, tel Idriss Déby..Véritable parrain de la Françafrique, Jacques Chirac n’avait de cesse de réconforter, littéralement, les dictateurs françafricains par les larges accolades qu’il leur accordait sur le perron de l’Élysée. Même à la retraite, « tonton Chirac » conserve son costume de Tartufe bienfaiteur de l’Afrique, reconnaissant même dans une déclaration récente qu’« une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l’exploitation, depuis des siècles, de l’Afrique ». (1) (2)

Près de Cinquante ans après, l’Afrique tend toujours la main. C’est le continent de toutes les calamités, à la fois naturelles, mais surtout du fait de l’homme. Paradoxalement, on n’arrête pas d’annoncer la richesse de ce pays dans une conjoncture de plus en plus marquée par la raréfaction des matières premières de toute sorte. Mais pas seulement, c’est aussi l’énergie et les anciennes puissances coloniales (Grande-Bretagne, France, et à un degré moindre, le Portugal) ne veulent surtout pas lâcher leur proie. De nouveaux pays et non des moindres s’intéressent, citons naturellement les Etats-Unis, qui s’imposent notamment en mettant un commandement – l’Africom – pour gérer l’Afrique à partir de bases à demeure, mais aussi la Chine qui a une stratégie de softpower, l’Inde et le Japon dont l’aide au développement avoisine les 2 milliards de dollars. Ceci étant dit, le niveau de cette aide au développement fixé à 0,7% du PIB par les pays développés, n’a jamais été atteint. De plus, chaque pays conditionne cette aide à un achat exclusif dans ce pays tout en amalgamant différentes aumônes sous ce vocable.

Les plaies de l’Afrique – Cinquante ans d’errance

Pour illustrer toutes les anomalies induites pas la mondialisation le néolibéralisme laminoir, les reliquats post-coloniaux , il n’y a pas de meilleur exemple que les malheurs de l’Afrique où toutes les tares ont élu domicile.   Mutatis mutandis  comme l’ Ancien Testament, il y  a huit plaies qui minent l’Afrique On a beau parler de l’Afrique comme continent d’avenir, de notre point de vue il n’en n’est rien  avec les élites dirigeantes actuelles qui  globalement perpétuent l’ordre colonial ! Mis à part une démographie galopante qui nous fait craindre les 2 milliards en 2050, le reste est à l’avenant. l’Afrique est le pays des paradoxes, c’est un continent démographiquement exubérant avec 1 milliard d’individus dont près de 600 millions n’ont pas accès à l’électricité. Souvenons-nous qu’un Somalien consomme en énergie en une année ce que consomme un Américain en une semaine. Pourtant, l’Afrique regorge de richesses, mais comme l’écrit Sarkozy :

« son drame est qu’elle n’est pas encore rentrée dans l’histoire ». Pas plus Hegel que Victor Hugo n’ont donné crédit au passé de l’Afrique. Au contraire, ils ont donné un socle à l’idéologie des races supérieures et au devoir de civilisation cher à Jules Ferry. Mieux, à la conférence de Berlin en 1885, la curée de l’Afrique a autorisé le roi des Belges à avoir un territoire pour lui, l’actuel Congo, des deux côtés du fleuve, qui se déchire ; les belligérants aidés par des puissances externes fascinées par les richesses. Nous allons, dans ce qui suit, lister les huit  plaies purulentes » (3)

Il n’est pas possible de lister tous les maux de l’Afrique, sinon  Pour la famine qui est structurelle , à l’état endémique, ce sont des dizaines de milliers qui meurent chaque année de faim et qui subissent la malnutrition. Souvenons-nous qu’un plein de 4×4 de biocarburant à base de maïs détourné peut nourrir un Sahélien pendant un an, S’agissant du sida, pendant près de vingt ans écrit   Paradoxalement l’Afrique nourrit les autres :

«Le grabbing des terres»  ( accaparement des terres ) est une réalité. L’un des grands malheurs de l’Afrique outre la famine endémique due notamment à une histoire coloniale mais pas seulement mais aussi à des dirigeants qui perpétuent l’ordre colonial à leur profit, tout en prenant la précaution d’être adoubés par leurs anciens maîtres, est une nouvelle forme d’asservissement à distance où l’Africain travaille pour d’autres mais est incapable de subvenir à ses besoins. Serait- ce que parce qu’il n’est pas encore entré dans l’histoire où est-ce un atavisme, voire une malédiction? » (4)

L’accaparement des terres agricoles (grabbing) en Afrique par des Etats étrangers et des multinationales a été plusieurs fois dénoncé.  A titre d’exemples, on cite le cas d’un Américain qui, à lui tout seul, a acquis un million d’ha au Soudan, ou des entreprises productrices de biocarburants qui ont acheté de grandes superficies de terres pour y cultiver du jatropha.  En 2012, plus de 12 millions de personnes étaient menacées par la famine dans la Corne de l’Afrique. On connaît aussi  le pillage des matières premières du sol et du sous-sol de l’Afrique, notamment l’énergie et les métaux rares comme le coltran que l’on utilise dans les technologie de la communication (ordinateur, téléphones mobiles…). Ce coltran est revendu cent fois son prix par des intermédiaires sans loi ni foi à des multinationales occidentales très discrètes sur cette nouvelle traite autrement plus abjecte que la traite historique de ces mêmes civilisateurs en terre de conquête et d’évangélisation de ces peuplades barbares qui devaient obligatoirement être touchés par l’Evangile au nom de la « Règle des trois C ». Christianisation,  Commerce, Colonisation. Sans être naïf , le partenariat mis en place par la Chine dans une démarche winn-winn  qui a permit le développement des infrastructures de plusieurs pays est très mal vu par les pays occidentaux qui y  voient une ingérence dans leur « chasse gardée » Pour rappel l’APD occidentale ( Aide publique au Développement)  offerte aux pays africains en théorie de 0,6 %  n’a jamais dépassé 0,1 à 0,2 % La Chine qui vient lors d’un autre sommet Chine- Afrique de proposer pour 65 milliards de dollars d’investissement en proposant à certains  de rentrer dans le grand chantier de la Route de la Soie. » (4)

Pourquoi l’Afrique ne décolle pas ?

Il faut savoir que la totalité de la consommation d’énergie des huit pays du Sahel ne représente que 1% de celle de la seule agglomération new yorkaise ! Cette consommation, qui est essentiellement le fait des ménages qui y recourent pour leurs besoins domestiques, porte principalement sur des combustibles ligneux surexploités. Le Sahel n’a pas encore effectué sa transition énergétique et les usages thermiques de l’énergie, caractéristiques des sociétés préindustrielles, priment encore sur les usages mécaniques ; pourtant nécessaires à la croissance économique.

Il y a de fait  une grande part de responsabilité  dans la gabegie  des élites dirigeantes installées  dans la durée et qui ne savent pas ce que c’est que l’alternance ; L’essentiel est d’être bien vu par les anciennes puissances coloniales    Avec sa lucidité particulière, Aimé Césaire a été l’un des premiers, sinon le premier à parler de l’Afrique post-indépendance. Il écrivait notamment :

« La lutte pour l’indépendance c’est l’épopée, l’indépendance acquise c’est la tragédie. »  L’alternance se fait en Afrique, soit par l’émeute, soit par la maladie. Justement, l’un des grands malheurs de l’Afrique est dû aussi à des dirigeants qui perpétuent l’ordre colonial à leur profit, tout en prenant la sage précaution d’être adoubés par leurs anciens maîtres. La moyenne d’accaparement du pouvoir dépasse très souvent la dizaine d’années. Quand le potentat passe la main, c’est au profit de sa famille ou de son clan C’est une nouvelle forme d’asservissement à distance où l’Africain travaille pour d’autres, mais est incapable de subvenir à ses besoins. Serait-ce une malédiction ? Qu’on se le dise, les Occidentaux et même les nouveaux pays émergents n’ont aucun état d’âme à recoloniser, à distance, les anciens pays, ce qui compte est que le pillage soit permis et tous les slogans des droits de l’homme ne sont que de la poudre aux yeux » (4).

La corruption  et l’impunité

Un autre  mal qui répand le désespoir au sein des peuples  africains impuissants est la corruption impuni  Cela ne veut pas dire que la corruption est dans le génome africain, en fait elle est consubstantielle de la nature humaine, sauf que dans les pays démocratiques, il y a des lois il y a un contrôle , il y a  une justice indépendante et une presse libre. Ce qui fait que le citoyen doit rendre compte quelque soit son statut. On se souvient de la parution en justice du président Chirac quelques mois après la fin de sa mandature, pour le motif suivant : frais de bouche excessifs quand il était maire de Paris ! Entre 1980 et 2009, 1 350 milliards de dollars de flux financiers illicites en provenance d’Afrique ont étés transférés à l’étranger. Selon un rapport de la BAD, l’Afrique du Nord totalise 415,6 milliards de dollars de transferts illicites durant cette période  L’argent est le plus souvent transféré frauduleusement dans les paradis fiscaux, mais également dans de nombreux pays européens, aux Etats-Unis et dans d’autres régions du monde. » (4)

Le Sahel la poudrière du futur

Au sein de l’Afrique le Sahel est un concentré de toutes les tares énumérées,à laquelle il faut ajouter le terrorisme.  Le Sahel  désigne une bande de l’Afrique   en proie à la sécheresse   et  à une désertification   À partir de 1900, le Sahara a progressé vers le sud de 250 km sur un front large de 6 000 km. La steppe du Sahel connaît un dessèchement relativement brutal qui a pour conséquence une famine endémique  Le Sahel est un environnement politique instable Pour l’histoire il semble que le choix d’Al-Qaeda a porté sur la zone Sahélo Saharienne du fait de la faible intervention des Etats de la région dans les larges zones désertiques sahariennes, ce qui permet une impunité entretenue par différents trafics   drogue,  armes et esclavage  De plus  les raisons de la montée des activités terroristes peuvent  avoir été boostés par l’implosion de la Libye qui a subi une démolition en règle de la  part des pays occidentaux  Etats Unis pour l’intendance, Grande Bretagne et France avec  en prime l’assassinat de Kadhaffi   ce que la doxa occidentale qui fixe les termes du débat a appelé le  Printemps démocratique Arabe en fin 2010.

Nous savons comment  ces révolutions ont terminé Kadaffi qu avait le pays le plus riche d’Afrique,  où tout était pratiquement gratuit, qui avait réussi à donner du travail à plus de deux millions d’Africains qui sont maintenant en errance comme un boomerang pour l’Europe  qui a crée le chaos  pour empêcher Kadhaffi de  vouloir aller vers l’indépendance réelle de l’Afrique notamment par  la création d’une nouvelle monnaie dont la France ne voulait à aucun prix.  Elle sera à la manoeuvre   dans  l’atomisation de la Libye pour cela mais aussi  pour les liens présumés avec la campane pour l’élection présidentielle de 2006. Il en sera de même pour Laurent Gbagbo- le président- professeur – débarqué par les parachutistes pour avoir refusé que la Cote d’Ivoire ne continue à être en coupe réglée par les entreprises françaises.

S’agissant es révolutions arabes  africaines ( Libye, Egypte, Tunisie) au départ c’était une aspiration à la liberté vite récupérée. S’il est vrai comme l’écrit Burhan Ghalioun:  dans leur majorité les Arabes ont plus besoin d’un vent de liberté que d’un parfum de paradis »  En fait  il n’ a pas de rapport entre la démocratie considérée Kofr et le logiciel salafiste qui est l’instauration d’un califat   Dans cette salafisation du Sahel  les anciennes puissances coloniales tirent les ficelles et sont toujours en train de prendre le bâton par le milieu en soupesant le poids relatif des islamistes  et des « autres »  pour définir leur stratégie. Cependant les plus grands soutiens de ces mouvements terroristes sont les potentats au pouvoir  qui font preuve d’un acharnement à garder le pouvoir à tout prix et à étouffer velléité de débat démocratique prônant les libertés et l’alternance au pouvoir. L’AQMI disposerait de ce fait de ressources considérables : les hommes,  les armes et l’étendue de l’espace   Même certains migrants sub-sahariens en passant par le Sahel finissent comme combattants  d’AQMI.

« On peut s’interroger à juste titre sur la finalité de ces expéditions dont les motifs réels sont toujours les mêmes depuis la Conférence de Berlin de la fin du XIXe siècle; mettre en coupe réglée les pays faibles africains. Ce cap est plus que jamais d’actualité avec la raréfaction des matières premières dont l’énergie.   La rapidité avec laquelle a été lancée l’opération, officiellement pour protéger le Mali de l’avancée des rebelles islamistes, démontre que celle-ci avait été planifiée depuis longtemps par le socialiste Hollande. (…) Les puissances occidentales, dont les groupes multinationaux rivalisent entre eux pour accaparer les marchés et les sources de matières premières, se compactent quand leurs intérêts communs sont en jeu. (…) Ce n’est pas un hasard si Paris, en même temps que l’opération au Mali, a envoyé des forces spéciales au Niger. Situation analogue au Tchad, dont les riches gisements pétrolifères sont exploités par l’étatsunienne Exxon Mobil et d’autres multinationales.» (5)

Impasse néo-coloniale au Sahel

Dans ces conditions du fait  que le potentiel de la région est prometteur les pays occidentaux en premier lieu la France s’ingèrent pour protéger leurs base arrières  économiques nous l’avons vu comment Laurent Gbagbo a été débarqué par l’armée française au profit d’un dirigeant conciliant . Pour Bruno Guigue l’intervention française  devait “rétablir la paix” mais la guerre continue de plus belle au Sahel :

« Loin de diminuer ,écrit –il  les attaques terroristes se multiplient, soulignant le chaos grandissant dans lequel est plongée toute la région. Le 13 août, 19 civils ont été tués à Ouagadougou. Cette tragédie – dont les médias occidentaux se moquent comme d’une guigne – succède aux raids meurtriers menés par Al-Qaida en Côte d’Ivoire, à Ouagadougou (déjà) et à Bamako au cours des derniers mois. Menée au Mali en janvier 2013, l’opération militaire française “Serval” s’est achevée en juillet 2014, aussitôt remplacée par un dispositif élargi aux Etats de la région, l’opération “Barkhane”. Mais ce changement d’étiquette ne trompe personne ». (6)

Rappelant le leg de la Françafrique il écrit ::

« Les discours officiels répètent que le temps des colonies est terminé, mais il y a davantage de militaires français dans l’Ouest africain en 2017 qu’au lendemain des indépendances en 1960. À la fin du mandat de François Hollande, en mai 2017, 4000 soldats étaient déployés dans la région. Marchant dans les pas de son prédécesseur, le nouveau président y a effectué son premier déplacement à l’étranger, visitant la base de Gao, au Mali, pour rencontrer les troupes françaises présentes sur place. Tout un symbole ! De Hollande à Macron, la Françafrique bat son plein. En janvier 2013, la France a jeté ses forces dans une guerre civile au cœur de l’Afrique  (…) Une autre question est de savoir si cette guerre était inévitable. On disait en janvier 2013 qu’une menace imminente pesait sur Bamako et qu’il fallait agir au plus vite pour protéger les ressortissants français. Mais l’action militaire française, outrepassant cet objectif, visa d’emblée l’élimination des forces rebelles et la reconquête du nord, faisant plus de 700 morts. De plus, donner quitus à l’intervention française au nom d’un péril immédiat ne répond pas à la question, car il faut se demander pourquoi ce conflit local s’est subitement radicalisé ». (6)

« La France s’expose, conclut Bruno Guigue  d’autant plus à l’amertume des populations que la déstabilisation du Sahel provient aussi de la démobilisation des combattants touareg de Kadhafi. Rentrés chez eux avec davantage d’armes que de bagages, ils ont contribué au désordre dont la fragile société sahélienne a fait les frais.   En détruisant l’Etat libyen, la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont semé le chaos dans la région. Après avoir indirectement fourni à la rébellion son matériel militaire, Paris lui procure par sa présence militaire les armes idéologiques qui en justifient l’emploi.  Au Sahel, le néo-colonialisme tricolore est dans l’impasse » (6).

Que fait l’armée française au Sahel sans mandat des nations unies ?

Mathieu Rigouste    va plus loin il s’interroge sur la présence de l’armée française au Sahel sans mandat des Nations  Unis !! Il écrit :

«  C’est en janvier 2013 que la France a décidé d’intervenir militairement au Mali. Cinq ans plus tard, l’instabilité s’est accrue dans tout le Sahel, et les groupes radicaux étendent leur influence. Si Paris renforce son pré carré et ses intérêts économiques, les peuples de la région paient le prix d’une guerre sans fin. Un réseau de bases françaises quadrille actuellement la bande sahélo-saharienne, dans la continuité historique du « pré carré » français.  Constitués sur la misère et la discrimination politique, ethnique et sociale, ces groupes émergent en réaction à la corruption, à l’autoritarisme et à la violence des États sahéliens appuyés et soutenus par la France et les pays occidentaux1. C’est dans ce contexte que les troupes françaises sont envoyées au Mali en janvier 2013. L’opération Serval déploie 4 000 soldats en 48 heures avec pour objectif affiché de contrer ceux de ces groupes armés qui avaient pris le contrôle de la moitié nord du pays. La démonstration de force vaut label d’efficacité sur la scène internationale et une base est établie à Tessalit ». (7)

L’opération Barkhane vient alors remplacer Serval. Déclenchée le 1er août 2014 sans mandat des Nations unies et jamais validée par le Parlement. L’opération est légitimée publiquement par un accord de coopération de défense signé en juillet 2014, ratifié par l’État malien. La bande sahélo-saharienne dans son ensemble est ainsi soumise à la surveillance et aux interventions, émaillées de bombardements aériens, de l’armée française d’une part, mais aussi à la répression menée par les armées africaines contre les populations locales d’autre part. Le commandement militaire des États-Unis en charge du continent africain, Africom, créé en 2007-2008 pour y développer leur présence, s’est également impliqué contre le « terrorisme » au Sahel et appuie l’initiative française, en particulier avec des moyens aériens de reconnaissance. Le 23 avril 2017, le général James Mattis, secrétaire à la défense, encourage publiquement la France à poursuivre ses opérations militaires au Sahel ». (7)

Contrôler les ressources et générer de nouveaux marchés

Pour Mathieu Rigouste, les enjeux sont clairs ; Les matières premières : « La concurrence chinoise menace les intérêts énergétiques et commerciaux occidentaux en Afrique depuis le début des années 2000. Le Sahel abrite de grandes réserves pétrolières ainsi que des gisements d’uranium et d’or, mais aussi de gaz, de coltan, de cuivre, de grenats, de manganèse et de lithium, de minerais magnétiques et de « terres rares » (17 éléments chimiques indispensables dans de nombreuses nouvelles technologies comme les LED ou les éoliennes).  Les gisements d’uranium au Niger   constituent l’un des facteurs principaux de l’engagement français au Sahel : Areva, géant mondial du nucléaire détenu en grande partie par l’État français, y profite d’un quasi-monopole sur l’extraction. Le général Vincent Desportes, déclarait en juillet 2013 que « si la France ne s’était pas engagée le 11 janvier (au Mali), les risques les plus grands auraient existé […] pour les ressources tout à fait importantes en uranium qui se trouvent au Niger »  Ces sociétés sont notamment favorisées par le placement de cadres auprès des pays sahéliens sous couvert d’« assistance technique ». Aux côtés des géants Total, Vinci, Lafarge et Areva se pressent depuis le milieu des années 2010 Orange, Accor Hotels, Veolia, Carrefour qui visent l’émergence de classes moyennes et l’urbanisation accélérée de la zone.

« Les opérations militaires au Sahel servent parallèlement de laboratoire et de vitrine pour les matériels et méthodes de l’armée française L’armée française teste aussi des techniques de combat comme le Groupement tactique interarmes (GTIA) à dominante aérienne combinant des commandos terrestres et des aéronefs.   (…) Par-delà le contrôle des frontières, il s’agit de maintenir un ordre social, économique et politique profitable aux classes dominantes. Comme l’indiquait un officier français en mars 2017, l’armée mène au Sahel « une lutte anti-insurrectionnelle », alors que les mobilisations contre les régimes autoritaires et les troupes françaises au Sahel se multiplient ». (7)

Le Sahel est-il une zone de non-droit ?

C’est ainsi que s’interroge Leslie Varennes en dévoilant les manœuvres de la CIA ; Il écrit :   « La CIA a posé ses valises dans la bande sahélo-saharienne. Le New-York Timesl’a annoncé, le 9 septembre dernier. Le quotidien US, a révélé l’existence d’une base de drones secrète non loin de la commune de Dirkou, dans le nord-est du Niger. Cette localité, enclavée, la première grande ville la plus proche est Agadez située à 570 km, est le terrain de tir parfait.  La CIA a déjà mené des opérations à partir de cette base. Ces informations apportent un nouvel éclairage et expliquent le refus catégorique et systématique de l’administration américaine de placer la force conjointe du G5 Sahel (Tchad, Mauritanie, Burkina-Faso, Niger, Mali) sous le chapitre VII de la charte des Nations Unies. L’installation d’une base de drones n’est pas une bonne nouvelle pour les peuples du Sahel, et plus largement de l’Afrique de l’Ouest, qui pourraient connaître les mêmes malheurs que les Afghans et les Pakistanais confrontés à la guerre des drones avec sa cohorte de victimes civiles, appelées pudiquement « dégâts collatéraux ». D’après le journaliste du NYT, qui s’est rendu sur place, les drones présents à Dirkou ressembleraient à des Predator, des aéronefs d’ancienne génération qui ont un rayon d’action de 1250 km En novembre 2017, le président Mahamadou Issoufou a autorisé les drones de l’US Air Force basés à Niamey, à frapper leurs cibles sur le territoire nigérien (2).

Ce n’était donc pas utile qu’Emmanuel Macron, fer de lance du G5, force qui aurait permis à l’opération Barkhane de sortir du bourbier dans lequel elle se trouve, plaide à de nombreuses reprises cette cause auprès de Donald Trump. Tous les présidents du G5 Sahel s’y sont essayés également, en vain.   Seul, le Président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, est monté à la tribune pour réitérer la demande de mise sous chapitre VII, unique solution pour que cette force obtienne un financement pérenne. Alors qu’en décembre 2017, Emmanuel Macron y croyait encore dur comme fer et exigeait des victoires au premier semestre 2018, faute de budget, le G5 Sahel  lancé en 2014, qui  regroupe une force de 5 000 hommes issus des cinq pays membres (Tchad, Mali, Burkina Faso, Mauritanie, Niger). n’est toujours pas opérationnel ! »  (8)

Cependant les Etats-Unis ont annoncé de nouveaux engagements en faveur du soutien financier pour le déroulement des opérations de la force G5 Sahel, en Afrique de l’Ouest.  , le gouvernement américain va presque doubler le montant total de son soutien financier De 60 millions $ en 2017, l’aide du pays de l’Oncle Sam devrait donc passer à 111 millions $. Mais pas de chapitre VII c’est-à-dire la liberté du renard dans le poulailler.

Les conflits à venir

C’est un fait que depuis plus de cinquante ans les peuples africains n’ont jamais connu la paix du fait des interférences des anciennes puissances coloniales de la rareté des matières premières dont l’Afrique regorge et de l’apparition de nouveaux acteurs qui font à l’Afrique des propositions qu’elle ne peut pas refuser.   De plus  l’instrumentalisation par l’occident de la religion dans ces contrées est une boite de Pandore inépuisable si le gros de la déflagration est toujours au Sahel, les répliques se fotn sentir en Europe; Cependant  les entreprises  prédatrices se portent bien . Areva  Total, BP; Shell et les Autres continuent à pomper frénétiquement sans état d’âme Business as usual . malgré les victimes collatérales  Si on y ajoute que la démocratie et l’alternance ne sont pas les vertus des potentats qui ont remplacé  les colons pour le plus grand malheur de leur peuple On peut dire sans se tromper que l’Afrique est mal partie.

De plus des conflits du futur apparaissent . Ils sont notamment dus à l’errance des changements climatiques pour lesquels l’Afrique n’a aucune parade et qui fait qu’après les réfugiés politiques conséquences des guerres perpétuelles, après les réfugiés économiques conséquence d’épidémies endémiques, nous aurons de plus en plus de réfugiés climatiques qui n’auront où aller sinon à continuer à mourir à petit feu ou à braver la furie de la mer De plus et comme conséquence aussi de la démographie,  la famine et le tarissement des ressources hydriques dans certaines régions . La prochaine guerre de l’eau se profile à l’horizon  concernera le partage des eaux du Nil.

 Conclusion

Devant toutes ces avanies, que pense-t-on que l’Afrique fait ? Coordonne-t-elle en vue d’une sécurité alimentaire ? En vue d’une médecine de qualité ? Etudie-t-elle un développement endogène ? Demande-t-elle qu’on la laisse en paix en alimentant en armes des belligérants ou en soutenant des tyrans qui refusent l’alternance ? Rien de tout cela, elle décide de mettre en place une force d’action rapide !!  Les rodomontades ont de beaux jours devant elles. L’Afrique « colosse avec un sabre nain » veut avoir sa force d’action rapide sur le modèle de la française. Le ridicule ne tue plus. Le mal vient du manque de vision et avant toute chose de liberté d’entreprendre de critiquer bref de créer Tout est sous contrôle. Il n’y a qu’ un seul interlocuteur avec l’extérieur  c’est le pouvoir et ses satellites. Le pouvoir adoubé généralement par l’ancienne puissance coloniale se contente de gérer une feuille de route décidée ailleurs, il prend sa dîme au  passage, manipule les foules en s’appuyant sur celles qui ont une capacité de nuisance l’armée, la religion le ou les partis, fidèles. Pour le reste, un smic pour rester en apnée est proposé aux masses avec en prime des soporifiques le football et la religion. Le reste ne compte pas ou si  peu. Malgré l’errance et le désespoir sont les choses les mieux partagées au sein de la jeunesse africaine qui préfère braver la furie des flots plutôt que de mener une vie sans perspective.

Quant à l’Algérie, elle  a joué au mécène, en annulant  pour 900 millions pour assumer son engagement en faveur de la promotion économique et sociale du continent. On l’aura compris, c’est un tonneau des Danaïdes avec en prime une ingratitude de ces pays qui fait qu’il n’y aura aucun retour sur investissement ni politique ni économique. Avec 900 millions de dollars. C’est 10 universités de top niveau…   C’est deux CHU up to date. Doit on continuer à se mentir à créer des organisations dont le rayon d’action est nul ? J’observe que dans la dernière conférence  Grande bouffe – zerda , il n’a pas été question du savoir d la compétence  On parle ad vitam ad vitam aeternam du Nepad. devenue le 18 novembre Agence de développement de l’UA (AUDA), l’équivalent de ce qu’est le PNUD pour l’ONU. On a parlé de prérogatives du président  et des mauvais contributeurs  du Plan énergie mais il faut bien le dire que 18 ans après rien de concret si ce n’est des dépenses dans des conférences sans lendemain Cette méthode Coué si elle permet d’illusion ceux qui y croient est à la longue mortifère  elle ne résout pas les problèmes de fond de l’Afrique qui commencent avant tout par la légitimité des gouvernants mais cela est une autre histoire.

Dans ce cadre la boutade « sérieuse » de Jacques Chirac, explique  la tragique réalité pour les damnés de la Terre: L’Occident a besoin de sauver les apparences sur le logiciel démocratique : Liberté,  démocratie, alternance, quitte à  ce que ces concepts soient vides de sens. Le dictateur truque dans les élections, met en taule ceux qui protestent,  s’intronise jusqu’à la fin des temps , au besoin crée une dynastie mais obéit au doigt et à l’œil à la puissance néo-coloniale qui l’a adoubé  notamment en le laissant se servir….

Le grand poète latin Horace avait raison d’écrire: «Quid leges sine moribus, quid mores sine legibus

«Que sont les lois sans les moeurs, que sont les moeurs sans les lois?» Ces lois et ses mœurs du vivre-ensemble de chaque peuple, savant dosage de traditions, d’espérances, d’acculturation sont en train de voler en éclats en éclat du fait d’une modernité qui est rentrée par effraction dans le cheval de Trois de la mondialisation néo-libérale . Pour l’Occident chrétien pendant longtemps «Salus extra ecclesiam non est» (Hors de l’Eglise point de salut) Nous pourrions dire dans ces périodes de déconstruction  avec la nouvelle religion du money-théisme: «Salus extra mercatus non est» «Hors du marché point de salut!»

Doit-on laisser cette machine du diable qu’est la mondialisation-laminoir, s’accaparer du temporel des hommes, instrumentaliser leur espérance spirituelle en leur proposant à la fois un veau d’or et dans le même temps l’anté-christ salafiste pour en définitive, faire voler en éclats des traditions des espérances qui ont mis des siècles à sédimenter? C’est tout cela le malheur de l’Afrique dirigés par des tyrans installés dans les temps mort ? La question est plus que jamais d’actualité.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

Notes

1.https://survie.org/mot/jacques-chirac

2.Vidéo Chirachttps://youtu.be/oJeeuHNS-UU

3.Chems Eddine Chitour https://legrandsoir.info/les-huit-plaies-de-l-afrique-cinquante-ans-d-errance.html

4.Chems Eddine Chitour  http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/162417-%C2%ABle-grabbing-des-terres%C2%BB.html?

5.Chems Eddine Chitour https://www.mondialisation.ca/la-guerre-civile-au-mali-une-tragedie-a-huis-clos/5321351

6.Bruno Guigue http://www.mondialisation.ca/impasse-neo-coloniale-au-sahel/5607137

7.Mathieu Rigouste https://orientxxi.info/magazine/que-fait-l-armee-francaise-au-sahel,2041

8.Leslie Varenne https://reseauinternational.net/le-sahel-est-il-une-zone-de-non-droit/

 

 

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